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Témoignages expériences à l’IESH (Institut Européen des Sciences Humaines à Château Chinon)

11 septembre 2015

Témoignages expériences à l’IESH (Institut Européen des Sciences Humaines à Château Chinon)

C’est quelque part au milieu du parc naturel régional du Massif du Morvan que se trouve un petit domaine abritant une école particulière : l’Institut européen des Sciences Humaines. 

Assez unique en son genre, cette école forme qui le souhaite à des disciplines qui ont trait à l’Islam : l’apprentissage du Coran, la théologie islamique ou encore l’apprentissage de la langue arabe, en assidu ou à distance. Elle organise également des séminaires de cours intensifs d’une ou deux semaines. Cadre idéal pour une retraite spirituelle, ou pour se ressourcer loin de ce monde qui court dans tous les sens sans savoir où il va ni d’où il vient. L’institut est surplombé par une nature verdoyante, paisible et inspirante. La vie urbaine la plus proche se trouve à une dizaine de kilomètres de l’institut. On ne peut imaginer meilleur cadre de vie pour une méditation profonde et un retour aux sources de notre vie. 
Ya Banat a eu le plaisir de recueillir les témoignages de deux jeunes bordelais, Hamed et Dima, qui ont tous deux passé une année à l’IESH.

 

 

HAMED

Étudiant en 4 ème année de médecine, Hamed a une vision optimiste de l’avenir de la jeunesse musulmane. Confiant des qualités qu’elle regorge, il n’hésite pas à se donner les moyens pour la faire avancer, notamment par sa propre réussite. 
Il a aimablement accepté de livrer son expérience à l’IESH, qui a visiblement été une étape importante dans son développement personnel.

 

Dans quel contexte s’est déroulée ton expérience à l’IESH ?


Mes premiers contacts avec l’IESH ont été au cours de séminaires de Coran pendant les vacances d’été entre les années lycée. C’est à ce moment-là qu’a germé l’idée de prendre une année après le baccalauréat et avant de commencer mes études afin de profiter encore plus de ce lieu unique. J’ai donc rejoint l’IESH pour l’année scolaire 2007 / 2008, année qui restera pour moi une étape de vie essentielle et inoubliable.

On s’imagine souvent qu’une année sabbatique peut rendre le retour aux études difficiles, est-ce que cela a été le cas pour toi ?


Une année à l’IESH n’est pas vraiment une année sabbatique au sens d’une année de repos, bien au contraire. Elle permet d’acquérir un rythme et une rigueur de travail ce qui en fait une excellente préparation pour ceux qui veulent poursuivre d’autres cursus par la suite. Personnellement, mon retour dans le cursus de médecine s’est très bien passé Al hamdoulillah.

 

Plus précisément, en quoi cette année t’a été bénéfique ?


Je me suis inscrit dans l’institut de Coran, afin de parfaire ma lecture auprès de Chouyoukhs compétents et réputés comme Cheikh Farid Ouyalize et Cheikh Said Bouhdifi. Tous deux diplômés dans les 10 lectures par l’éminent Cheikh Ayman Swaid. J’avais aussi comme objectif de compléter mon apprentissage du Coran, que j’ai pu mener à bien Al hamdoulillah en fin d’année avec une Ijaza dans la lecture Warsh. À mon arrivée, je mémorisais déjà une vingtaine de Hizbs, et j’ai pu par la grâce d’Allah et aussi grâce au cadre propice de l’institut de compléter les 40 restants.
Ce lieu m’a donc permis de resserrer mes liens avec Allah swt et sa parole dans un cadre naturel propice à la méditation, à l’introspection et à la spiritualité. Ce fut également une excellente opportunité de côtoyer des enseignants et des Machayikhs qui irradient de savoir et de modestie. Enfin, le fait de vivre en internat avec des frères de toute l’Europe, voire d’encore plus loin, est une réelle source d’enrichissement et permet d’établir des liens de fraternité très étroits et durables.

 

Concrètement, comment se déroulaient tes journées là-bas ? Est-ce que tu passais tes journées à apprendre, ou avais-tu la possibilité d’étendre tes recherches au-delà de l’apprentissage ?


Concrètement, une journée type se déroulait comme cela : de 8h à 9h, c’était tajwid théorique, lecture didactique et un peu de Tafsir. De 9h à 13h, on avait apprentissage en classe, récitation au professeur de deux pages en moyenne qu’on devait apprendre. On avait un examen par semaine, et c’était 5 pages dans ce qui avait été appris, pris au hasard qu’on devait réciter. À 13h, on déjeunait, puis la prière. Le reste de la journée, chacun était libre de s’organiser comme il le voulait, entre l’apprentissage et les révisions. C’était comme cela du lundi au vendredi. Le week-end était libre. Il y avait des activités culturelles et sportives organisées par les étudiants, des dourous à la mosquée avec certains profs, des sorties, etc. 
L’immense avantage de ce lieu par rapport à l’apprentissage du Coran c’est la quantité de temps disponible. Tout est proche : la mosquée, les salles de classe, le dortoir… Pas de temps perdu dans les transports, dans la confection des repas, etc.

