le collectif des musulmans citoyens français

Quelle stratégie pour le changement personnel les 3 obstacles au changement

02 mars 2016

Quelle stratégie pour le          changement personnel les 3 obstacles au changement

Le titre paraîtra curieux voire provocateur pour certains, et effectivement il y a un brin d'ironie dans ma démarche qui consiste à revoir des paradigmes bien établis, des idées reçues dont on ne sait si elles sont des valeurs, des principes ou tout simplement un simple amoncellement de pensées héritées de temps anciens. Comme les autres religions monothéistes, l'islam est une religion qui favorise l’introspection, la remise en question et donc le mouvement intérieur perpétuel. A ce titre on peut considérer que le changement, dans sa signification la plus large fait partie intégrante du mode de vie de tout musulman

LE NÉOPHYTE ET LE VIEILLARD

Le titre paraîtra curieux voire provocateur pour certains, et effectivement il y a un brin d'ironie dans ma démarche qui consiste à revoir des paradigmes bien établis, des idées reçues dont on ne sait si elles sont des valeurs, des principes ou tout simplement un simple amoncellement de pensées héritées de temps anciens. Comme les autres religions monothéistes, l'islam est une religion qui favorise l’introspection, la remise en question et donc le mouvement intérieur perpétuel. A ce titre on peut considérer que le changement, dans sa signification la plus large fait partie intégrante du mode de vie de tout musulman. L’appel au renouvellement de sa foi, de sa pratique religieuse, de son regard sur le monde qui nous entoure ou tout simplement à s’interroger, réfléchir pour évoluer, pour comprendre, est au coeur du message coranique. Point de statu-quo en religion dirons nous donc ou le changement c’est maintenant diront d’autres. Curieusement, ou pas, après plus de 20 ans passés au sein de la communauté musulmane française, j’ai beaucoup plus entendu parler de la nécessité du changement que de la stratégie ou de la philosophie du changement, comme si ce dernier, une fois décrété, allait de soi. La première fois que j’ai été confronté à cette question, c’était quelques mois après ma conversion à l’Islam. Je venais d’apprendre à faire la prière et tentais de la faire à l’heure malgré les contraintes liées aux études. Alors que je terminais la prière du début d'après-midi dans une petite mosquée à proximité de la Faculté, un vieil homme se dirigea vers moi, les larmes aux yeux me demandant si j’étais converti. Alors que je lui répondais, et lui demandais pourquoi il était si ému, il m’attrapa la main et ne cessa de me répéter : vas-y doucement, il ne faut surtout pas aller trop vite. Sur le moment, je n’ai pas compris la portée de ces paroles et étais même surpris de ces propos tant cette personnes paraissait elle-même assidue aux prières; c’est avec le recul de quelques années de pratique, le bagage de quelques lectures, et au regard de l’actualité brûlante, que je me suis rendu compte de toute la portée et du sens de ces sages paroles. 



