le collectif des musulmans citoyens français

Ni islam en France, ni islam de France, islam français

16 juin 2015

Ni islam en France, ni islam de France, islam français

FIGAROVOX/ANALYSE - Pour Camel Bechikh, la journée de travail des Républicains sur l'islam doit être l'occasion de rappeler que religion musulmane est un culte et non une culture.

FIGAROVOX/ANALYSE - Pour Camel Bechikh, la journée de travail des Républicains sur l'islam doit être l'occasion de rappeler que religion musulmane est un culte et non une culture.

 

À deux années de l'échéance présidentielle, l'islam continue d'occuper le débat public ; et ce de façon généralement confuse et souvent presque hors-sujet. Lequel débat ramène l'islam, spiritualité à vocation universelle, tel le christianisme, aux sujets de société et de culture aussi variés que la laïcité, l'immigration, la sécurité, ou l'Éducation nationale. Le tout à une régularité quasi-métronomique - deux à trois polémiques mensuelles -, interdisant, de fait, toute analyse de fond.

Ce jeudi 4 juin, Les Républicains organisent à huit-clos une réflexion sur l'islam. Immense ambition sur un temps si court, ambition dont on ne sait si elle portera sur un axe théologique, philosophique, historique ; ou les trois à la fois? À moins qu'il ne s'agisse de se pencher sur l'actuelle sociologie des musulmans de France, question tout aussi vaste, alors que déjà se pose la question sémantique concernant l'«assimilation» ou l'«intégration», l'«islam en France» ou l'«islam de France».

Finalement, un débat à la va-vite organisé vaudra toujours mieux que pas de débat du tout, même si l'émotion et l'empressement ne sont guère propices à de fructueuses et constructives discussions, surtout lorsque entrent à la fois en scène, surenchère électoraliste de droite et paternalisme chafouin de gauche…

Ce qui est, malheureusement, encore la meilleure manière de laisser de côté cet élément fondamental du problème: comment les musulmans français perçoivent-ils leur pays, qu'il soit d'origine ou d'accueil? Perception par ailleurs largement parasitée, depuis bientôt trente ans, par cette culture de repentance dont une large partie de nos élites intellectuelles fait son miel, sachant que pour ces dernières, notre pays serait éternellement coupable. Coupable d'être la Fille aînée de l'Église, coupable d'avoir fomenté croisades, colonisation, inquisition, collaboration, et immigration de masse. En somme, l'Histoire de France, jadis objet de fierté, de cohésion nationale est devenue une sorte de complainte perpétuelle, d'arène de concurrence victimaire dans laquelle la majorité «non-communautarisée», française de souche parce que «blanche, catholique et hétérosexuelle» se retrouve, au mieux suspecte, au pis, vouée au pilori médiatique.

«D'autre part, si le ministère de l'Intérieur entend occuper une place majeure dans ce grand débat, son rôle premier devrait avant tout consister à stopper ce tsunami migratoire, première cause de l'actuelle inquiétude identitaire ...»

Il est encore à noter que les réformes mortifères telles que mariage pour tous, la PMA, la GPA ont un effet dévastateur quant à l'image de notre pays pour les Français de branche, de longue date attachés à la famille et aux valeurs traditionnelles. Et ne parlons même pas de l'idéologie du genre, en priorité testée dans les écoles de ces quartiers donnés pour “sensibles”.

Puisque l'Éducation Nationale porte une immense responsabilité dans ce débat lié à l'islam de France, il serait pour elle éminemment pertinent de renforcer les apprentissages du français et de l'histoire, plutôt que d'improviser un enseignement de l'islam dont la seule finalité n'aboutirait qu'à aggraver le ressentiment d'un peuple de France peu en clin à l'islamophilie, ainsi que la gène d'élèves musulmans qui, par ailleurs, n'en demandent pas tant, il y a les mosquées pour ça.