Des points négatifs ?


Il est toujours possible de trouver des défauts et tout est perfectible. Certains se plaindront des conditions de vie quelques fois moins confortables que le cocon familial, voire des co-étudiants à la personnalité plus ou moins agréable. Mais les bénéfices extraordinaires que l’on peut tirer de ce lieu béni aussi bien spirituel, scientifique, qu’humain, avec une bonne intention et une bonne volonté, éclipsent tous ces petits défauts et valent bien certains sacrifices.

DIMA

Étudiante en école de communication. Active et joyeuse, elle a donné et donne encore de son joli sourire et de sa force à travers des actions associatives et humanitaires. Ses ambitions et sa persévérance déteignent sur toutes les personnes qui ont la chance de croiser son chemin. Cette nouvelle mariée a accepté de partager avec nous un petit aperçu de son passage à l’Institut, et quelque ressentis qui lui reste. 

Plusieurs années après ton expérience à l’IESH, est-ce que tu penses encore que cela t’a été bénéfique ?


Oui, c’était vraiment une expérience inoubliable ! J’y suis allée un an pour apprendre l’arabe (je suis passée directement en deuxième année suite à un examen). J’ai appris beaucoup et c’était vraiment bénéfique, mais comme tout, s’il n’y a pas de suivi, tu perds de ton niveau. J’ai par exemple oublié une partie des règles de grammaire, mais j’ai gardé la lecture, le tajwid et un peu de fiqh. J’ai aussi oublié les hadiths qu’on avait appris, la sira et tous les beaux poèmes (il m’en reste quelque vers seulement). Je regrette donc de ne pas avoir lutté pour maintenir mes acquis.

Socialement, est-ce que tu as fait de belles rencontres ? Et à quel point cela t’avait influencé ?


Lorsque j’y étais, j’avais 14 ans, j’étais la plus jeune de l’institut et j’avoue avoir été gâtée, car j’étais un peu la petite sœur ou même le bébé de tout le monde (rire) ! Mais avec du recul, je pense que cela aurait pu être dangereux. Il y a des personnes très bien à l’institut (vraiment très bien) mais il y a aussi des personnes qui ont une vision de l’islam qui fait presque peur et si on tombe sur les mauvaises personnes et qu’on est influençable, cela peut faire très mal… Donc je conseille aux gens d’y aller, mais de garder du recul, de ne pas oublier la réalité du monde extérieur et de faire attention à ses fréquentations. 
J’ai rencontré des sœurs extraordinaires sur lesquelles je peux compter encore aujourd’hui (soit 10 ans plus tard) et j’ai passé des moments tout simplement inoubliables ! On a ri ensemble, on a appris, on a pleuré, on s’est entraidée et on a même organisé une soirée déguisée !

En ce qui concerne le cursus que tu avais choisi, comment l’adolescente de 14 ans que tu étais avait trouvé la formation et l’ambiance dans laquelle tu l’avais suivi ?
Je suis satisfaite de notre formation (arabe), du niveau des professeurs que nous avons eu et des différentes matières. Je regrette cependant d’être trop souvent rentrée à Bordeaux, surtout au début. Parce que l’IESH, c’est magique, mais il y a aussi très peu de réseau, peu de confort ni même de réelle intimité, alors j’avais souvent besoin de rentrer retrouver ma famille. 


Dans l’ensemble, une personne qui va à l’IESH apprendra beaucoup et c’est bien d’être isolée de temps en temps, mais je regrette tout de même le fait qu’on soit dans une bulle. 


C’est « facile » d’aller à la mosquée pour toutes les prières, d’aller aux cours, de s’habiller de façon pudique, ne pas écouter de musique, ne pas dépasser les limites avec un frère (parce que de toute façon il n’y a pas de contact avec les frères), etc. Tout cela n’est pas compliqué étant donné que nous sommes entre musulmans dont le but est plus ou moins le même. Mais lorsqu’on retourne à la vraie vie, c’est un choc. On tient au début puis très vite, on commence à lâcher nos acquis parce que nous n’avons pas évolué dans la société… Et surtout parce que la société est par exemple synonyme de contraintes et de mixité alors que j’aurais quand même aimé évoluer dans cette réalité. Mais si c’était à refaire, je n’hésiterai pas une seconde !

 

 

Nombreux sont ceux qui, comme Hamed et Dima, ont gardé de leur séjour à l’IESH de beaux souvenirs et des connaissances. La plupart ont été très sensibles aux charmes du cadre qui entoure l’institut, et ont pu bénéficier positivement du bagage acquis, pourvu qu’il ait été entretenu. 


Malgré la satisfaction qui ressort de ces témoignages, d’autres ont pu soulever des bémols. La plupart des critiques formulés concernent les prix assez élevés, mais tout à fait justifié. Pour plus d’informations, en plus du site internet, l’institut organise des portes ouvertes chaque année durant lesquelles les programmes de formations ou de séminaires sont présentés au public intéressé. Ces portes ouvertes pourraient être une très bonne opportunité pour découvrir cet endroit assez unique en son genre, et aussi très prisé.

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