le collectif des musulmans citoyens français

Le discours des imams de France entre le texte et le contexte

23 juillet 2015

Le discours des imams de France entre le texte et le contexte

Un discours est une allocution, un speech (en anglais) ou un exposé oratoire présenté devant un public. C’est un développement oral d’une idée ou plusieurs prononcées devant une audience. C’est aussi une présentation d’un sujet, à une occasion précise, visant à informer le public d’un ou plusieurs événements…

Généralement et selon les statuts et techniques des discours, les études menées par les spécialistes déterminent le type d’un texte par sa fonction dominante (narration, description, argumentation, explication). Ces études tentent de définir le discours en faisant référence aux facteurs qui lui sont propres. Il est donc, soit narratif, soit descriptif, soit argumentaire, soit explicatif.

En France, le fait religieux pivote entre quatre axes fondamentaux : L’imam, le discours, le lieu de culte et le fidèle. Nous sommes, donc, en face d’un influent, d’une matière d’influence, d’un lieu d’exercice et d’une personne qui subit cette influence.

Or, les imams de France doivent-ils se plier aux statuts et techniques des discours ? Quels sont les outils lexicaux et grammaticaux que ces imams exploitent afin de respecter la chronologie narrative ? Les imams de France doivent-ils développer et varier leurs méthodes ainsi que leurs styles narratifs pour toucher et influencer le maximum des fidèles ?

Ce qui nous interpelle le plus aujourd’hui dans cet article, c’est la matière d’endoctrinement qui représente, d’une manière ou d’une autre, la pierre angulaire influente et éducative en même temps. Cette arme, jugée indispensable, est capable de former de bons citoyens français musulmans reconnaissants et respectueux, comme elle peut engendrer des radicaux pouvant aller jusqu’à inquiéter le monde autour d’eux.       

Logiquement, un imam doit exploiter le discours à des fins purement spirituelles et éducatives. La manière utilisée et la matière consommée dépendent de l’imam lui-même et de son niveau dans la compréhension des situations diverses qui se présentent. De ce fait, le discours s’alimente des sources fondamentales que l’islam a instaurées, mêlées, selon les évènements, aux développements de la société où il vit. C’est une création et une ordonnance choisies par l’imam pour remédier à des situations d’ordre religieux. L’imam a donc le soin de faire valoir son discours afin que les fidèles en profitent abusivement.

Sources d’endoctrinement :

Généralement les sources principales de la charia sont en nombre de deux et sont classées ainsi : Coran et Sunna.

Afin de mieux se situer au niveau du discours, nous avons jugé utile de donner un aperçu sur les grands thèmes de la religion musulmane que nous pouvons présenter comme suit :

– Le Coran et ses thèmes : la présentation, la composition, lsssses grands objectifs du message coranique, les concepts de la divinité, de la prophétie et de la résurrection, l’incitation à la piété et à l’adoration, la purification de l’âme et du cœur, la fondation de la famille vertueuse, la formation d’une communauté-témoin, l’établissement de la noblesse du genre humain et l’affirmation des droits de l’homme, l’appellation à un monde d’humanisme et de coopération, …

– La Souna et ses thèmes : la présentation, la composition, l’interprétation du Hadith, la vie et les enseignements du Prophète, l’authenticité des Hadiths, la Sunna complément du Coran, …

Ces deux sources représentent la matière première et les poumons avec lesquels le discours parvient à respirer. Elles sont exploitées selon différents thèmes et sujets d’ordre spirituel et pratique. Ainsi, l’imam présente son discours sous forme d’enseignement sur la croyance et la spiritualité, comme par exemple : la nécessité de la foi, la croyance en Dieu, la croyance liée à la création, à l’homme, aux prophètes et à leurs messages, la croyance relative aux événements terrestres et aux sujets de la vie future, la spiritualité et la raison en islam, … Comme il le présente sous forme de sujets sociaux divers : principes du droit musulman, la vie quotidienne du musulman, la femme en islam, la femme et la société, la vie conjugale, la société humaine, la paix et conflit en islam, les questions liées aux autres religions,…

L’imam, en tant que maître du discours, puise automatiquement dans ces sources et en tire sa matière d’allocution. Si le discours est réaliste, argumentaire, ressourcé, logique, réformateur, rassembleur, performant et convaincant,  la communauté musulmane s’épanouira d’avantage et lui donnera beaucoup d’importance et d’intérêt. Pa contre, s’il est vide de toute spiritualité et passif qualitativement et quantitativement, la communauté s’empresse à s’en séparer et le met, le plus rapidement possible, en quarantaine. 

L’imam est, avant tout, un transmetteur/narrateur qui a besoin d’anticiper durant son discours pour créer le suspens par le biais des ressources mises à sa disposition. Or, la plupart des imams de France part d’un récit purement descriptif (vie des Prophètes, vie de leurs compagnons) sans aller jusqu’à inclure les dimensions et les finalités tracés par les historiens. Ce processus de véhiculer l’islam et de le transmettre aux jeunes français musulmans, ternit l’image de la religion et empêche ces jeunes d’adhérer au récit. La demande de plus en plus croissante des fidèles ne trouve pas, dans la plupart du temps, des réponses auprès des imams narrateurs qui se sentent dans l’incapacité de composer, tous seuls, une palette de programmes d’enseignement et d’orientation. Cet éclatement de confiance crée un obstacle entre l’imam et le jeune pratiquant qui, par la suite, va chercher refuge auprès des prêcheurs radicaux qui donnent à leurs discours « un goût et une vie ».

