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Paganisme et islamisation paradoxes du maraboutisme maghrébin

02 octobre 2016

Paganisme et islamisation  paradoxes du maraboutisme maghrébin

Apparu au VIIe siècle au Maghreb, le maraboutisme, qui fait l'éloge des saints, est une doctrine païenne de l'islam condamnée par l'orthodoxie sunnite pour ses pratiques associationnistes. Un paradoxe pour un courant qui a contribué à islamiser de nombreux territoires reculés d'Afrique.

Ce samedi 16 avril, à quelques encablures de l’ambassade du Maroc en France, des militants sahraouis ont organisé un sit-in pour dénoncer «l’oppression» dont est victime leur peuple depuis 40 ans.

Depuis plusieurs semaines déjà, la question du Sahara occidental occupe l’actualité maghrébine.

Cette bande de terre aride, qui ne semble intéresser aujourd’hui que les autochtones saharaouis (soutenus par l’Algérie) et le royaume du Maroc, pesa pourtant de manière décisive sur l’histoire du Maghreb.

La Sâqiya al-Hamrâ’, la vallée au creux de laquelle coule le fleuve du même nom, fut en effet, des générations durant, un véritable vivier de marabouts qui essaimèrent dans tout le Maghreb.

On leur doit notamment au XVe siècle une «réislamisation par le bas» des sociétés maghrébines, qui, par le biais de la prédication, diffusera l’islam jusque dans les villages les plus reculés, et parmi les tribus les plus farouches, où, jusqu’alors, l’islam n’était guère qu’un vernis monothéiste posé sur un fond de croyances ancestrales.

On appelle «marabout» un pieux personnage, un saint, dont on recherche la bénédiction (baraka) de son vivant comme après sa mort. Sa tombe, devenue mausolée (maqâm, qubba), est l’objet de visites pieuses (ziyâra), voire de pèlerinages extra-canoniques.

Le maraboutisme, contraire à l'orthodoxie sunnite

Le phénomène de ces «amis de Dieu» (awliyâ’ sâlihûn) est contraire à l’orthodoxie sunnite qui la qualifie d'associationnisme à Dieu (ce concept d’un être exceptionnel béni de Dieu et proche de lui est étranger aussi bien au Coran qu’à la Sunna).

Il apparaît néanmoins vers le VIIIe siècle, et connaît un développement particulièrement important au Maghreb.

Dans l’islam populaire, le saint personnage, pour lequel on brûle un cierge ou on sacrifie un animal, fait figure d’intercesseur entre le fidèle et Dieu Tout-Puissant, et c’est par son biais qu’on a longtemps formé des vœux (de santé, de succès, de protection, etc.).

Le phénomène, qui doit beaucoup aux superstitions païennes, et dans lequel coexistent un certain nombre de pratiques syncrétistes, s’observe aussi bien chez les musulmans que chez les juifs (ainsi les saints patrons de villes : Rabbi Hannaniah Ha-Cohen à Marrakech, ou Sidi Mahrez à Tunis). De grands noms tels que Ibn Mashîsh, ash-Shadhilî et al-Jazûlî ne doivent pas faire oublier les milliers de petits saints locaux dont les tombes parsèment encore villes, villages et quartiers, et dont l’influence globale a été immense.

Le XVe siècle a constitué à cet égard une période décisive.

Quelque sept siècles après la conquête arabe, le mouvement d’islamisation du Maghreb reprend, cette fois-ci d’ouest en est, et hors des villes (centres de rayonnement arabe d’un islam savant), en direction de populations frustes, rurales ou nomades.

Trois facteurs sont ici à l’œuvre : l’affaiblissement de l’État (des pouvoirs centraux, − zayyanides et mérinides, notamment) ; une montée du mouvement religieux en relation avec la présence chrétienne (occupation de cités côtières par les Espagnols et les Portugais, notamment au Maroc) ; et l’aggravation du fractionnement politique (sharifisme à l’ouest et présence ottomane au centre et à l’est).

Un instrument efficace de la diffusion de l'islam

Ces pouvoirs centraux faibles, incapables d’assurer la paix intérieure comme de défendre leurs territoires, connaissent une sclérose de leurs institutions.

Partout on assiste au reflux de la civilisation musulmane, marquée notamment par la perte d’al-Andalus.

C’est dans ce contexte que des personnages religieux, souvent lettrés, mais aussi analphabètes, qui disent la parole de Dieu et cherchent à imiter le Prophète, sont considérés comme des modèles par les communautés.

Ils créent ainsi des fiefs où ils exercent une autorité à la fois morale et religieuse, mais aussi politique.

Si l’antagonisme entre islam des élites lettrées (savant, citadin) et islam populaire imprégné de charisme et de messianisme est bien une réalité, il existe néanmoins une continuité : ces faqîh-s vivant au milieu de populations rurales ou bédouines ont assuré, en la transformant, la diffusion des grandes idées issues de la tradition mystique, liant le global au local, et renforçant, par le biais de la religion, un lien social qui était malmené et menacé.

 

Seyfeddine Ben Mansour

ZAMAN FRANCE

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