DU DEVOIR AU POUVOIR : LES EFFETS NÉFASTES DE LA STRATÉGIE DU BIG BANG

Tout musulman est amené, tout au long de son cheminement à vouloir progresser, évoluer vers un mieux être spirituel passant par la mise en place de pratiques obligatoires ou hautement recommandées. Le hic dans cette histoire, c’est que quelque soit son degré de croyance, la condition d’application de ces pratiques ne peut faire fi du fonctionnement humain. L’appartenance à une communauté spirituelle quelle qu’elle soit, ne présage en aucun cas de notre capacité ou non à mettre en application une ou plusieurs pratiques censées nous élever. Autrement dit, le simple fait qu’une pratique soit mentionnée dans le Coran ou les dits du Prophète, ne peut suffire à lui seul à ce qu’elle soit mise en application. Pourtant, une majorité des musulmans rencontrent ce problème : l’envie d’évoluer, de se tourner vers plus de spiritualité sont souvent les moteurs profonds de cette volonté de changement. Pour caricaturer, c’est un peu le même problème que rencontre tous ceux et toutes celles qui veulent faire plus de sport, plus de lecture, de méditation. Se lancer à corps perdu dans une nouvelle habitude mène finalement assez souvent à une impasse, voire abouti à l’effet inverse. Durant mes premières années de pratique, j’ai souvent rencontré ces personnes dans les mosquées qui vous invitent à prier la nuit, à faire des séances de dhikr collectifs, à jeûner fréquemment. Il m’arrivait, quelques mois plus tard de les rencontrer à nouveau dans un tout autre état, proche de ce qu’on pourrait appeler un “burn-out” spirituel. La plupart d’entre nous avons connu cette frénésie d’entreprendre de nouvelles choses, de mettre en place de nouvelles habitudes de vie, et tous avons également au moins une fois utilisé la stratégie du “Big Bang” pour tenter d’atteindre ces objectifs. Ce que j’appelle ici la stratégie du “Big Bang” ou le “toutisme” se résume ainsi : vouloir tout commencer ou tout d’arrêter en une seule fois. Contrairement à ce que tout à chacun peut imaginer, les pratiques religieuses, cultuelles ou spirituelles ne se distinguent pas des autres bonnes habitudes à mettre en place : on recherche leur application car nous les considérons comme saines mais elles sont tout aussi difficiles à installer dans nos routines personnelles. A de rares exceptions près, il est aussi compliqué de se lancer dans une pratique sportive régulière que de se mettre à méditer ou prier de façon quotidienne. C’est la raison pour laquelle, il est nécessaire de décrypter quelques stratégies inconscientes qui nous mènent souvent loin, très loin des objectifs que nous nous sommes fixés. 

 

 

LES 3 OBSTACLES AU CHANGEMENT - OBSTACLE N°1 : ATTENTION À L'INTENTION

Le premier phénomène est très simple à comprendre mais pourtant omniprésent dans nos comportements. Il s'agit probablement d'un héritage judéo-chrétien de notre vieille Europe. Lorsque nous souhaitons introduire une nouvelle habitude, un changement, nous regardons systématiquement "ce qui ne va pas" ou parfois même ce qu'on cherche à se faire pardonner. L'intention est méritoire certes, mais elle part du principe qu'il y a quelque chose qui ne va pas ou qu'on ne sait pas faire. Même caché derrière une bonne intention, le regard porté sur soi est donc dés le départ, dévalorisant. C'est la meilleure façon de partir en voyage avec un boulet de 10kg dans son sac. Au départ, porté par la frénésie du débutant, on ne va pas sentir ce poids, mais ce dernier va de plus en plus se rappeler à nous à mesure que le voyage se déroule. Dans 80% des cas il nous empêchera de nous rendre à la destination voulue. Pour les 20% restant, l'objectif sera atteint mais au prix d'efforts douloureux. L'intention première est donc souvent trompeuse et formulée de façon trop limitée pour engendrer un mouvement profond et durable. 
L'intention peut se décomposer en 3 éléments consubstantiels : le désir c'est à dire le sentiment clair et solide de son but, la confiance dans l'atteinte de ce dernier, et l'acceptation. Par acceptation, nous entendons le sentiment d'être prêt à réaliser, accepter et recevoir le but recherché. Pour que cette intention devienne réellement opérationnelle, il est impératif de changer notre façon de fonctionner et revoir notre logiciel personnel : la confiance qui est au coeur de l'intention, doit être regagnée en nous appuyant non pas sur ce qu'on imagine ne pas savoir faire, mais ce sur quoi nous avons toujours eu le sentiment d'être compétent. C’est à partir de cette place forte qu’est notre compétence que, pied à pied, nous pouvons apporter du mieux-être dans notre vie. Trouver ce que l'on sait faire ou peut faire pour démarrer est logiquement une voie plus sûre que de tout faire, puis défaire. 



LES 3 OBSTACLES AU CHANGEMENT - OBSTACLE N°2 : L'OBJECTIF MAL DÉFINI

Le second écueil rencontré est déterminée par la taille même de l'objectif : bien souvent en effet nous surestimons nos capacités par rapport à l'objectif à atteindre. Parfois même le simple fait d'y penser nous décourage. C'est souvent le cas des néo-pratiquants lorsqu'ils sont confrontés à leur premier mois du Ramadan ou leurs premières prières. L'erreur souvent commise consiste à installer l'Islam dans sa vie comme on peut planter un décor dans un film, ou déployer un logiciel. Le panel des pratiques et des connaissances à acquérir est vaste. Vouloir tout mettre en place en une seule fois est un objectif complètement inatteignable ou qui pourrait s'avérer dangereux. Nous le verrons plus tard mais pour que ce vous considérez comme une saine habitude prenne corps dans votre vie, il est impératif que vous procédiez par étape successive. Dans le cas contraire, le risque que vous retourniez au mieux au point 0, au pire à l'étage n- 5 est très important. 



