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Borloo sur les migrants : "Notre approche est à côté de la plaque"

24 juin 2015

Borloo sur les migrants : "Notre approche est à côté de la plaque"

INTERVIEW - Jean-Louis Borloo, créateur de la Fondation "Energies pour l’Afrique", revient sur les récents naufrages meurtriers de migrants en Méditerranée. Extraits de son interview à paraître dans le JDD dimanche. 

Quelle doit être l’attitude des Européens face à aux migrants qui, au péril de leur vie, tentent de s’installer en Europe?  Les accueillir? Les canaliser? Les renvoyer chez eux?


Avec une telle approche, on est à côté de la plaque. Commençons par traiter le problème de fond : tout part de l’énergie. L’accès à l’énergie et à la lumière est un préalable à tout : sans énergie, pas d’agriculture (l’Afrique n’est pas auto-suffisante alors que 65% des terres arables du monde s’y trouvent). Sans électricité, pas d’accès à l’eau, pas de santé. Pas de lumière : c’est aussi la violence. Prenez Bangui, la capitale de la Centrafrique : c’est 3% d’accès à la lumière. Il faudrait y envoyer des ingénieurs EDF autant que des gendarmes! Pas d’électricité, c’est aussi la forêt africaine qui recule face au désert à cause de la déforestation. Pas d’électricité, c’est pas d’industrie, pas d‘activité économique. Vous ne pouvez pas faire un call center à Cotonou avec quatre heures d’électricité par jour. Sans lumière, il n’y a pas d’éducation non plus.

 

La France compte saisir le Conseil de sécurité de l’ONU pour pouvoir faire la guerre aux passeurs et envoyer leurs bateaux par le fond…

 
Qu’à court terme, on démantèle quelques opérations de voyoucratie internationale, cela ne me pose aucun problème. On n’est pas obligés non plus d’applaudir les passeurs. Mais ce qu’il faut comprendre, c'est qu’on se retrouve face à une vague de fond.

 

L’Europe aujourd’hui semble surtout avoir envie de fermer ses portes, d’ériger des murs, de se barricader…

 
Si la ligne Maginot était efficace, les Allemands ne seraient pas entrés dans Paris! Bien sûr, il faut un peu plus de protection. Je ne suis pas naïf, je n’ai aucune envie de voir le fascisme s’installer un peu partout en Europe. Mais quand on aura coulé 30 bateaux, on fait quoi après? S’il s’agissait seulement, j’insiste, d’un problème européen, on pourrait à la limite imaginer un gigantesque mur de l’Atlantique… (sourire). Mais il s’agit de la déstabilisation totale d’un continent qui, sous nos yeux, passe de 1 à 2 milliards d’habitants. Et derrière cela se profilent tous les dangers. Donc il n’y a même pas d’options. Il faut juste se dépêcher de démarrer

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Dominique De Montvalon - Le Journal du Dimanche

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