le collectif des musulmans citoyens français

Encore peu d’imams diplômés sortent des instituts musulmans privés

30 juin 2015

Encore peu d’imams diplômés sortent des instituts musulmans privés

Depuis les années 1990, les centres de formation musulmans ont formé moins de 200 imams.

Ces instituts privés s’autofinancent à 85 %.

« Parmi les 900 imams permanents que l’on compte à peu près actuellement en France, moins de 200 ont eu un cursus accompli dans l’un des instituts musulmans français, qu’il s’agisse d’un cursus complet ou partiel», affirme d’emblée Bernard Godard (1), consultant auprès au Bureau central des cultes du ministère de l’intérieur. 

Selon lui, beaucoup d’imams ont des profils multiples, avec des cursus poursuivis en divers instituts, en France et ailleurs. Parmi les instituts musulmans privés français, toujours selon Bernard Godard, « trois surtout proposent une formation à l’imamat ».

Le plus ancien est l’Institut européen des sciences humaines (IESH), créé en 1990 par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) à Saint-Léger-de-Fougeret (Nièvre). 

 

De trois à sept ans d’étude selon les étudiants


Avec, cette année, 238 étudiants à plein-temps et internes (dont 55 % d’hommes qui se destinent à l’imamat ou à l’enseignement) et 250 étudiants par correspondance (dont 35 % résidant hors de France), l’IESH est organisé en trois départements – langue arabe (deux années), théologie (trois années) et apprentissage du Coran (deux années). 

« Selon que l’étudiant connaît ou pas le Coran et l’arabe, la durée de ses études varie de trois à sept ans », explique Zuhair Mahmood, le directeur.

L’IESH de la Nièvre est en lien avec deux autres IESH, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et à Cardiff (Grande-Bretagne), mais chacun de ces instituts est financièrement indépendant. « Notre budget de 1,2 million d’euros est financé à 85 % par les frais de scolarité et à 15 % par des dons provenant de généreux musulmans de France ou des pays du Golfe », poursuit Zuhair Mahmood.

Inauguré en 1995 et actuellement dirigé par Djelloul Seddiki, théologien et sociologue d’origine oranaise, l’institut de théologie de la Grande Mosquée de Paris (GMP), ou Institut Al-Ghazali, forme essentiellement des musulmans français ou résidant en France. 

 

La formation à l’imamat comprend un an de stage


Cette année, 122 étudiants (autant d’hommes que de femmes) se forment en deux ans à devenir aumôniers, et 158 hommes se forment à l’imamat en quatre ans de cours, « plus un an de stage en mosquée », insiste Djelloul Seddiki. L’enseignement y est gratuit et en français.

Enfin, l’Institut supérieur des sciences islamiques (ISSI) à Aubervilliers (à ne pas confondre avec l’ISSI de Marseille) est dirigé par Dhaou Meskine, ancien président du Conseil des imams de France. Surtout fréquenté le dimanche, l’ISSI propose un cycle d’initiation à l’islam (deux ans) et un autre permettant d’obtenir une maîtrise en sciences islamiques (quatre ans). 

Là comme ailleurs, les cours sont répartis entre sciences des hadiths («propos du Prophète»), fiqh («jurisprudence islamique»), ussul-al-fiqh («fondements du droit»), aquida («dogme»), étude des actes cultuels et des muamalat («rapports sociaux»), mais aussi histoire, civilisation islamique, arabe et tadjwid («parfaite lecture du Coran»)… 

 

La plupart des professeurs, diplômés de grandes universités, passent d’un institut à l’autre


« Les programmes de ces instituts privés sont sensiblement identiques en termes de contenu et de méthode », confirme Bernard Godard, en soulignant que la plupart des professeurs, diplômés des grandes universités du Caire, de Damas, de Tunis ou de Constantine, « tournent » d’un institut à un autre.

Il existe d’autres lieux de formation, tels le Centre d’études et de recherches sur l’islam (Cersi) ouvert à Saint-Denis en 1993, à destination d’un public qui n’exercera pas forcément des fonctions d’imam, et l’Institut de théologie musulmane de La Réunion, créé en 2000 afin de fournir des imams pour l’islam réunionnais. 

Certains de ces centres fonctionneraient avec du personnel bénévole ou sous-payé. Ainsi le 26 avril, l’Institut français d’études et de sciences islamiques (Ifesi) à Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne) a été fermé par le tribunal de Créteil, à la suite d’une plainte du rectorat et d’une mise en examen du directeur pour « abus de confiance, travail dissimulé et mise en danger de la vie d’autrui ». 

Mais si, depuis vingt ans, peu d’imams susceptibles d’exercer en France sont sortis de tous ces instituts, c’est en grande partie parce que le métier d’imam, « très prenant et mal payé » selon Zuhair Mahmood, attire peu.

 

(1) Les Musulmans en France, Robert Laffont, 2007, rééd. Hachette, coll. « Pluriel», 2009.

 

CLAIRE LESEGRETAIN

la liste complète des personnes converties à l’islam… "Nous manquons d'imams formés" estime Zuhair Mahmood, directeur d'un centre de formation d'imams