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Conversions à l’islam  les chercheurs essaient de comprendre

23 avril 2016

Conversions à l’islam   les chercheurs essaient de comprendre

Lors d’un colloque organisé les 15 et 16 février à Sciences Po Paris, des chercheurs de différents pays européens ou d’Australie ont confronté leurs regards sur le phénomène complexe – et en croissance – des conversions à l’islam

 

Prière à la mosquée de Fréjus en janvier 2016. / BORIS HORVAT/AFP

Qu’y a-t-il de commun entre l’affiliation à une « tariqa » (confrérie) soufie, la découverte progressive de l’islam suivie du prononcé de la « chahada » (profession de foi musulmane) à la mosquée, l’adhésion à un islam fondamentaliste au point d’abandonner dans la foulée ses « hobbies » comme la peinture ou la danse, et même le port des lunettes de soleil « qui n’existaient pas du temps du prophète », ou encore les « conversions au califat » suivies d’un départ pour la Syrie?

Ce sont tous ces parcours que des chercheurs de différentes disciplines et de différents pays ont cherché à analyser lundi 15 et mardi 16 février lors d’un colloque organisé par l’Observatoire sociologique du changement et le CEVIPOF, centres de recherche de Sciences Po. Objectif: « Rendre compte de (ces) conversions à l’islam » qui font « l’objet d’une attention médiatique et étatique croissante ».

Quel que soit leur terrain de recherche – Pays-Bas, Australie, Grande-Bretagne, Italie ou France – tous font le même constat : celui d’un rajeunissement très net de l’âge des convertis (dès 15, 16 ans), de l’importance croissante des femmes et donc des jeunes femmes parmi eux, et enfin de la diversité des adhésions d’origine (athéisme ou agnosticisme, mais aussi judaïsme ou christianisme).

Pic de conversion à 20 ans

« Aux Pays-Bas, pays fortement sécularisé, le pic des conversions se fait autour de 20 ans, l’âge des questions existentielles : qu’est-ce qu’une vie heureuse ? comment être quelqu’un de bien, etc », a ainsi relevé la chercheuse Vanessa Vroon-Najem, qui a suivi plusieurs groupes de femmes.

Autre constat partagé : plus que les conversions « intellectuelles », les chercheurs voient monter les conversions « relationnelles » - motivées par une rencontre amoureuse ou amicale -, ou également liées à un mariage, à la volonté d’adopter des enfants ou de développer son « business »... Autrement dit « des conversions instrumentales dont nous croyions qu’elles appartenaient au passé », reconnaît l’Italien Stefano Allievi, pionnier des recherches sur le sujet.

Lui-même voit dans ces « conversions au califat » qu’il étudie désormais la trace de ces conversions instrumentales : « Certains me disent : le Coran, je m’en fiche, ce que je veux c’est le djihad. Il y a bien conversion au sens d’un changement complet de vêtement, d’alimentation etc. Mais où est Dieu dans tout ça ? Je ne sais pas ».

Demande de la société et des pouvoirs publics

Pour le reste, les chercheurs sentent bien la demande de la société et des pouvoirs publics de comprendre ce phénomène en expansion, mais sont bien en peine d’y répondre.

L’islam « modéré » ou le soufisme attirent-ils moins aujourd’hui que l’islam « intransigeant » ou fondamentaliste, comme le laissent penser les travaux les plus récents? Ceci reste une question pour beaucoup d’entre eux, d’autant que, comme le regrette Loïc Le Pape, auteur de « Une autre foi. Itinéraire de conversions religieuses en France » (Publication université Provence, décembre 2015), les études dans la durée manquent pour suivre le parcours des convertis au-delà de la « fougue » initiale...

Pourquoi les courants les plus radicaux de l’islam - qu’ils soient explicitement violents ou non- attirent-ils davantage ? Faut-il voir là la conséquence d’une montée du sentiment anti-islam dans les sociétés occidentales, lui-même lié aux attentats ? Ou bien le désir de reconnaissance des nouveaux convertis au sein de leur nouvelle communauté, le signe de leur volonté d’être « plus musulman que le prophète » ?

D’autres spécialistes font le lien avec le souhait de nombreux convertis de trouver un « cadre » structuré, « simple » (« l’islam fondamentaliste sépare blanc/noir, musulman/occidental etc ») et « pratique » (« le spirituel est directement intégré à la vie quotidienne« )… ? Et bien sûr avec la construction par les courants fondamentalistes d’une « offre » attractive, et conçue justement pour séduire ?

Fluidité des parcours

Face à la diversité des parcours, nombre d’entre eux répugnent à poser sur eux une même étiquette. « Le terme de conversion, issu de la chrétienté, est-il adéquat dans d’autres aires culturelles ? », s’interroge ainsi William Barylo, doctorant de l’EHESS. Le changement de religion justifie-t-il même l’emploi d’un terme spécifique ou l’adhésion à une nouvelle foi se rapproche-t-elle de la découverte d’un parti politique ou d’un syndicat ? Autre critique : le terme donnerait l’idée d’un changement, d’un retournement, quand les intéressés insistent, eux, sur « la continuité » de leur parcours…

« Jusqu’à présent, on n’a pas trouvé mieux », répond Loïc Le Pape. « A nous de mieux le définir et de montrer qu’il n’implique pas le passage d’une identité A à une identité B, mais que le parcours est plus fluide », avance aussi Katia Boissevain, spécialiste des conversions au protestantisme au Maghreb.

Anne-Bénédicte Hoffner, 2016

“Le Kung Fu de l’Islam” un livre de Roger Itier et Wang Fang-Hui 《中国穆斯林武术》 Une religion uniquement pour les Arabes