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Quel lien entre immigration et inégalités ?

11 septembre 2015

Quel lien entre immigration et inégalités ?

L’immigration a pris depuis les années 1980 une importance croissante : son rôle est capital pour comprendre l’évolution des statistiques sur les inégalités.

L’Europe est actuellement l’objet d’une aggravation brutale de l’immigration en raison de l’instabilité qui s’étend dans de nombreuses régions du monde, suite au retrait de la puissance américaine et l’apparition de nouvelles ambitions impérialistes de Daech à la Chine en passant par la Russie.

Mais l’immigration pour des raisons économiques, la recherche d’une existence meilleure, est un agent à l’origine des migrations depuis toujours, c’est elle qui a peuplé l’Amérique, ce continent vide au début du XXIème siècle.

L’immigration semble avoir pris depuis les années 1980 une importance croissante, comme un aspect de la mondialisation ; on l’a vu, elle s’est envolée aux USA à partir de 1980 et atteint plus d’un million d’immigrés par an. Et son rôle est de plus en plus capital pour comprendre l’évolution des statistiques sur les inégalités.

L’immigration ne joue-t-elle pas le rôle d’une réduction des inégalités entre pays, mais d’une aggravation au sein des pays d’immigration, les pays riches ? 

Même si cet aspect n’a pas été entièrement oublié par les économistes, il est à peu près ignoré des économistes dits égalitaristes qui ont concentré l’essentiel de leurs études sur la part prélevée par les plus riches, les 10%, 1% ou 0,1% et laissé croire que l’augmentation de la richesse des plus riches se faisait au détriment de celle des plus pauvres, sans mesurer que c’était en très grande partie, sinon en totalité, parce que le nombre des pauvres avait considérablement crû.

En d’autres termes, les égalitaristes se sont concentrés sur la partie haute de la courbe de Lorenz de la distribution des revenus ou des patrimoines, sans se préoccuper de la partie basse, celle des plus pauvres.

Un modèle autre que le modèle marxiste des riches s’enrichissant aux dépens des pauvres nous paraît à l’œuvre dans les pays développés : des riches qui sont à 70% des entrepreneurs et qui par leurs innovations s’enrichissent eux-mêmes et la communauté nationale, mais permettent à une population grandissante de passer du 1 dollar par jour de revenu de beaucoup de pays en voie de développement, à des revenus 20 à 100 fois plus élevés une fois immigrés et qui profitent même de cette sortie de la misère pour envoyer des fonds à leurs familles restées au pays.

Les inégalités s’accroissent dans le pays d’immigration par le mécanisme de calcul que nous allons décrire, mais les inégalités entre pays se réduisent.

Et il faut garder à l’esprit que les inégalités telles que mesurées par les égalitaristes ne tiennent pas ou peu compte des transferts mis en place dans la plupart des pays développés pour réduire ces inégalités, par exemple les retraites par répartition qui constituent maintenant dans la plupart des pays le patrimoine le plus important pour 90% de la population et dont la valeur globale actualisée se compare à une fraction significative du patrimoine monnayable, généralement seul répertorié par les instituts de statistiques. En France, les deux sont du même ordre de grandeur, autour de 10.000 milliards.

Pourquoi l’immigration, ou plus généralement l’appauvrissement de la partie basse de la population, contribue-t-elle à accroître la mesure des inégalités ? 

Par les méthodes mêmes qu’utilisent les économistes, et particulièrement les égalitaristes, pour mesurer les inégalités.

Cette mesure est généralement effectuée à partir de la courbe de distribution dite de Lorenz, qui consiste à répartir toute la population intéressée du plus pauvre au plus riche de gauche à droite sur la base du rectangle en noir et de totaliser en ordonnée leurs revenus (ou patrimoines) ; et un coefficient dit de Gini, du nom de l’économiste qui l’a inventé comme le rapport entre les surfaces A et A+B.

Si tous les revenus sont les mêmes, la courbe suit la diagonale et la surface A est nulle, donc le Gini est nul (égalité parfaite). Si tout le revenu est concentré sur la personne la plus riche, la courbe suit les côtés du rectangle, la surface A devient égale à A+B et le Gini est alors égal à 1 (inégalité absolue). Les Gini sont généralement entre 0,25 et 0,50, les transferts ayant pour effet de les réduire.



Si maintenant on ajoute à la base une population qui ne possède rien ou ne gagne presque rien, symbolisée en étendant la base en noir vers la gauche, le nouveau coefficient de Gini sur cette population est le rapport A+C divisé par A+B+C. Ce rapport est plus élevé que le rapport précédent : A divisé par A+B1. Donc le coefficient de Gini a augmenté, les inégalités se sont accrues



L’effet de l’introduction de populations pauvres se reflète de la même manière dans les autres méthodes de mesure des inégalités, par exemple le rapport entre le revenu à la limite du 9ème et du 10ème quintiles et le revenu à la limite du 1er et du 2ème quintiles. De même, le critère qu’affectionnent les égalitaristes est le total des revenus reçus (ou du patrimoine détenu) par les 10% les plus riches qui a augmenté puisque 10% couvrent plus de personnes dans une population accrue.

La zone des non revenus ne s’étend pas seulement par l’immigration, elle peut aussi s’étendre si, à population inchangée, les revenus des plus pauvres diminuent. Ceci semble être le cas en France où le Gini des revenus serait passé de 0,29 à 0,31 de 2009 à 2013 parce que le nombre des chômeurs a considérablement progressé et que, malgré les aides sociales, avoir un emploi reste le déterminant en matière de revenu.

Ce que cette analyse doit rappeler est que le facteur déterminant de revenu ou de richesse est d’avoir ou non un emploi. C’est ce que viennent chercher les migrants d’Afrique plus que les aides sociales. C’est ce que sont venus chercher les migrants latinos vers les USA.

L’enjeu majeur de notre société n’est pas plus d’égalité mais plus d’emplois.

C’est malheureusement ce que ni Bercy ni nos parlementaires ne savent comment créer et la lutte contre les inégalités est pour eux un succédané. Mais qui crée du chômage et plus d’inégalités donc, va exactement à l’inverse du but recherché.

 

Publié le 11 juin 2015 dans Nation et immigration

CONTREPOINTS

 

L'AUTEUR

 

 

Bernard Zimmern

Le site de l'auteur

Bernard Zimmern est ancien élève de l'École polytechnique (promotion 1949) et de l'ENA (promotion Albert Thomas 1955). Après 6 ans chez Renault, 10 ans comme directeur du département R&D de la CEGOS, il crée une société pour développer ses inventions de compresseurs rotatifs, émigre aux États-Unis en 1983 où il découvre le rôle capital des think-tanks dans la croissance et la défense de la Société Civile et, comme beaucoup d’entrepreneurs américains, investit une grande partie de la petite fortune qu’ont rapporté ses inventions pour créer en France en 1985 l’un des premiers think tank sans financement d’État, l’iFRAP, reconnue fondation d’utilité publique en 2009 et un institut de recherche en 2005, l’IRDEME, pour développer une discipline économique quasiment ignorée en France : la démographie des entreprises. En septembre 2012, il lance "Emploi 2017" un site de réflexion sur la création d'emplois. Il y propose une analyse des leviers politiques et fiscaux qui entravent ou favoriseraient l'Emploi.

 

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