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Maîtres musulmans du kung fu l’autre voie de la dévotion

03 octobre 2016

Maîtres musulmans du kung fu  l’autre voie de la dévotion

Une rumeur a récemment fait le buzz sur le net : celle de la conversion de Jackie Chan à l’islam. L’information est fausse, comme l’a souligné le site Halabook.fr. Ce qui est vrai par contre, et qui est généralement peu connu, c’est qu’il existe une tradition authentiquement musulmane, et authentiquement chinoise, du kung fu.

SEYFEDDINE BEN MANSOUR

PARIS

 

 Une rumeur a récemment fait le buzz sur le net : celle de la conversion de Jackie Chan à l’islam. L’information est fausse, comme l’a souligné le site Halabook.fr. Ce qui est vrai par contre, et qui est généralement peu connu, c’est qu’il existe une tradition authentiquement musulmane, et authentiquement chinoise, du kung fu.

La Chine a été islamisée à date ancienne, sous le règne de 'Uthmân, troisième calife bien-guidé, soit dès le VIIe siècle. Les commerçants musulmans (arabes et persans) des ports de Canton et Quanzhou (al-Zaytûn), à l’extrémité est de la Route de la soie, ont épousé des Chinoises et fait souche. Leurs descendants sont les Hui.

Quoi qu’autochtones – religion exceptée, rien ne distingue en effet les Hui des Hans, l’ethnie dominante, ni sur le plan physique, ni sur le plan linguistique – ces musulmans chinois ont été victimes de persécutions sous les différentes dynasties qui se sont succédé, et spécialement sous les Qing (1644-1912).

Le chroniqueur arabe al-Mas‘ûdî évoque ainsi le massacre de 120 000 musulmans au Xe siècle.

Pour faire face à l’oppression, les Hui ont pratiqué les arts martiaux, et particulièrement le kung fu, discipline dans laquelle ils excellent de nos jours encore.

Au siècle dernier, «Le Lion du Kung fu chinois» était ainsi le surnom du maître musulman Wang Zipping (1881-1973).

La tradition wushu des Huis musulmans

Les Huis ont non seulement développé des styles existants, mais encore créé des styles nouveaux, comme l’impressionnant Tan Tui («jambes ressorts»), dû à Chamir, maître wushu (ès arts martiaux) de l’époque Ming (1368-1644) ; le Cha Kung Fu, technique originaire du Shaolin du Nord, nommée d’après le maître musulman Cha Mi Er, et enseignée notamment par le maître Cheong Ho, amiral musulman sous la dynastie Ming ; le Baji Quan ou «boxe des huit extrémités», dû au musulman Wu Zhong1712-1802), originaire de la province de Shan Dong ; etc.

 

Ce dernier style était à ce point prisé que l’empereur Qian Long (1711-1799) dit un jour : «Pour la santé, nous avons le Taichi, pour la protection, le Baji». L’instructeur des gardes du corps des présidents de la République de Chine Sun Yat-sen et Tchang Kaï-chek, comme du leader de la République populaire de Chine, Mao Zedong, était un maître de Baji Quan, art musulman.

Par ailleurs, avec l’avènement de la République en 1912, il s’est agi de définir une norme moderne du wushu, les Chinois se sont naturellement tournés vers les arts martiaux des musulmans huis : persécutés, isolés, leur art devait être le plus pur, le moins ouvert aux influences extérieures, véritable conservatoire des traditions en la matière…

De fait, les Huis ont longtemps pratiqué leur art dans le silence des mosquées (appelées en chinois «temples de pureté et de vérité»).

Du petit kung fu au grand jihad

A l’instar des moines guerriers de Shaolin, leur maître wushu était aussi leur maître spirituel ; il dirigeait ainsi les cinq prières quotidiennes comme celles, superfétatoires, du tajahhud. L’islam n’était pas ainsi un simple culte, mais le cadre spirituel dans lequel les disciples de l’imam allaient apprendre leur art, vouer leur vie à la quête de la perfection.

Les concepts soufis recoupant certaines conceptions chinoises traditionnelles, la traduction spirituelle s’est opérée aisément. Il ne s’agit pas en effet d’attaquer ou de se défendre, mais de se servir de la matérialité de ce monde pour appréhender l’autre, et, ce faisant, d’atteindre à l’harmonie entre l’esprit et le corps.

Le chi a alors pour équivalent le nafas (souffle, respiration) et lechan, le rûh (esprit qui insuffle, âme). Comme dans le bouddhisme zen, le disciple doit d’abord faire le vide en lui-même.

Au kung fu «externe», qui suppose la maîtrise de la force et de la direction des gestes, correspond al-jihâd al-asghar, «le petit jihâd», l’effort physique défensif ou offensif.

Et au kung fu «interne», qui suppose lenteur et maîtrise de soi, correspond al-jihâd al-akbar, «le grand jihâd», l’effort pour combattre son ego…

 

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