le collectif des musulmans citoyens français

Trois propositions pour mieux intégrer les musulmans en France

18 juin 2015

Trois propositions pour mieux intégrer les musulmans en France

LE PLUS. L'Islam étant la religion de millions de Français, il convient d'intégrer les musulmans dans la société. Des projets émergent tels l'Institut des Cultures d'Islam ou la Grande mosquée de Strasbourg, mais il reste encore du chemin à parcourir.

LE PLUS. L'Islam étant la religion de millions de Français, il convient d'intégrer les musulmans dans la société. Des projets émergent tels l'Institut des Cultures d'Islam ou la Grande mosquée de Strasbourg, mais il reste encore du chemin à parcourir. John Bowen, anthropologue, auteur de "L'Islam à la française" (ed. Steinkis), a trois pistes à suggérer aux pouvoirs publics.


À l’approche des élections présidentielles et quelques années après les émeutes de 2005, le sujet sensible des banlieues refait surface, comme en témoigne le rapport de l’Institut Montaigne sur la "banlieue de la République", rendu au début du mois. Si cette étude pointe avec justesse les problèmes sociaux vécus par les jeunes qui habitent à Clichy ou à Montfermeil, il confond cependant la question des fractures sociales avec celle de la place légitime de l’Islam dans la République. Non pas qu’il n’y ait pas de liens entre les deux, mais l’une ne se résume pas à l’autre.

 

L’Islam n’est pas qu’une compensation aux incapacités des gouvernements successifs à résoudre injustices et inégalités. C’est avant tout la religion de millions de Français, n’en déplaise aux partisans de l’extrême droite.

 

Que s’est-il passé ces vingt dernières années? Où en sommes-nous de l’intégration des musulmans de France ? Prenons comme point de départ le principe d’égalité, sous-tendu par celui de laïcité, à savoir que les musulmans, autant que les catholiques, les protestants, les juifs, et toute personne d’une autre obédience, ont le droit de pratiquer leur culte dans des conditions décentes que la République se doit de garantir.

 

Ce principe, leur confère le droit, avant tout, à des lieux de culte décents. Sur ce point, il y a eu des avancées, notamment grâce au message envoyé par Nicolas Sarkozy lors de son passage place Beauvau, mais surtout grâce à la volonté et au volontarisme de certains maires et responsables politiques comme par exemple à Bobigny, Créteil ou Strasbourg, sans oublier le projet d’Institut des Cultures d’Islam, comprenant un centre culturel, à La Goutte-d’Or. Mais ces efforts se heurtent constamment à des entraves financières et/ou politiques, qui freinent aujourd’hui encore le projet de la ville de Marseille.

 

Pour une partie croissante de musulmans, pratiquer le culte implique de respecter les normes halal, ce qui dans son sens large englobe à la fois une éthique de vie et des préceptes alimentaires. Ce souci donne lieu parfois à des revendications problématiques, en particulier pour les cantines publiques. Pour autant, s’intégrer à une République ne peut signifier que tous adoptent les mêmes règles alimentaires, aux dépens de la pratique "normale" de la religion de chacun.

 

Quant à l’école, elle reste bien entendu, le lieu privilégié pour transmettre les valeurs de la République, y compris dans le privé (rappelons que la moitié des élèves passent au moins une année en école privée, principalement dans l’enseignement catholique). Ainsi, compte tenu des difficultés rencontrées par l’enseignement public en banlieue, plusieurs tentatives ont vu le jour pour proposer des écoles privées musulmanes sous contrat avec l’État, un contrat qui leur donne les subventions nécessaires à leur survie, la plupart des familles musulmanes ayant des revenus modestes. À l’heure actuelle, une seule école, à Lille, a réussi ce pari. D’autres ont connu et connaissent toujours une forte résistance, comme à Lyon et à Aubervilliers, où l’on attend toujours une réponse de l’État.

 

Pour lutter contre le sentiment d’inégalité chez les jeunes en banlieue et les réintégrer à la République, peut-être faudrait-il commencer par considérer l’Islam, dans le discours et dans la pratique, sur un pied d’égalité avec les autres cultes.

 

Pour ce faire, trois propositions sont à prendre en compte :

 

1. Donner des lieux de culte décents aux fidèles, ce qui évitera les prières de rue et leur stigmatisation (au passage, relire le rapport Machelon rendu public en septembre 2006 qui propose des moyens pour favoriser la construction de nouvelles mosquées en toute légalité !)

 

2. Chercher des solutions pragmatiques aux problèmes pratiques, par exemple pour la question du halal qui est une revendication légitime des musulmans (pourquoi ne pas proposer des plats halal dans les cantines ?).

 

3. Encourager le dialogue entre l’État et les acteurs publics musulmans qui œuvrent quotidiennement à l’intégration de la communauté musulmane pour construire des écoles privées musulmanes de qualité. Si l’école est au cœur des problèmes sociaux des banlieues, la solution passera par des partenariats efficaces à mettre en place avec ces acteurs.

 

Source: L’OBS, publié le 28-10-2011

                 Par John Bowen (Anthropologue)

Islam, quand la deuxième religion de France interroge la laïcité L'urgence d'un islam de France structuré, apaisé, crédible