le collectif des musulmans citoyens français

Occident et Islam face à la mondialisation

24 juillet 2015

Occident et Islam face à la mondialisation

La mondialisation culturelle est un outil de domination, pour certains, tandis que pour d’autres, elle est le produit souhaitable d’un mélange des cultures, facteur de paix et de compréhension élargie. Cela provoque inévitablement une rencontre entre des cultures différentes. Ce « choc culturel » est diversement vécu par les pays. Il peut provoquer des tensions comme c’est le cas entre l’Occident et l’Islam.

La circulation des informations, des idées, des représentations et des valeurs s’est faite à sens unique : le premier contact résulta de la colonisation. Le colonisateur imposa sa langue et sa religion. Par la suite, le contact s’établit à travers les échanges commerciaux. Or, la diffusion des produits engendre celle des modes de vie et aboutit à la dévalorisation des produits locaux au profit de ceux qui sont importés. Les échanges technologiques et l’accroissement du pouvoir des moyens de communication de masse accélèrent la diffusion de la culture occidentale. 

La configuration géopolitique du monde a changé depuis 1989. La bipolarisation a laissé la place à un monde multipolaire mais perçu comme unipolaire par la victoire des États-Unis en tant que superpuissance. Le rôle de l’hegemon s’est accru dans tous les domaines, il se veut être un modèle pour les autres. Mais les résistances se font jour aux quatre coins du monde. La mondialisation a accentuée ce phénomène de confrontations. La fin de la guerre froide entraîna de nouveaux clivages fondés, notamment, sur les facteurs culturels. L’impérialisme politique et économique suscitent et nourrissent des résistances tentées par l’intégrisme qui cherche dans les solidarités culturelles ou religieuses les moyens de combattre l’envahissement du matérialisme occidental. Les questions culturelles s’imposent à nous. 

L’analyse de la mondialisation culturelle n’est pas aisée. Ce processus apporte des possibilités mais aussi un grand nombre de risques à surmonter, surtout, pour les sociétés qui manquent de ressources économiques. La mondialisation peut donc représenter une barrière à l’affirmation et à la reconnaissance d’une identité. Le risque d’uniformisation culturelle est grand. Notre analyse, en prenant l’exemple de l’Islam, va chercher à montrer que la mondialisation culturelle apporte aussi bien des chances que des risques chez les populations musulmanes. Prendre l’Islam et le confronter à la mondialisation, c’est pour certains, le confronter à l’Occident. La fracture est réelle entre ces deux pôles et beaucoup plus accentuée par les enjeux de la culture. L’identité musulmane est l’une des plus revendicatives. Les risques d’uniformisation génèrent, des réponses défensives pour la protection de l’identité culturelle. Certaines interprétations des écrits religieux sorties de leur contexte initial constituent une incitation au combat. La culture est une dimension importante de la mondialisation qui est inégalitaire et, donc, traversée par d’importants conflits, mais elle apparaît aussi comme un moyen d’accéder à de nouvelles possibilités. 

Tout d’abord, il n’existe pas de culture universelle, qui soit valable pour tous les hommes. Les valeurs universelles sont certes identiques pour tout le monde, en principe, mais en réalité, elles sont perçues et interprétées différemment. La Déclaration universelle des Droits de l’Homme a son pendant « islamique ». Les styles de vie sont pourtant très proches ; en effet, les populations originelles bédouines arabes ont laissé la place à un mode de vie très proche du reste du monde au delà des traditions, et des frontières nationales. Pendant très longtemps, la domination s’exerçait au nom de la religion à travers les empires et les civilisations. Les musulmans, au delà de leur appartenance nationale, reconnaissent et glorifient leur identité musulmane à travers leur appartenance à la Oumma (la Communauté des croyants), véritable aire géoculturelle mais qui reste imaginaire. La religion est devenue un fondement de la société et du pouvoir politique. L’Islam a une vocation universaliste et est donc un facteur de mondialisation. La religion est le guide du projet universaliste de l’Islam dont le fondement réside dans le fait que le prophète Mohammed a souligné qu’il a été envoyé à l’humanité entière. La langue arabe est un autre grand facteur d’unification. Le message islamique est un ensemble de normes qui les construisent et dictent la vie du croyant. L’Islam, c’est un message, mais aussi, un patrimoine culturel commun à des millions d’hommes et de femmes à travers le monde entier. 

