le collectif des musulmans citoyens français

Ta vie est l’œuvre de ta pensée

03 mars 2016

Ta vie est l’œuvre de ta pensée

Le bonheur de l’homme et sa quiétude, ainsi que son malheur et son désarroi, découlent uniquement de lui-même. C’est lui qui empreint sa vie d’une couleur euphorique ou sinistre, pareil en cela au récipient qui revêt de sa propre teinte le liquide qu’il tient. Ainsi, « celui qui accepte aura satisfaction, et celui qui mécontente n’aura que déception. »[1]

Le Prophète (saws), ayant rendu visite à un bédouin qui se tordait de fièvre, lui dit qu’il s’agissait certainement d’une purge, question de le consoler et de l’encourager. Et l’autre de répondre :

« – Non, c’est une fièvre déchaînée qui assaille ce vieillard pour le conduire à la tombe.

– Qu’il en soit ainsi », rétorqua le Prophète (saws)[2], signifiant par là qu’il était question d’une appréciation subjective : si tu veux, tu y verras une purge et tu l’admettras, autrement, tu y verras ta perte et tu en seras contrarié. […]

Nul ne peut dénier l’effet considérable du moral sur les humains, individus et groupes.

Lorsqu’une armée fait montre de vaillance et de prouesse, que ses combattants manifestent énergie et endurance, c’est que, bien au-delà d’une logistique efficace, ils sont armés d’une foi inébranlable et d’une capacité de sacrifice à toute épreuve… Avec un comportement noble et des qualités morales éminentes, on s’assure en effet des résultats bien plus avantageux qu’avec n’importe quel autre moyen. […]

L’âme demeure, au gré des pensées et des sentiments qui l’agitent, l’élément moteur qui oriente le comportement.

Dans les affaires de la vie autant qu’en matière de foi, « l’âme » seule, et point autre chose que « l’âme », constitue le fond et la substance de l’acte, le domaine majeur de l’expérience. Dale Carnegie relate l’histoire d’un jeune homme qui, accablé par la souffrance, décide de quitter son pays pour recouvrer la santé à travers tourisme et évasion dans des contrées lointaines. Le père, connaisseur de la nature du mal qui minait son fils, à savoir un tempérament malade, un état d’âme en proie au fantasme et au délire, lui écrivit la lettre suivante : « Ô mon fils, tu es à présent à quelques 1500 milles du foyer familial ; pourtant, tu ne peux sentir une quelconque différence, un quelconque changement dans ton état, n’est-ce pas ? C’est que tu as emmené avec toi, à travers cette longue distance, l’unique motif de ta souffrance : ton âme. Nulle défaillance ne touche ton corps ou ton cerveau : aucune des expériences que tu as vécues n’a pu te conduire à ce malheur insondable. La vraie cause est à rechercher dans l’aberration mentale qui a régi tes comportements. Car la manière d’être de chacun est à l’image de sa manière de penser. Une fois que tu auras assimilé cette idée, ne tarde pas, ô mon fils, à rentrer au bercail, car alors, tu seras complètement rétabli. »

Et le jeune homme de réagir : « Ce sermon m’a révolté à tel degré que je résolus de ne plus remettre les pieds au foyer paternel. Or, cette nuit-là, alors que je déambulais au hasard dans les rues, je passais devant une église et j’y pénétrais. On établissait l’office. Le prêche, qui précisément m’avait attiré dans ce lieu, s’intitulait : « Celui qui parvient à dompter son âme est plus grand que le conquérant même d’une ville. »

A la faveur de cette visite éphémère d’un sanctuaire de Dieu, et de l’audition de ce discours porteur des mêmes idées, quoique formulées autrement, que prônait la missive de mon père, on dirait qu’une éponge vînt effacer d’un seul coup tout le désarroi qui dominait mon esprit. Ce ne fut qu’alors que je parvins à réfléchir à ma vie de façon sereine et posée. Je fus étonné de découvrir ma vraie nature. Je réalisais enfin que j’avais à cœur de changer la face du monde, alors que la chose qui nécessitait d’être reconsidérée avec la plus grande urgence, c’était bien ma manière de penser, mon attitude mentale…. Bref, mon âme. »

Or, ces propos de Dale Carnegie trouvent leur écho dans notre ouvrage intitulé : La morale du musulman, dans lequel nous avions mis en exergue cette grande vérité : « L’islam, tout comme les autres religions célestes, articule sa réforme générale sur le perfectionnement de l’âme humaine avant tout. A cet égard, tous les efforts sont orientés vers celle-ci ; il s’agit d’en explorer le fond, de lui inculquer les préceptes de la foi jusqu’à ce qu’ils en fassent partie intégrante. »

Sujette au mal et au déséquilibre, l’âme serait à même de semer la zizanie dans les régimes les mieux assis, de s’y insinuer perfidement à des fins malhonnêtes. En revanche, une âme noble s’emploie, face aux situations les plus critiques, aux orages les plus impétueux, à redresser les torts, à œuvrer pour le bien, faisant ainsi émerger, du tréfonds de son être, sa grandeur et sa magnanimité.

De fait, le juge intègre use de sa probité et son sens de l’équité pour combler les lacunes de la loi. Au contraire, un juge malhonnête risque de rendre tendancieux des textes francs et justes. Il en est de même de l’âme humaine lorsqu’elle affronte les variables de la vie : tendances, courants idées, désirs, intérêts.