LES 3 OBSTACLES AU CHANGEMENT - OBSTACLE N°3 : L'ABSENCE DE FINALITÉ

La troisième raison qui contribue a nous démotiver en lien avec le point précédent est souvent l'absence de finalité derrière l'objectif. En effet l'atteinte seule d'un objectif ne peut garantir l'ancrage de ce que vous souhaitez mettre en place dans votre vie ; pire, détachée de toute finalité il peut contribuer à accroître un certain mal-être chez les individus. Mihaly Csikszentmihay disait ceci " On ne peut vivre une vie vraiment excellente sans avoir le sentiment que l'on appartient à quelque chose de plus grand et de plus permanent que soi-même". L'absence de finalité derrière un objectif ou une envie est semblable à une maison sans structure. Vous pourrez y vivre quelque temps, y manger, y dormir un peu mais tout cela se fera dans le court terme jusqu'à ce que l'ensemble de l'édifice s'écroule. Si on revient aux exemples évoqués plus haut, faire du sport pour faire du sport ou parce que vous venez de voir des gens en pleine santé et que ce modèle a réveillé quelque chose chez vous, ne va vous emmener bien loin. Par contre si derrière ce projet, il y a un peu de réflexion autour de la santé, de l'hygiène de vie et que tout cela s'inscrit dans un projet plus global, votre pratique sportive aura des chances de perdurer. Un autre exemple plus proche de nos préoccupations de musulman : l'inscription de la prière dans notre quotidien est un vrai challenge et bien souvent elle correspond à l'envie de se mettre en adéquation avec une injonction divine. Très vite la méditation à laquelle elle invite, la réflexion sur son sens disparaît au profit d'une simple répétition de gestes. Soyons franc, toutes celles et tous ceux qui pratiquent ce rite sont et ont été confrontés à ce problème. Parfois quelques-uns abandonnent pour reprendre plus tard, d'autres l'oublient tout simplement et rentrent dans le cercle vicieux de l'auto-culpabilisation, l'un des plus puissant frein et poison mental. Quand il s’agira de tenter de recommencer, l’esprit sera tellement pollué par cette expérience négative, que l’expérience de l’échec se reproduira à coup sûr. 



CONCLUSION : L'ÊTRE HUMAIN ENTRE LE SOUHAIT ET LA PEUR DU CHANGEMENT

L'être humain est probablement la seule espèce vivante sur la terre qui vit dans ce paradoxe permanent que représente pour lui le changement : il est à la fois attiré par une envie irrépressible d'évoluer, de progresser, mais il est également le premier à se construire une muraille, bien souvent inconsciemment, pour ne pas s'autoriser le changement. La raison d'une telle attitude est simple : la peur et la crainte qu'engendre ce dernier sont plus forts que tout. Derrière les obstacles décrits ci-dessus, se dessine finalement une stratégie inconsciente pour éviter le changement et rester dans sa zone de confort. Désormais, avant d'envisager un changement posez-vous ces quelques questions, elles vous permettront de modeler votre envie initiale et la transformer en une intention plus claire ou un objectif plus atteignable : 

- Est ce que je désire vraiment atteindre ce but, développer telle ou telle habitude ? 
- Ai-je confiance en ma possibilité de réussir ? 
- Est-ce que je veux vraiment et sans réserve ce que je recherche à travers cet objectif, ce changement ? 

Dans le prochain article nous verrons comment prendre en compte ces éléments importants du comportement humain dans la définition d’une stratégie personnelle du changement et quelle alternative au “big bang” si souvent vanté, nous pouvons mettre en place afin d’avancer dans nos objectifs et habitudes respectifs. 

 

 

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