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« Éducation islamique » « Éducation religieuse » quelle différence?

29 septembre 2016

« Éducation islamique »  « Éducation religieuse » quelle différence?

Un débat a surgi sur l’appellation de la matière religieuse prévue dans le système éducatif marocain, après  que certains médias aient rapporté que le ministère de l’éducation nationale a décidé d’appeler « Éducation religieuse » la matière désignée jusque là par « Éducation islamique » en application de la décision royale relative à la refonte des programmes et contenus de ce que le discours officiel a appelé « Éducation religieuse ».

Cette décision a provoqué les protestations des enseignants de l’éducation islamique à l’encontre du ministère de tutelle qui ont estimé que sa décision est contraire à la constitution et aux orientations de l’Etat?

Quelle est la différence entre les deux appellations?  Quelles sont les raisons du refus des enseignants de la nouvelle appellation? Est-ce-que ce changement constitue un pas en avant sur la voie de la démocratisation du système éducatif, ou simplement une démarche formelle sans relation avec ce qui doit être réellement revu dans la matière religieuse prévue dans les programmes de l’enseignement?

« L’Éducation islamique », telle que nous l’avons connue, porte sur l’enseignement des principes de l’Islam et de la signification de ses dispositions et de ses fondements à partir du texte coranique et des préceptes du Prophète et ce en vue de faire des enfants des musulmans appartenant à ce que le cours désigne par « le groupe des musulmans » ou « la Ouma islamique ».

Pour atteindre cet objectif, le cours utilise tous les moyens qu’ils soient pédagogiques ou fondamentalement contraires à la pédagogie comme l’enseignement de la violence, des conquêtes, de la terreur et de la ségrégation en utilisant la religion,  l’abaissement des autres croyances, l’incitation à l’encontre des non-croyants, le doute dans les principes des droits de l’homme et la falsification de leurs significations originelles, en noyant les élèves dans des considérations désuètes et sans relation avec notre vie moderne et les valeurs de la société actuelle dans laquelle nous vivons.

« L’Éducation religieuse » signifie l’enseignement des grands principes de la vie morale sur la base de valeurs communes à toutes les religions et qui sont considérées comme nobles, unanimement, par les civilisations humaines et dont a été inspiré ce qui est aujourd’hui appelées « valeurs universelles ».

 Ces valeurs qui concernent tout être humain où qu’il soit sans considération de sa couleur, sa nationalité, sa croyance et son ethnie. L’Éducation religieuse ressemble à ce qu’on appelait avant dans le système éducatif « la morale », lorsque les élèves bénéficiaient de cours leurs dispensant les valeurs nobles en adoptant une démarche basée sur la pensée rationnelle, la religion et l’expérience humaine des différentes cultures qui ont accumulé ces valeurs et contribué à leur émergence.

Ce qui signifie que le changement d’appellation de la matière enseignée de « Éducation islamique » et son remplacement par « Education religieuse » n’est pas une mesure formelle mais en relation avec le fond du contenu enseigné aux élèves, l’éducation islamique vise à fabriquer des musulmans alors que l’éducation religieuse à fabriquer des citoyens.

L’Éducation islamique telle qu’est enseignée est complètement contraire aux valeurs de nationalisme et de citoyenneté, car elle éduque l’enfant pour appartenir au « groupe » (Ouma) lié par la croyance  religieuse et non pas à la nation qui appartient à tous ses enfants quelles que soient leurs croyances et leurs différences. Elle remet également en question le principe de citoyenneté en ce sens qu’elle souligne que la valeur de l’individu réside dans sa croyance religieuse et non pas dans son humanité et son appartenance à la société et à l’Etat national ainsi que dans son action et ses réalisations en sa faveur, ce qui porte atteinte au principe de l’égalité devant la loi, tout comme il affaiblit le lien de citoyenneté au profit du lien religieux qui ne peut englober tout le monde.

Les protestations des enseignants et inspecteurs de l’éducation islamique sur le changement de l’appellation viennent du fait qu’ils  ont compris que l’appellation porte en elle notre vision du monde tout comme elle signifie une stratégie et une méthodologie différentes.

Et vu l’hégémonie sur les institutions scolaires que l’Éducation islamique a permise au courant conservateur pour assurer la diffusion du conservatisme contraire aux valeurs démocratiques et modernistes et de rendre possible le projet politique dont le but ultime est le retour à l’Etat religieux et à la tutelle des érudits de la religion sur la société, ce courant craint que le changement du contenu ou de l’appellation de la matière religieuse enseignée ne soit le début de l’assaut sur les zones de son influence au sein de l’école marocaine.

Il est connu que le lien entre le cours de l’éducation islamique et le projet politique des islamistes a conduit à idéologiser à outrance cette matière  au point que ses effets néfastes ont commencé à devenir visibles sur les autres matières scientifiques et littéraires. Je me rappelle encore certaines anecdotes étranges comme cette formule relevée dans un livre de l’éducation artistique en s’adressant à l’élève ainsi: « dessine un mécréant! ».

La vision du courant conservateur qui est dominant dans l’éducation islamique a pour objectif de rendre toutes les matières enseignées, du sport à la philosophie et à l’histoire, la littérature, les sciences physiques et naturelles, soumises à la conception religieuse qui est devenue enseignée comme  « miracle scientifique » du Coran. C’est une approche qui finit par diffuser la confusion, le désordre et la superficialité faisant avorter les objectifs de l’école moderne dont le but est de former des citoyens en phase avec leur époque et disposant d’une bonne formation dans différentes disciplines. Par conséquent, c’est l’éducation religieuse  qui doit être soumise aux orientations et aux valeurs de l’école moderne et non pas le contraire.

La réforme des contenus de l’Éducation islamique ou le changement de son appellation n’est pas donc une controverse sur des questions marginales comme le prétend l’association des enseignants de cette matière mais une question de fond relative au processus de démocratisation de notre système éducatif et sa libération des points négatifs de l’éducation traditionnelle basée sur la mémorisation et la récitation des textes dans un langage qui n’est pas à la portée des enfants, le conditionnement religieux, l’éducation sur la violence et le rejet de l’autre. Le sauvetage de nos enfants de l’éducation sur la haine et l’intolérance constitue la priorité des priorités. Car, il n’y a rien de bons dans la formation de générations entières qui soient étrangères à leur époque, opposées à sa réalité et qui rejettent les acquis positifs de l’humanité.

Par conséquent, que soit changé l’appellation de l’Éducation islamique ou non, cela n’a aucune importance en soi si on ne change pas la vision générale et la philosophie de l’enseignement de cette matière en mettant en adéquation les contenus des programmes scolaires avec le changement de l’appellation.

Article19.ma

 Par Ahmed Assid

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