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Une lecture de géopolitique des migrations,

23 juillet 2015

Une lecture de géopolitique des migrations,

« L'essor des phénomènes migratoires et sa conséquence directe, le développement de sociétés multiculturelles, constituent des traits dominants de la société internationale en ce début du XXIème siècle. Tout donne à penser que l'immigration et l'intégration seront parmi les sujets politiques majeurs des prochaines décennies, pas seulement en Europe occidentale, mais dans le monde entier...»

«...Les grands courants de populations du XXIème siècle ne ressemblent à rien de connu, et l'immigration contemporaine est un phénomène qui diffère sensiblement des expériences du passé. Le début du troisième millénaire semble ouvrir une ère nouvelle dans la réalité migratoire, dominée par des mouvements beaucoup plus chaotiques, incontrôlables, erratiques, qui correspondent aux soubresauts du monde. Elle est le produit d'un monde sans règle, déchiré, dominé par la montée des égoïsmes, la faillite de la solidarité internationale, des inégalités vertigineuses, l'instabilité croissance de certains régions, les guerres ethniques, le terrorisme »

 

Ainsi commence Géopolitique des migrations. Sous-titré « la crise des frontières », cet ouvrage majeur aborde le sujet des flux migratoires internationaux, la gestion de leur augmentation et de leur diversité dans un monde de plus en plus intégré, et les risques d'un repli tribal des sociétés. Son auteur, Maxime Tandonnet, collaborateur de Jean-Pierre Chevènement dont le pensée inspire toujours son positionnement, fut conseiller à l'immigration de Nicolas Sarkozy et l'un des inspirateurs de son discours de Grenoble. Dans Géopolitique des migrations, il réaffirme à la fois la légitimité de la frontière, la pertinence de l'assimilation républicaine et de la souveraineté étatique. Le livre, concis et documenté, dresse un constat sans excès de la situation du monde. C'est une synthèse salutaire.

 

L'immigration posera un problème fondamental et inédit aux nations du monde, touchant à leur constitution profonde, à leur stabilité sécuritaire, mais aussi à la cohésion et à la pérennité de leurs systèmes sociaux. Loin d'être réduite aux seules inquiétudes européennes, la question des flux migratoires et de leur volume se pose avec la même acuité en Inde, au Maghreb, en Chine, aux États-Unis, au Brésil, en Russie ou en Afrique du Sud. Leur persistance et leur complexité recomposent le paysage humain et modifient la familiarité culturelle propre à ces pays. « Le XIXème siècle fut le siècle des nationalités, le XXème siècle celui des idéologies. Le XXIème siècle sera celui des ethnies, des tribus, des féodalités » (p112). C'est ainsi que M. Tandonnet signale « huit grands viviers de l'émigration planétaire », et les routes empruntées par les flux d'hommes : si l'Union européenne demeure la première destination mondiale des migrants, devant les États-Unis, les mouvements du sous-continent indien, les migrations intra-africaines et intra-américaines sont considérables. Concernant la France, les migrants viennent, pour l'essentiel, de l'Union européenne, du Mali, du Maghreb, de Turquie et de Chine.

 

Outre les lieux de l'émigration, l'auteur nous renseigne sur les motivations des migrants. Ainsi, contrairement à une image répandue, les migrations « de fuite », causées par la menace imminente pesant sur la sécurité du migrant, ne représentent pas le principal des flux, mais 20 à 30%. Elles sont liées à l'explosion des haines tribales, au démantèlement des États, notamment africains, aux famines. Autre courant minoritaire (10 à 20%), l'émigration des élites, dont « il existerait désormais un marché planétaire transparent et fluide » (p17). Mais le flux d'immigration le plus important (60%) concerne les « migrations de développement », celles de classes moyennes jeunes en quête d'un avenir matériel meilleur dans des pays déstabilisés par l'industrie naissante et le progrès économique. « La déchirure du tissu social traditionnel, liée à l'industrialisation et à l'exode rural, conjugée à l'appel du bien être, conduit à un fort désir d'expatriation. […] L'industrialisation des pays émergants a un effet profondément perturbant pour les populations, notamment en raison de la réforme agraire qui arrache les individus, les familles, à leurs origines rurales ». Ce phénomène, déjà observé au début du XXème siècle en Europe, fut l'une des raisons sociologiques de l'apparition du fascisme dans les villes1. Même hétéroclite et restreint, le décollage de l'Afrique subsaharienne risque à terme de provoquer l'explosion des flux migratoires, « dans les décennies à venir, tout laisse penser que la pression migratoire Sud-Nord risque de s'intensifier dans des proportions considérables » (p11). La question des flux Sud-Sud est aussi cruciale, notamment l'intensification des flux Afrique noire-Maghreb, comme l'a révélé crûment un journal marocain2.