Typologie du discours :

Dans des circonstances bien précises, l’imam mène un discours purement explicatif afin de pousser le destinataire/pratiquant à agir concrètement. C’est une façon de lui transmettre le savoir-faire et lui donner, en même temps, l’occasion de concrétiser ce qu’il reçoit après avoir compris le récit dans sa globalité.

Les outils de base utilisés dans ce discours sont :

–         Un vocabulaire très précis avec des mots et des termes techniques relatifs au discours lui-même ;

–         La justification et la référence scientifiques qui doivent puiser dans le texte fondateur du discours pour trouver leur matière.

La collecte de ces outils par l’imam rend le discours accessible aux pratiquants et facile dans la compréhension comme dans la pratique. Néanmoins, il existe des imams qui exploitent le texte sacré selon des circonstances multiples et le présentent dissimulé sous une vision radical voire extrémiste. Cette vision apparait, dans la plus part des cas, haineuse, violente, discriminatoire et parfois purement raciste à l’encontre des non-musulmans ou des citoyens d’autres confessions. Pour ce type d’imams, c’est l’islam et l’islam d’abord.

Or, les musulmans sont-ils tous violent de nature ou ils le deviennent ? Quel impact a le discours sur eux ? Comment l’Etat arrivera-t-il à bloquer les couloirs qui mènent vers l’idéologie terroriste ?

Si la volonté des gouvernements européens et notamment celle de la France estime qu’il est temps de couper la route devant ce genre de prédicateurs et imams radicaux, il serait temps aussi de réfléchir à une formation complète des imams de France et de passer à l’action, il n’y a vraiment pas de temps à perdre.

La surveillance des lieux de culte et d’enseignement islamique serait un faux pas pour régler un vrai problème. Combien de lieu de culte servent de tremplins pour recruter des intégristes ? Le fait de condamner et de fermer un lieu de culte, serait-il une bonne solution pour aboutir à un enterrement du fanatisme ? Des expulsions répétitives vers les pays d’origines sont-elles parvenues à dissoudre l’idéologie radicale de l’intégrisme ?    

Une remarque est essentielle : ces discours, qualifiés de haineux, peuvent aller jusqu’à inciter ces partisans à déclarer le djihad contre les non-musulmans dits « mécréants ». Cette haine est protégée par des textes religieux soigneusement choisis pour  renforcer et légitimer le discours.

La garantie d’un discours équilibré repose essentiellement sur les méthodes de recrutement utilisées concernant les imams qui officient dans les lieux de culte. Ce choix jouera, premièrement, un rôle très important pour empêcher tout glissement hasardeux vers des discours radicaux, et participera, deuxièmement, à la distinction entre les vrais et les faux imams. 

En face de ce genre radical, nous avons un autre extrême qui présence le fait religieux sous forme d’un corps sans âme. Ce type d’imam assassine le rôle alloué au discours religieux. La faiblesse du savoir et la vision limitée de la société présentent ce genre d’imams sous forme de traditionalistes passifs et fait d’eux des transmetteurs de l’ignorance par excellence. Tout ce qu’ils connaissent de l’islam ne les engage nullement à diriger ou guider spirituellement une communauté. Leur enseignement ne dépasse pas les ablutions, les prières, le jeune du mois de Ramadan et quelques instructions sur la Zakat et le pèlerinage. Ils mènent un discours sec dépourvu de spiritualité, de participation du cœur, du cheminement vers l’adoration, d’ouverture,…

Malheureusement, la seule victime de ce « bug cultuel » reste le jeune pratiquant qui n’arrive pas à s’acclimater ni avec le texte ni avec le contexte.

La spiritualité est comme un individu qui se coule dans un moule. En l’absence de cette dernière, chacun se bricole une spiritualité individuelle et se forge un regard sur la religion différent de celui de l’autre. Il peut même, dans des cas, avoir d’autres mécanismes d’appropriation du texte.    

La règle d’or est donc de tracer des pistes capables de conjuguer spiritualité et enseignement dans un climat d’ouverture, de tolérance et d’équilibre, car la modernité avance à vitesse incroyable en même temps que la spiritualité recule. L’imam doit avoir parmi ses priorités l’initiation des croyants à la science religieuse et à l’interprétation du texte sacré afin de faire face à cet éventuel retard spirituel.

Il apparait donc nécessaire que les autorités religieuses soient attentives aux discours que les imams de France se permettent de présenter aux pratiquants dans les lieux de culte ou pendant les différentes cérémonies. Sans empiéter sur la liberté d’expression de chacun, elles ont la responsabilité de présenter un islam apaisé, ouvert et de juste milieu. Quant à l’imam, il doit tenir un discours direct, plein de vie, qui donne l’illusion de l’objectivité, et permette de relayer l’information en toute neutralité, à condition de l’influencer avec des éléments de suspens spirituel.

Les discours narrativisés inondent les lieux de culte mais ils ont besoin, tout de même, d’être analyser et orienter parce qu’ils représentent une référence majeure qui témoigne du niveau de religiosité chez les pratiquants. Les études critiquent de ce genre d’enseignement sont rares et ont besoin d’être lancer pour définir la typologie exacte des discours que les imams doivent tenir lors de leurs prêches et enseignement.

En guise de conclusion, nous considérons, aujourd’hui, que cette tentative d’analyse globale du discours des imams de France, représente un début et une introduction vers une étude académique très approfondie afin de comprendre le sujet et de décortiquer ses composantes.

La typologie du discours, sa technique, son influence sur les fidèles, ses ressourcements, sa fonction, ses mécanismes, son statut,… Tous ces sujets ont besoin d’être étudié sans aucune influence externe, sans oublier de mettre dans le tas d’analyse, le créateur de ce discours qui est, bien entendu, l’imam.           

                                                                                Abderrahmane NAFAA

 

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