 

Beaucoup de musulmans voient dans le processus de mondialisation, un nouveau moyen d’occidentalisation qui fait leur perdre leurs repères symboliques. Le progrès permettant la sécularisation du monde mène à la marginalisation des religions comme c’est le cas en Occident. La sécularisation doit marquer une émancipation des peuples mais elle détruit la morale. Cette rationalité « occidentale » peut être vécue comme une volonté de dés-islamisation des sociétés musulmanes par l’Occident. Mais la fin des repères symboliques mène à une réponse contraire. En effet, l’homme a besoin de religion, car c’est une parcelle d’identité. La culture dominante tend à l’uniformisation c’est à dire à une forme de dictature de la norme par l’effacement des spécificités nationales. Mais l’homogénéité appelle la différence et son obstacle est l’identité. Chez les populations musulmanes, les techniques issues de la mondialisation sont acceptées mais les valeurs sont rejetées par crainte de s’occidentaliser. En réalité, emprunter la technique, c’est aussi emprunter la culture car on change culturellement parlant. Les cultures sont et doivent rester dans un état d’interactions avec des phénomènes d’emprunts culturels. 

 

La mondialisation est un processus venu de l’Occident. La modernité est aussi perçue comme consubstantielle à la mondialisation, ce qui accentue le prétendu archaïsme des pays d’Islam. Pourtant la civilisation musulmane fut jadis à la pointe de la modernité dont a pu hériter l’Occident. Aujourd’hui, les sociétés dites modernes, celles de l’Occident, ont éliminé la référence religieuse comme fondement de leur société. L’Islam peut apparaître comme une menace pour cette norme culturelle qu’est la sécularisation comme nous le voyons à travers les débats autour du « foulard » ou des caricatures du Prophète. La religion n’est plus perçue en Occident comme une représentation du monde, en effet, elle est confrontée à la concurrence de la science qui pousse la société à la mondialisation. En Occident, la logique du raisonnement scientifique est devenue une référence universelle. La science est donc le principal facteur culturel d’unification du monde. Les conservateurs musulmans y voient un nouvel impérialisme occidental. A côté de la science, les médias et l’industrie culturelle prônent de nouveaux modèles de vie, rejetés par les pays islamiques qui y voient un moyen de réduire leur foi par la distraction et l’uniformisation culturelle. Si la mondialisation culturelle signifie promotion du mode de vie américain, l’unique attitude des musulmans sera le refus de cette mondialisation. La production des médias montre bien ce phénomène avec CNN qui diffuse le point de vue américain des évènements alors que Al Jazeera, les contre avec une vision arabe et islamique de l’information. Beaucoup de médias cherchent à opposer absolument l’Islam et l’Occident en favorisant d’un côté l’idée d’une invasion occidentale et de l’autre à voir dans chaque musulman, un terroriste potentiel. 

Les valeurs « universelles » défendues par l’Occident sont interprétées comme l’expression d’un impérialisme culturel et politique. Les libéraux tentent de formuler une explication d’acculturation nécessaire où les emprunts permettent un progrès et une certaine forme de modernisme ; alors que les conservateurs ne veulent pas entendre parler de mondialisation car elle est vécue comme la cause de l’occidentalisation et ils pensent par conséquent que l’Islam peut apporter le modernisme et aussi le progrès dans leurs pays. L’exemple le plus frappant est celui de l’Espagne musulmane où les savants ont relayé à l’Occident les sciences, en quelque sorte la modernité. Cela lui a permis de connaître le progrès alors que les pays musulmans connaissaient une désagrégation. Quant à la modernité venue de l’Occident, elle fut par contre perçue et vécue de manière subie. 

