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La fin de vie du Prophète de l’islam : les mythes d’Hela Ouardi

19 juin 2016

La fin de vie du Prophète de l’islam : les mythes d’Hela Ouardi

« Quand bien même vous placeriez la lune dans ma main droite et le soleil dans ma main gauche, même à ce moment-là, je ne m’arrêterai pas de diffuser le message divin que Dieu me demande de proclamer »

Intituler un article « La vraie mort de Mahomet » nous semble quelque peu prétentieux pour un article qui, justement, tente d’apporter une approche scientifique à la mort du Prophète de l’islam. Car nous savons pertinemment qu’aucune science n’est exacte et qu’aucune science ne peut prétendre monopoliser le savoir. L’interview accordée par la chercheure tunisienne Hela Ouardi au Point nous interpelle tout particulièrement sur les inexactitudes dont cette dernière fait preuve.

A la lecture de l’interview, on s’aperçoit que les sources fondamentales de la chercheure sont le Coran et les Traditions et paroles rapportées du Prophète Muhammad. D’ores et déjà, nous pouvons émettre un léger clignement de sourcils en se posant la question de l’authenticité des paroles rapportées. Tout islamologue le sait, les paroles rapportées sont à analyser au regard de deux conditions d’authenticité : une condition objective (semblent-elles cohérentes avec la période historique, la localisation du Prophète ? sont-elles relayées par un personnage fiable de l’histoire de l’islam ? etc.) mais également une condition subjective (semblent-elles cohérentes avec la personnalité du Prophète ?).

 
Or, l’auteure ne prétend pas avoir distingué ces deux conditions préalables, ce qui présupposent déjà que les paroles rapportées qui ont été utilisées par ses soins soient celles qui ont été ajoutées au fil du temps ou tout simplement inventées au cours de l’Histoire. Revenons toutefois sur la source fondamentale de l’auteure qui est le Coran. Elle affirme que c’est le premier calife Abu Bakr qui a donné un avenir à cette religion en lui procurant une « carrière universelle ». On sous-entend ainsi que, de l’Arabie, la religion s’est développée dans le monde entier. Or, l’universalité d’une religion s’apprécie en fonction du fond de la source et non du développement extrinsèque de la religion. Dans le Coran, Dieu dit déjà à Muhammad qu’il « a parachevé la religion » et l’a rendue universelle.


Nous ne comprenons alors pas pourquoi les auteurs ont tant besoin de s’accrocher sur l’histoire du développement de l’islam pour parler d’universalité plutôt que sur le fond des versets coraniques qui ont le mérite de ne pas parler au Dieu d’une catégorie de personnes visée, mais à un Dieu, égal et unique pour tous.

 

Pourquoi vouloir donner une dimension violente à l'histoire de l'islam ?

Ensuite, l’auteure passe à la dévolution du pouvoir dans l’islam qu’elle estime être une « affaire de famille ». Or, l’islam interdit l’atavisme, autrement dit la succession héréditaire du pouvoir. Les califes de l’islam ont toujours été élus par les musulmans de façon directe et en conséquence, de manière démocratique. Il s’agit d’ailleurs de la manière prescrite par le Coran : les califes ont toujours été choisis parce qu’ils étaient des modèles de piété pour les musulmans et qu’ils entretenaient une relation forte avec l’histoire de l’islam.

En réalité, ces derniers temps, on voit tout un mouvement qui souhaite donner une dimension politique et violente à l’islam. Toutefois, ce mouvement ne prend pas en considération, comme le fait remarquer Rachid Benzine, le contexte historique des sociétés de l’époque. Cette façon de regarder l’histoire en fonction du fantasme de la suprématie des droits de l’homme est aussi biaisée que de comparer la société du XIXe siècle avec celle d’aujourd’hui puisque beaucoup de choses ont évolué et pas nécessairement dans un sens favorable.

En sus de cette négligence répétée des contextes historiques s’ajoute une méconnaissance profonde du personnage qu’était le Prophète de l’islam. S’il avait voulu faire de l’islam non pas une religion mais un instrument de domination, pourquoi eût-il refusé la proposition des chefs de la Mecque lui proposant fortune, femmes et prospérité ? N’aurait-il pas accepté sans réserve ?

Au contraire, la grandeur de ce personnage résulte dans la réponse qu’il a formulé : « Quand bien même vous placeriez la lune dans ma main droite et le soleil dans ma main gauche, même à ce moment-là, je ne m’arrêterai pas de diffuser le message divin que Dieu me demande de proclamer ». Etrange ironie du sort, l’auteure ne semble mentionner aucune parole du Prophète allant dans le sens d’un contre argumentaire à la politisation inhérente de l’islam.

 

Rédigé par Asif Arif | Vendredi 18 Mars 2016


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Asif Arif est avocat au Barreau de Paris, enseignant en Libertés Publiques et directeur du site Cultures & Croyances. Auteur d'un ouvrage sur l'Ahmadiyya, il publie prochainement un livre comprenant 50 fiches sur la laïcité aux éditions Bréal.

 

 

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