 

Esprit ouvert, M. Tandonnet emprunte à toutes les sources de documentation, au-delà des inclinaisons partisanes : il recense les travaux de Patrick Weil, les rapports principaux des grandes organisations internationales, notamment l'ONU, l'OCDE et la Banque mondiale, les ouvrages divers publiés sur la Turquie ou l'Afrique et les articles notables parus dans la presse française. Son livre ouvre ainsi la voie à des réflexions originales et souvent mal connues, notamment sur l'apport économique et social des migrations dans les pays d'origine. Il précise ainsi que « les transferts de fonds ne contribuent pas à l'investissement dans le pays d'origine » (p22) et ne permettent pas l'émergence de secteurs productifs : les tranferts d'argent vont ainsi à la consommation immédiate des ménages plutôt qu'à l'éducation ou l'industrie. La conjonction de la fuite de main-d'oeuvre et du départ des cerveaux est dévastatrice à long terme pour les foyers d'émigration, bien qu'elle soit rendue nécessaire à court terme : toute la complexité du problème consiste à réduire les flux sans déstabiliser, immédiatement, les sociétés concernées.

Ce livre nous permet ainsi de prévoir les difficultés futures, de poser des constats solides et d'envisager des solutions. Pêle-mêle, Maxime Tandonnet nous rappelle que Schengen n'a été qu'une « mutualisation » des faiblesses dans le contrôle de la frontière (p46). Il souligne les chiffres d'une immigration familiale mesurée à 100 000 individus par an en France (enfants non comptabilisés !), qui s'auto-nourrit et autorise des formes déguisés de régularisation. Il rappelle que l'immigration est utilisée à des fins de déflation salariale : « en procurant aux entreprises une main-d'oeuvre bon marché, le recours à l'immigration permet d'exercer une forte pression à la stabilisation ou à la baisse des salaires » (p57). Il rompt avec l'angélisme européen, notamment de gauche et d'extrême gauche, en rappelant que les flux clandestins sont liés à 70% à des filières criminelles et que « le trafic de migrants clandestins se présente comme une forme moderne d'esclavage » (p75). La politique menée en France vis-à-vis de l'immigration clandestine a d'ailleurs engendré de facto un « droit à la régularisation », instauré une « légalité virtuelle » (p104) et insufflé « un effet d'appel d'air considérable » (p105).

 

Maxime Tandonnet offre un livre fondateur, au cœur des thèmes qui seront ceux des sociétés anciennement constituées. Il est porteur d'une vraie puissance républicaine. En matière de migrations professionnelles, il propose l'instauration d'un système de migrations temporaires, qui permettra l'acquisition d'expérience et de savoir-faire, l'accumulation de devises, sans captation à terme des forces vives et des cerveaux d'Afrique. Prévoyant une « périlleuse accélération du morcellement ethnique » (p139), il appelle à une mise en ordre des flux migratoires, après 30 ans de dérégulation généralisée, et réhabilite une notion de frontière à « réconcilier […] avec la modernité » (p133). Rien ne se fera sans le consentement de la nation et sans le respect de sa loi, émanation de la volonté populaire. La crise de l'identité, la crise d'une intégration « qui ne se décrète pas », est une crise des nations et des références communes. Elle ne se résoudra pas sans analyse ferme et résolue de notre politique migratoire, elle ne s'accomodera pas d'une intensification de la misère importée, et d'atteintes de plus en plus profondes à la cohésion sociale et culturelle. L'émergence d'identités infra-nationales porte en elle le risque d'une fragmentation des États : associée à la mondialisation, elle conduit déjà à une recomposition territoriale diffuse et sourde, loin du bruit des médias. C'est cette France périphérique, aphone, en proie à une insécurité culturelle, économique et morale, qu'il faut conquérir, autour d'une communauté de valeurs et d'une offre de protection3.

 

Mots et concepts-clés :

 

Désintégration nationale et tribalisation accentuées par l'importance des flux d'hommes, dont on omet l'épaisseur culturelle

 

L'immigration clandestine comme forme moderne d'esclavage, « humanitarisé » par un gauchisme loin du réel.

 

La frontière est compatible avec la modernité, elle est une protection, une régulation : elle réaffirme la volonté et la puissance publiques .

 

L'immigration africaine maintient les pays d'Afrique dans la pauvreté et l'assistance


La convention de Schengen est une mutualisation des faiblesses au niveau européen

L'immigration au XXIème siècle est un phénomène massif et inédit, qui ira croissant

Le multiculturalisme est imposé par les élites qui ne le vivent pas et véhicule des tensions fortes ; contre-républicain, il porte en lui une ethnicisation progressive des rapports sociaux

 

Citations-clés :

 

« Le « sans frontiérisme » naît de l'alliance paradoxale de deux courants idéologiques traditionnellement opposés : libertaire, inspiré de mai soixante-huit – il est interdit d'interdire – et capitaliste ultra-libéral. Pour le premier, la libre circulation par-delà les frontières relève de la liberté individuelle et d'un droit de l'homme auquel rien ne doit faire obstacle. Pour le second, on y reviendra, toute politique publique visant à réglementer ou à la limiter l'embauche par les entreprises à l'étranger est un archaïsme absurde sur le plan économique. Cette collusion entre deux extrémismes, de gauche et de droite, fut naguère qualifiée par Jean-Pierre Chevènement de « libérale-libertaire » » (p44).

« À l'échelle du monde, on voit que les grands courants migratoires, loin de toujours permettre un dialogue entre les peuples et les civilisations, favorisent souvent les tensions ethniques et identitaires » (p111).

 

 

Maxime TANDONNET, Géopolitique des migrations, « Mondes réels », Éditions Ellipse, 2007.

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