Voilà pourquoi le perfectionnement moral constitue le pilier majeur qui permet au bien de prévaloir dans cette vie. Les âmes étant portées à la dépravation, tout horizon serait désespérément sombre, et l’anarchie sévirait dans l’existence présente et future des humains. C’est dans ce sens que Dieu affirme : « En vérité, Dieu ne change rien, en un peuple, tant qu’il n’a rien changé en lui-même. Et lorsque Dieu veut du mal à un peuple, alors, pas de détournement possible : il n’a, hors de Lui, aucun patron. » (Sourate 13, verset 11). Il dit ailleurs, justifiant la déchéance et le dépérissement des peuples pervers : « Comme, de même, les gens de Pharaon et ceux qui avant eux avaient mécru aux signes de Dieu. Puis, Dieu les saisit, pour les péchés. Oui, Il est détenteur de force, fort en poursuite. C’est que Dieu, vraiment, n’en est pas à changer un bienfait fait à un peuple, tant qu’ils ne changent pas ce qu’ils ont en eux-mêmes. » (Sourate 8, verset 52/53). […]

Dans ce sens, l’éducation musulmane des commencements s’employa à étudier à fond les âmes et leurs états, les cœurs mouvements. Ce faisant, il s’agissait de faire émerger la félicité suprême de l’intérieur, non de l’extérieur, de l’être humain, d’amener celui-ci à escompter bonheur, bien-être et agrément à partir de ses seules ressources personnelles et de son fond individuel. […]

Néanmoins, ces exercices spirituels – autant que les fins visées à travers leur observance – se sont vus entachés d’immodération et d’anarchie, ce qui entraîna des suites bien néfastes. […]

Or, la différence qui sépare le mysticisme musulman et celui des américains se manifeste dans cette histoire rapportée par Dale Carnegie, et qui met en scène Marie Becker Aydie, artisane de ce qu’il appelle « science chrétienne ». […] Sans cesse alitée, cette femme fut attirée par l’idée de « la thérapie par la force de l’esprit ». Or, le tournant qui allait marquer sa vie à jamais fut le jour où, en déambulant dans les rues de la ville de Lyn, elle glissa et tomba sur le bord du trottoir couvert de verglas. Elle resta longtemps sans conscience. Cette chute entraîna une grave blessure à la colonne vertébrale, si grave que les médecins pronostiquèrent un décès imminent ou une paralysie à vie.

Alitée, elle eut l’idée de feuilleter la bible ; la Providence lui inspira, selon ses propres dires, de lire ce passage du Livre de Matthieu : « Et voilà qu’un paralytique lui (à Jésus-Christ) fut montré, étendu sur un lit. Jésus lui dit alors : « Lève-toi, prends ton lit et rentre chez toi. Chose dite, chose faite. »

Marie Becker affirme : « Ces propos m’ont insufflé une énergie, une foi et un élan intérieurs tels qu’aussitôt, je quittais le lit et me mis à marcher dans la chambre ! » Grâce à une telle expérience, cette femme invalide parvint à guérir, voire à procurer la guérison aux autres. […]

Pour notre part, cette histoire singulière nous paraît crédible ; mieux, également crédibles nous semblent les prodiges que la presse attribue aux derviches hindous. C’est que mues par la ferveur de l’ambition, les impulsions de l’âme peuvent faire des miracles.

Ceux qui haussent les épaules d’un air railleur doivent cependant savoir que le fait d’ajouter foi à de tels récits ne tient en rien à la croyance ou l’incroyance. Tout au plus s’agit-il pour nous de souligner que ces évènements doivent être circonscrits au cadre purement individuel, que nul ne doit en faire une règle générale.

Le khédive Ismaël, ayant essuyé bien des déceptions lors de sa campagne militaire en Abyssinie, ordonna aux savants de l’Azhar de se réunir régulièrement dans son palais pour la lecture du Traité authentique d’Al-Boukhari ! C’est comme si la lecture de l’ensemble de la Sunna ou du Coran était à elle seule susceptible d’empêcher la déroute de troupes vulnérables en raison d’une piètre tactique ou d’une logistique déficiente !

Les forces de chacun sont susceptibles d’augmenter ou de diminuer selon que ses dispositions morales sont favorables ou défavorables. Quant aux lois implacables de la matière, elles ne sauraient se manifester au gré des tendances et des fantaisies.

C’est à ce niveau que deviennent intelligibles ces propos de James Allen : « Laisse un homme changer l’orientation de ses idées. Il sera frappé de voir l’ampleur et la rapidité de la transformation intervenue dans divers aspects de son existence. C’est en nous-mêmes que réside la Providence qui décide de nos destinées ; bien plus, elle n’est autre que nous-mêmes. »

Tout acte accompli par l’être humain est la conséquence immédiate de ce qui se passe dans son esprit. Si, sous l’impulsion de sa pensée, il se met sur pied, s’active et se montre productif, il en est de même lorsqu’il cède à la maladie et recouvre la santé.

Extrait du livre « Renouvelle ta vie » de cheikh Mohamed al-Ghazali

[1] At-tirmidhi

[2] Al-Bukhari

 

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