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Mémoires de Hajj Rencontre avec Mounia Chekhab-Abudaya

02 octobre 2016

Mémoires de Hajj Rencontre avec Mounia Chekhab-Abudaya

A  l'occasion de l'Aïd al-Adha qui marque la fin du pèlerinage, nous sommes allés à  la rencontre de Mounia Chekhab-Abudaya commissaire principale de l'exposition  " Hajj - The Journey Through Art   " qui s'est tenue en début d'année à Doha (Qatar), afin de mettre en lumière les relations qu'entretient la civilisation Islamique avec les Arts

Mounia Chekhab-Abudaya est docteur en Histoire de l’Art et Archéologie islamiques de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Elle est conservateur et responsable des collections de l'Occident musulman au Musée d'Art Islamique de Doha au Qatar et fut commissaire principal de l'exposition " Hajj - The Journey Through Art  " qui s'est tenue du 09 octobre 2013 au 05 janvier 2014 à Doha. Elle l'auteur de " Mémoires du Hajj, Le pèlerinage à La Mecque vu à travers les Arts de l’Islam, la production intellectuelle et matérielle de l’époque médiévale à l’époque contemporaine. " qui vient de paraître aux éditions " Cahiers de l'Islam " et dont le lecteur pourra retrouver un extrait ici.

 

 


Les Cahiers de l'Islam : Qu’elle était l’ambition de l’exposition sur le Hajj qui s’est tenue au Musée d’Art islamique de Doha en 2013 ? Pourquoi avoir focalisé sur le pèlerinage (Hajj) ? 

Mounia Chekhab-Abudaya : Cette exposition a été réalisée en collaboration avec le British Museum de Londres où une exposition sur la même thématique s’est tenue au printemps 2012. Le Musée d’Art islamique de Doha a trouvé que ce thème ferait l’objet d’une exposition intéressante à Doha. L’idée a été de reprendre cette même thématique sans nécessairement apporter l’exposition du British Museum telle que présentée à Londres. L’idée de départ et le défi ont donc été de rassembler des objets des collections du Qatar (pas uniquement du Musée d’Art islamique mais aussi d’autres musées et collections locales) de manière à pouvoir présenter ce pilier de l’islam à travers des objets qui racontent tous une histoire particulière. Le Hajj peut sans aucun doute être conté de mille manières et chaque expérience du Hajj à travers les siècles est unique. C’est ce qui a rendu la préparation de cette exposition enrichissante sous de nombreux aspects.

 


Les Cahiers de l'Islam : Que désigne-t-on exactement par « Art Islamique » ou « Arts de l’Islam » ? Ces appellations sont-elles justifiées ? Doit-on considérer cet art comme un art uniquement religieux ? 

Mounia Chekhab-Abudaya : Cette question a fait l’objet de nombreux articles et de nombreuses réflexions sur la terminologie à adopter afin de définir cette production artistique. Il s’agit dans un premier temps de voir comment, depuis le XIXe siècle, les auteurs ont qualifié cet art : tantôt « arabe », « maure », tantôt « musulman », voire « mahométan », autant de désignations qui ne conviennent pas lorsque l’on approche une production artistique aussi large géographiquement et temporellement. La production islamique englobe toute la production du monde arabo-musulman du Maroc jusqu’à la Chine du VIIe siècle aux avènements des pays indépendants contemporains (première moitié du XXe siècle). Autant dire donc que ce sont tant de diversités de productions en 14 siècles que même « islamique » peut paraître un terme réducteur. Mais c’est celui qui convient le mieux pour qualifier cette production qui touche des populations diverses (pas seulement arabes mais aussi turques, persanes, indiennes, ou encore berbères pour n’en citer que quelques-unes) et qui est réunie par un facteur commun, celle d’une religion implantée à des périodes différentes dans cette vaste région. Il faut entendre ici « islamique » comme adjectif d’Islam avec un grand « i », dans le sens où l’on évoque ici la civilisation islamique dans son ensemble et par conséquent pas nécessairement un art qui serait restreint par la religion uniquement (surtout lorsque l’on sait que de nombreux artisans de cours étaient chrétiens par exemple). Il faut donc comprendre « Arts de l’Islam » ou « Art islamique » comme une terminologie générique qui permette de désigner cette production artistique diversifiée qui correspond autant au domaine religieux qu’à celui du profane.

 


Les Cahiers de l'Islam : En quoi pourrait-on qualifier cet art d’universel ? 

Mounia Chekhab-Abudaya : C’est une question assez difficile étant donné déjà le nombre de notions qui peuvent être qualifiées d’universelles, pas seulement dans l’art. Je dirais pour ce qui est de l’Art islamique qu’il s’agit d’une production artistique qui transcende les siècles et sait encore être analysée et appréciée avec nos yeux d’aujourd’hui. L’Art islamique traverse des siècles de culture et ne cesse de provoquer un intérêt grandissant. L’idée d’universalité se trouve sans doute aussi dans la place qu’occupe cet art de nos jours, sa diffusion, l’importance des collections tant privées que muséales voire des nombreuses expositions qui lui sont dédiées de près ou de loin. C’est aussi un art qui retranscrit un langage visuel d’une grande richesse mais qui reste accessible à tous, tant connaisseurs qu’amateurs.

 


Les Cahiers de l'Islam : Pour finir, comment considérez vous la gestion du patrimoine historique de l'Islam (et en particulier de La Mecque), menée depuis quelques années par le royaume Saoudien ? 

Mounia Chekhab-Abudaya : La situation est assez triste à voir depuis l’avènement du royaume Saoudien à vrai dire. Si l’on regarde historiquement, le mahmal a par exemple cessé d’être utilisé pour accompagner les processions et les caravanes des pèlerins vers La Mecque dès que le royaume fut créé. La question de l’implantation du wahhabisme en Arabie Saoudite a changé les mœurs vis-à-vis du patrimoine historique. Afin d’éviter des idolâtries, de nombreux monuments, tombeaux ont été détruits. Le périmètre sacré autour de la Ka‘ba ne possède presque plus de traces de l’époque ottomane. On peut comprendre que le périmètre et les autres lieux concernés par le Hajj ont dû être agrandis et aménagés pour pouvoir accueillir le nombre grandissant de pèlerins qui chaque année affluent vers La Mecque par millions. Lorsque l’on sait que de nombreuses personnes meurent lors du pèlerinage chaque année, cela paraît évident que des aménagements sont nécessaires. Mais pourquoi ne pas préserver alors ce qui est détruit chaque année ? Il existe un musée à La Mecque (le Mathaf al-Haramayn) qui possède quelques objets historiques et certains projets sont en cours pour la restauration de pièces historiques. Mais ces projets sont sans doute insuffisants face à la disparition progressive d’un patrimoine historique important. Et on ne peut que se passer de commentaires lorsque l’on observe simplement cette immense tour de l’Horloge accolée à la mosquée où le m2 est aujourd’hui le plus cher de la planète !

 

Afin de compléter cette lecture nous proposons au lecteur un extrait de l'ouvrage "Mémoires du Hajj ", que l'auteur vient de publier aux éditions "Cahiers de l'Islam". Celui-ci traite du pèlerinage à La Mecque vu à travers les Arts de l’Islam.

 

 

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