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En Tunisie, le djihad cible l’Europe entière

29 juin 2015

En Tunisie, le djihad cible l’Europe entière

Un homme armé a ouvert le feu sur des touristes sur une plage de Sousse. On dénombre au moins 37 morts, ainsi que 36 blessés. L’attaque fait suite à deux autres attentats, en France et au Koweït

Le pire attentat de l’histoire récente de la Tunisie. Alors que le pays nord-africain se remet à peine de la tuerie qui a ensanglanté le Musée du Bardo à Tunis il y a un peu plus de trois mois, au moins 37 personnes ont été tuées et 36 blessées vendredi dans l’attaque d’un hôtel touristique à Sousse, ville côtière située à 140 km au sud de la capitale.

 

Au moins une personne a pris d’assaut l’hôtel Imperial Marhaba vers midi (13h en Suisse), situé en bord de mer, selon les autorités tunisiennes. Il s’est fait passer pour un vacancier pour s’infiltrer dans l’établissement, avant d’ouvrir le feu avec une arme qu’il avait cachée dans un parasol. Un homme a été abattu, mais l’implication de complices n’est pas exclue. Parmi les victimes figurent des touristes belges, allemands, britanniques et un Irlandais. On ignore si des Suisses sont touchés.

 

L’auteur présumé de l’attaque est un étudiant originaire de la ville sainte de Kairouan, située dans le nord de la Tunisie. Il n’était pas connu des services de police. La tuerie n’a pas été revendiquée dans l’immédiat, mais la plupart des analystes contactés y voient la marque du groupe Etat islamique. Comme à Tunis, des visiteurs étrangers ont été pris pour cible de manière indiscriminée dans un lieu symbolique, avec la volonté manifeste de mettre à mal le tourisme. Ce secteur clé de l’économie tunisienne, déjà fortement affecté par la révolution de 2011, s’est encore effondré après l’attaque du Bardo.

 

Pour Mathieu Guidère, professeur d’islamologie et de géopolitique arabe à l’Université de Toulouse II et auteur du livre Terreur, la nouvelle ère (Autrement, 2015), il ne fait pas de doute que l’attentat de Sousse est lié à ceux qui se sont produits vendredi en France et au Koweït: «Toutes ces attaques s’inscrivent dans la campagne lancée par l’Etat islamique pour célébrer la première année d’existence de son califat, proclamé le 29 juin 2014, peu après la prise de la ville irakienne de Mossoul.»


La Tunisie, seul pays des «printemps arabes» à avoir mené à bien sa transition démocratique, est aux prises depuis la révolution avec des groupes extrémistes, en particulier dans la région montagneuse de l’ouest, près de la frontière algérienne. Le pays, qui ne compte que 11 millions d’habitants, est aussi celui qui a vu le plus grand nombre de ses ressortissants partir combattre dans les rangs d’organisations dites djihadistes en Syrie et en Irak. Entre 3000 et 4000 Tunisiens auraient quitté le pays, selon des estimations.

 

Depuis l’attaque du Bardo, les forces armées ont multiplié les opérations antiterroristes. Le gouvernement s’est d’ailleurs targué récemment d’avoir démantelé l’organisation extrémiste Phalange Okba Ibn Nafaa, l’un des principaux groupes armés actifs dans le pays, après avoir annoncé l’élimination de son chef, Lokmane Abou Sakhr.

 

L’attaque de Sousse pourrait avoir été menée en partie en représailles à ces actions antiterroristes, selon Alaya Allani, universitaire tunisien spécialiste des mouvements islamistes. Il fait aussi état de «cellules dormantes» qui essaient de «déplacer le terrorisme de la montagne vers les villes». «Sur le plan régional, il ne faut pas non plus oublier les retombées de la guerre civile en Libye, même si la frontière est plutôt bien gardée.»

 

Les efforts du gouvernement pour lutter contre les groupes extrémistes sont perturbés par les tensions sociales – et notamment les grèves et manifestations – qui agitent en ce moment la Tunisie, continue Alaya Allani. «Il est tout à fait naturel que les terroristes profitent de cette situation et exploitent cet état de tension pour mener leurs opérations.»

 

D’autres attaques pourraient cibler le secteur touristique en Tunisie prochainement, selon Mathieu Guidère, d’autant que le mois du ramadan, qui a débuté le 18 juin en Tunisie, est «propice» aux attentats, indique le chercheur. «Les terroristes considèrent qu’une opération menée durant le mois sacré sera davantage récompensée par Dieu, confirme Alaya Allani. Ça n’a rien à voir avec la religion, mais c’est leur interprétation.»

 

Mathieu Guidère estime par ailleurs qu’il est «très difficile» d’empêcher des attaques comme celle de Sousse, «à moins de mettre en place un Etat totalement sécuritaire». La Tunisie risque-t-elle l’effondrement? «L’union nationale n’est pas menacée, au contraire, elle en sortira renforcée, considère le spécialiste. Les partis islamistes eux-mêmes ont peur. Le coup dur va être économique plus que politique.»

 

 

Benjamin Perrier Tunis

26.06.2015

IL N’Y A PLUS DE JASMIN À SOUSSE… ! Qui sont les (nombreux) partis politiques tunisiens ?