 

La civilisation occidentale domine le monde par le biais de la mondialisation et la civilisation islamique est en conflit avec ce modèle. Ce rejet se fait par l’emprunt et la résistance culturelle. Pour certains, la fin de la guerre froide a permis la victoire de la civilisation occidentale (capitalisme économique, démocratie, valeurs culturelles,...), mais, nous assistons à l’émergence d’autres civilisations qui s’appuient sur la mondialisation. La voie la plus utilisée pour la majorité des populations musulmanes a été le refus des valeurs de l’Occident, mais de l’acceptation de la modernité, c’est à dire la modernisation sans l’occidentalisation. Les libéraux musulmans ont adopté une attitude plus pragmatique qui placent cette modernisation sur les valeurs de l’Islam. Ils parlent d’une acculturation nécessaire par les héritages culturels (la conservation du savoir traditionnel et de la morale religieuse) et l’adaptation au contexte actuel pour permettre un renouveau musulman qui ne peut se faire qu’avec le reste du monde. Avec la fin de la guerre froide, les identités et les cultures sont devenues importantes. Le choix porté sur l’Islam s’explique par le fait que dans la culture et la civilisation, nous avons toujours une grande religion qui agit (judéo-chrétienne en Occident). La religion reste un ensemble de normes qui guide les comportements et les actions des hommes. 

 

La mondialisation aggrave et cristallise les rancœurs, les sociétés économiquement faibles et sous-développées se trouvent désarmées devant « l’invasion » culturelle qui met en péril leurs identités et leurs spécificités. Le monde islamique doit surpasser l’état d’affaiblissement et de sous-développement et d’accéder au progrès, sans toutefois se détacher des idéaux islamiques. C’est ainsi que les musulmans pourrons préserver leur identité culturelle. Mais il faut aussi une accommodation à l’environnement culturel et informationnel de la mondialisation culturelle et interagir de manière rationnelle avec le renouveau et les changements qu’elle apporte. La mondialisation culturelle doit donc permettre de tomber d’accord sur quelques valeurs qui sont indiscutablement hors de toute remise en cause. 

Pour gérer le conflit entre les civilisations islamiques et occidentales, sur le plan culturel, il faut mettre en avant les centres d’intérêts communs et que l’Occident, en réalité les Etats-Unis, renonce à l’universalisme exclusif. La mondialisation culturelle est confrontée à un conflit latent entre l’Occident et l’Islam. Le sentiment de supériorité de chacune des civilisations justifie l’agressivité de leurs relations. Le précédent colonial apporte une possible explication au rejet des musulmans. Le projet colonial d’assimilation a débouché sur une certaine forme d’acculturation des peuples et la crainte de perdre leur identité a joué dans leur désir d’émancipation et d’indépendance. De l’impérialisme colonial, nous sommes passés à un nouvel impérialisme « occidental » centré sur les États-Unis. La guerre en Irak est perçue comme le moyen d’importer la « décadence » occidentale. Les peuples musulmans la vivent comme un moyen d’occidentalisation forcée et la négation de l’identité musulmane. 

La mondialisation culturelle doit permettre la coexistence d’une pluralité de cultures ou d’hybridation culturelle. D’autant que les styles de vie sont de plus en plus proches. Le processus de mondialisation génère une base commune d’idées et de comportements et chaque société voit le pluralisme se développer. La culture, la religion et l’identité des peuples sont les facteurs qui interagissent avec le processus de mondialisation, et qui peuvent en être l’allié, l’opposant ou l’ennemi. L’Islam ne dérogera pas à la règle, les nouveaux styles de vie auront une vie propre s’ils sont compatibles avec les préceptes coraniques. L’incompréhension entre l’Occident et l’Islam doit se réduire avec le respect de l’identité culturelle d’autrui car la culture est une partie intégrante de l’identité de chacun. Et cela ne peut et ne doit passer que par le dialogue. 

 

 

Mohamed EL YAALAOUI 

Planete agora

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