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Immigration : mort à crédit en Méditerranée

25 juin 2015

Immigration : mort à crédit en Méditerranée

Ils paient des passeurs sans scrupule à prix d'or pour traverser la Méditerranée. Cette année, trois mille migrants ont perdu la vie dans ce voyage. Un commerce lucratif et un drame humain face auxquels les Européens sont impuissants.

Par Samy Ghorbal, 25/09/2014 à 12:54

 

Cinq cents disparus, très probablement morts noyés dans un naufrage au large de Malte, le 10 septembre. Un nouveau drame de l'immigration, pour reprendre une formule convenue ? Ou un "homicide de masse", comme l'affirme l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui a révélé la tragédie en se fondant sur le témoignage de deux rescapés palestiniens, recueillis le lendemain par un cargo panaméen qui s'était dérouté pour secourir une autre embarcation ?

 

Leur récit, corroboré par celui d'une dizaine d'autres naufragés retrouvés, est accablant. Leur esquif, parti quatre jours plus tôt du port de Damiette, en Égypte, a été volontairement harponné et coulé par les passeurs, de nationalité égyptienne et palestinienne, qui voyageaient sur une embarcation distincte. Les clandestins, qui avaient déjà changé trois fois de bateau, s'étaient rebellés quand on leur avait ordonné de s'installer sur une embarcation encore plus frêle. Les passeurs ont attendu d'être certains que leurs "clients" avaient bien coulé avant de quitter les lieux...

 

La lourdeur de son bilan et les circonstances dans lesquelles il a eu lieu font de ce naufrage le pire jamais survenu en Méditerranée. Il n'a pas suscité une indignation similaire à celle provoquée par la noyade, au large de Lampedusa, le 3 octobre 2013, de 366 candidats à l'exil originaires de la Corne de l'Afrique, qui avait entraîné le déploiement en urgence de l'opération italienne Mare Nostrum, destinée à secourir les migrants en mer.

 

Les sauveteurs italiens ont déjà secouru 65 000 migrants en détresse au cours des sept premiers mois de 2014.

 

Les centaines de Syriens, de Soudanais et de Palestiniens morts dans la tragédie de Malte n'ont reçu en guise d'épitaphe que quelques lignes dans les journaux, preuve, sans doute, de la banalisation du phénomène et de l'insensibilité croissante de populations européennes puissamment travaillées par la tentation du repli identitaire face au "péril" de "l'invasion immigrée".

Il y a pourtant urgence : déjà dramatique depuis plusieurs années, la situation en Méditerranée est devenue alarmante. Les sauveteurs italiens ont déjà secouru 65 000 migrants en détresse au cours des sept premiers mois de 2014. Au rythme où vont les choses, le chiffre de 120 000 sera atteint en fin d'année, soit un quadruplement par rapport aux prévisions initiales.

 

Un afflux sans précédent de demandeurs d'asile


Les autorités de la Péninsule redoutent une déferlante incontrôlable. Quelque 600 000 candidats à la traversée attendraient de l'autre côté de la mer, sur les côtes libyennes, prêts à embarquer. Rome, qui doit aussi faire face à un afflux sans précédent de demandeurs d'asile (+140 % depuis le début de l'année) et qui assume entièrement le coût de la mission Mare Nostrum, menace l'Union européenne d'ouvrir ses frontières et de laisser s'éparpiller les clandestins sur le continent.

 

Une menace déjà mise à exécution en 2011, l'année du Printemps arabe, par le gouvernement de Silvio Berlusconi, après l'arrivée de dizaines de milliers de harragas tunisiens et égyptiens, qui s'étaient rués sur les îles de Pantelleria et Lampedusa, au large de la Sicile. Les statistiques de Frontex, l'agence européenne chargée de la surveillance des frontières extérieures de l'Union, indiquent elles aussi un afflux historique de migrants aux frontières de l'Europe et une forte augmentation des demandes d'asile (354 000 en 2013, en hausse de 30 %).

 

La multiplication des conflits et l'effondrement de plusieurs États du pourtour méditerranéen (Syrie, Irak, Libye), ainsi que la poursuite des flux en provenance d'Afrique subsaharienne expliquent cette inflation vertigineuse. Véritable passoire livrée à des milices "gangstérisées", elles-mêmes impliquées dans la traite des clandestins, la Libye constitue désormais un problème insoluble, à la fois pour ses voisins et pour l'Europe.

 

Source : Jeune Afrique 

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