le collectif des musulmans citoyens français

L’ignorance religieuse ou l’impossible laïcité

17 juin 2015

Des crèches de Noël, aux repas dans les cantines scolaires en passant par des jupes trop longues ou des statues trop explicites, chaque semaine risque de nous apporter son lot de «délits de laïcité »...

Des crèches de Noël, aux repas dans les cantines scolaires en passant par des jupes trop longues ou des statues trop explicites, chaque semaine risque de nous apporter son lot de «délits de laïcité »...

 

Nous manquons cruellement d’une intelligence des religions pour vivre une laïcité respectueuse. Avouons que nous avons collectivement organisé l’ignorance religieuse dont nous récoltons un fruit amer dans une impossible laïcité. Car il n’y a pas de laïcité vivable sans connaissance des religions.

 

S’il est bien écrit dans l’article 2 de la loi de 1905, que la République ne reconnaît aucun culte, il suppose qu’elle les connaît ! Or, les religions sont regardées comme des « produits », des « marques », dont nous feignons d’ignorer le contenu, les composants et leur traçabilité jusqu’à leur éventuelle toxicité. Tant que nous n’accepterons pas la question de la transcendance et la dimension spirituelle de la nature humaine, nous n’avons aucun espoir de pouvoir régler la question de la laïcité.

 

A notre stupéfaction, l’effacement des religions en à peine quelques décennies a aussi éclipsé les valeurs démocratiques. Ne soyons pas étonnés : il faut un absolu pour que l’homme détermine des valeurs. Si cet absolu est l’homme auto-référent, il n’a plus d’autres valeurs que lui-même, et il finit par ne plus supporter les autres, ni lui-même. Nous devons faire un véritable travail sur les religions, pour les comprendre et en assurer l’expression dans le cadre républicain. Seules les religions sont capables de nommer ce qu’il y a dans l’homme qui ne relève pas de sa seule matérialité.

 

L’ignorance laisse place à un stupide rapport de force. L’humanisme républicain devrait s’honorer de faire primer l’autorité de la pensée sur celle de la force. Qu’attendons-nous ? Pourquoi ne parvenons-nous plus à partager nos pensées ? Le champ de la vie politique n’est plus un lieu d’échange de vue mais un jeu de clivage odieux et d’ostracisme. Plus le temps passe et plus l’autorité s’exerce par le recours à la force dans toutes les sphères de la vie : dans les partis politiques, dans les ministères, dans les écoles… Le recours à la force décrédibilise celui qui revendique l’autorité.

 

Privée de la conscience de ce qui seule unit les hommes, l’empreinte divine en eux, la France ne cessera plus de faire la preuve de sa faillite. Il faut sortir de notre ignorance complice en nous réappropriant les fondamentaux anthropologiques des différentes religions. Elles ne sont pas si nombreuses que cela, et sont pourvoyeuses de sens !

 

Si donc nous avions vraiment confiance dans la liberté de conscience – comme l’indique l’article 1, nous n’aurions aucune résistance à priori à nous intéresser au corpus théologique de chacune d’elle. L’indice de tolérance humaine baisse avec la pauvreté, dont l’ignorance religieuse est une dimension trop négligée. Nous devons apprendre à  poser un diagnostic rationnel sur la nature humaine et reconnaître son incontournable soif d’infini.

 

Nous sommes entrés dans une période où la raison et la parole doivent reprendre leurs droits. La responsabilité d’un Etat laïque consisterait à affirmer le primat du dialogue entre foi et raison. Il est le gage de la maturité des esprits et l’appel au pouvoir des consciences libres de se déterminer. Les replis identitaires d’aujourd’hui sont les conséquences de la fermeture à la transcendance naturelle qui anime toute personne. La France peut faire la preuve de sa vraie noblesse en reprenant humblement le sens du questionnement et du discernement de l’infini dans l’homme. Si c’est bien par la connaissance que grandit le désir, alors ce sera par la vérité sur la nature de l’homme que viendra le meilleur pour notre société. 

 

Laurent Stalla-Bourdillon

Laurent Stalla-Bourdillon, curé des politiques Roger Cukierman : juifs et chrétiens, frères dans la douleur