D'autre part, si le ministère de l'Intérieur entend occuper une place majeure dans ce grand débat, son rôle premier devrait avant tout consister à stopper ce tsunami migratoire, première cause de l'actuelle inquiétude identitaire, déferlante à laquelle se surajoutent d'autres plaies sociales: chômage de masse structurel, logements paupérisés, trafics divers et finalement ghettoïsation progressive de pans entiers du territoire français.

Pareillement, si le ministère des Affaires étrangère a aussi son rôle à jouer dans cette partition commune, il ne serait pas forcément idiot d'enfin refuser l'ingérence d'États étrangers dans le CFCM, acronyme dont le «F» demeure une énigme, tant il est admis, sans que cela ne choque quiconque, que ce Conseil est lieu de tension diplomatique entre...Alger et Rabat! De plus, le Quai d'Orsay osera-t-il encore juguler l'expansion salafiste dans nos quartiers, alors que les pétromonarchies du Golfe persique sont devenues des partenaires commerciaux majeurs de la France?

«Assimilation» ou «intégration»? Face à ces termes aux contours flous, il serait plus judicieux de parler d'acculturation et, préalablement, de différencier le culte de la culture. (À ce sujet, voir la charte des Fils de France )

««Islam en France » ou « Islam de France » ? Pour notre part, la seule solution viable à long terme, profitable à tous et toutes, c'est « l'islam français ». Islam qui, allégé des folklors, irait à l'âme française comme un gant bien taillé à une main bien faite.»

En effet, l'islam est une spiritualité, un culte, présent historiquement de l'Afrique de l'Ouest aux archipels de l'Océan Pacifique et qui, par conséquent, rencontre, traverse des cultures extrêmement variées, à l'instar du catholicisme présent dans des cultures tout aussi diverses. Si le jeûne du Ramadan, le pèlerinage à La Mecque sont des rituels communs aux musulmans du monde entier, cela ne détermine en rien, langue, vêtements, alimentation, musique, coutumes maritales et mortuaires…

Les musulmans français sont majoritairement issus de l'immigration maghrébine, subsaharienne ou turque alors que leur religion est à vocation universelle. L'acculturation? C'est le remplacement progressif de la culture des parents ou grands-parents, primo-migrant, pour celle de son pays de naissance, d'avenir. Mais cette transition douce, d'une minorité se fondant dans la majorité ne sera possible qu'à condition que les cadres religieux musulmans évitent, eux-mêmes, la confusion entre culte et culture. Religiosité et appartenance par filiation aux pays d'origine. Pas gagné lorsque l'on sait que la majorité des imams en France sont fonctionnaires de l'Algérie, du Maroc ou de la Turquie.

«Islam en France» ou «Islam de France»? Pour notre part, la seule solution viable à long terme, profitable à tous et toutes, c'est «l'islam français». Islam qui, allégé des folklores, irait à l'âme française comme un gant bien taillé à une main bien faite.

Un tel concept ne présente en rien une uthopie, elle est déjà une part de la réalité des français musulmans, à condition toutefois que le gouvernement ait le courage de stopper les flux migratoires, d'en finir avec une invasion bien plus insidieuse, celle de la «mondiaméricanisation», et à en revenir aux fondamentaux traditionnels dont la famille demeure l'un des piliers principaux.

Le tout, même s'il peut s'agir d'un vœu pieux, impliquerait encore que la France reprenne conscience du destin et de la position historique qui sont la sienne, une France souveraine: au cœur de l'axe Paris-Berlin-Moscou, mais également pivot du monde méditerranéen ; soit reconsidérer notre assujettissement quasi pavlovien à la tutelle américaine. Soit une certaine idée de la France qui, je crois, ne peuvent que rencontrer un Henri Guaino, puisque c'est de son parti dont il s'agit.

 

Home FIGARO VOX Vox Politique

Par Camel Bechikh

Publié le 04/06/2015

L'urgence d'un islam de France structuré, apaisé, crédible Les impensés et non-dits contre l’intégration des musulmans