le collectif des musulmans citoyens français

MOHAMED VI L'AFRICAIN

09 août 2016

MOHAMED VI L'AFRICAIN

La visite du Roi Mohammed VI au Mali a marquĂ© la premiĂšre Ă©tape d'une tournĂ©e africaine  qui a conduit le Souverain en CĂŽte d’Ivoire, en GuinĂ©e Conakry et au Gabon, du 18 fĂ©vrier au 6 mars 2014. Ce voyage s’inscrit dans la ligne de l’ « esprit de Casablanca Â» qui, Ă  l’initiative de Mohammed V, avait rĂ©uni en 1961 les principaux dirigeants africains pour jeter les bases de ce qui allait devenir l’OUA

Cette visite atteste de la volontĂ©, dĂ©jĂ  exprimĂ©e par Hassan II, de faire de l’Afrique une prioritĂ© de la diplomatie marocaine. Elle illustre de façon rĂ©aliste la solidaritĂ© effective entre les Etats africains que le Roi Mohammed VI avait rappelĂ©e lors de l’ouverture du forum d’Assilah relatif au projet d’Etats-Unis d’Afrique en 2006. Elle poursuit une tradition politique constante de la diplomatie chĂ©rifienne, tissĂ©e depuis des siĂšcles par les liens humains et spirituels qui remontent au commerce caravanier et aux Almoravides plongeant leurs racines dans le Sud saharien profond. Ce voyage vient encore attestĂ© que le Maroc est une puissance africaine qui a des liens anciens et Ă©troits avec l’Afrique subsaharienne. Il fait suite Ă  de nombreux dĂ©placements entrepris par le souverain dans la rĂ©gion depuis son accession au trĂŽne. NĂ©anmoins, il se caractĂ©rise par sa longueur et par l’enchaĂźnement des visites qui lui impriment une dimension singuliĂšre dans le contexte diplomatique et stratĂ©gique rĂ©gional du moment.

Cette constance politique s’explique tout d’abord par des liens religieux. Le Roi du Maroc, Commandeur des croyants, est considĂ©rĂ© par les Africains musulmans malĂ©kites et par les confrĂ©ries comme leur chef spirituel. Le Maroc a signĂ© avec le Mali des accords pour la formation de cinq cents Imams car, ainsi que le Roi l’avait rappelĂ© lors de l’investiture du PrĂ©sident Ibrahim Boubacar Keita, la tradition et la pratique de l’islam « se nourrissent des mĂȘmes prĂ©ceptes du juste milieu et se rĂ©clament des valeurs de tolĂ©rance et d’ouverture Ă  l’autre, et demeurent le fondement du tissu spirituel continu Â» qui a liĂ© ces pays Ă  travers l’histoire. De semblables demandes de formation Ă©manent de la GuinĂ©e et d’autres Etats africains tĂ©moignant du rayonnement religieux du Royaume chĂ©rifien. Ce socle spirituel de la diplomatie marocaine dans la rĂ©gion avait trouvĂ© son illustration spectaculaire dans la priĂšre de Bilal Ag Acherif aux cĂŽtĂ©s du Roi Ă  la mosquĂ©e de la Koutoubi’a Ă  Marrakech le 31 janvier, avant que ce chef des Touaregs, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Mouvement de LibĂ©ration de l’Azawad (MNLA) ne fĂ»t reçu en audience par le Souverain marocain qui rĂ©affirma son «attachement Ă  la prĂ©servation de l'unitĂ© territoriale et Ă  la stabilitĂ© de la RĂ©publique du Mali», et appela le MNLA Ă  «rester ouvert au dialogue politique avec le rĂ©gime malien». Cela suffit Ă  marquer l’engagement du Royaume chĂ©rifien, comme mĂ©diateur neutre, dans le rĂšglement politique de la crise du Sahel, terre d’origine des dynasties berbĂšres marocaines.

A cet Ă©gard, la mĂ©diation politique du Maroc dans les affaires du Mali et de la rĂ©gion,  souhaitĂ©e par les acteurs locaux mais aussi par les puissances extĂ©rieures comme la France ou les Etats-Unis, rĂ©Ă©quilibre le processus de paix et de stabilisation dont l’AlgĂ©rie prĂ©tendait l’exclure. DĂ©jĂ  en 2013, le Maroc avait appuyĂ© l’intervention des troupes franco-tchadiennes au Mali. L’engagement politique dont tĂ©moigne le voyage du Roi souligne du mĂȘme coup l’attachement du Royaume Ă  ses provinces du Sud qui constituent le trait d’union avec l’Afrique. Il dĂ©note la vision globale et intĂ©grĂ©e de la diplomatie rĂ©gionale du Maroc et confirme son rĂŽle inĂ©luctable pour la paix et la sĂ©curitĂ© de la rĂ©gion sahĂ©lo-saharienne et dans la lutte contre le terrorisme, les trafics d’armes et les autres activitĂ©s qui constituent des menaces Ă  la stabilitĂ© de l’Afrique.

La vision politique exprimĂ©e par le Mohammed VI se double d’une volontĂ© de dĂ©velopper la coopĂ©ration Ă©conomique avec les Etats de la rĂ©gion. Le Roi s’est fait accompagner d’une importante dĂ©lĂ©gation comprenant notamment, outre les ministres et les responsables des grands secteurs Ă©conomiques, des reprĂ©sentants du secteur privĂ©. De nombreux accords bilatĂ©raux ont Ă©tĂ© conclus : ainsi par exemple, dix-sept accords avec le Mali couvrent l'Ă©conomie, les finances, les investissements, l'agriculture, les services aĂ©riens, l'industrie, la promotion des exportations, la santé, la coopĂ©ration dans le domaine minier, les banques, les tĂ©lĂ©communications, l'habitat, la formation professionnelle, l'eau potable, et Ă  ceux-lĂ  s’ajoutent des conventions de coopĂ©ration entre la ConfĂ©dĂ©ration GĂ©nĂ©rale des Entreprises du Maroc (CGEM) et le Conseil National du Patronat du Mali. Lors du Forum Ă©conomique ivoiro-marocain, vingt-six accords de partenariat public-privĂ© et d’investissement ont Ă©tĂ© signĂ©s avec la CĂŽte d’Ivoire qui portent aussi sur certains de ces domaines ainsi que la pĂȘche, les installations portuaires, le secteur pharmaceutique. En GuinĂ©e, outre la coopĂ©ration Ă©conomique, l’accent est mis sur la formation : plus de deux mille Ă©tudiants guinĂ©ens sont inscrits dans les Ă©tablissements universitaires ou de formation professionnelle au Maroc et l’Institut supĂ©rieur de commerce et d’administration des entreprises Ă©tabli Ă  Conakry illustre ce partenariat privilĂ©giĂ© en matiĂšre d’éducation. Au Gabon, des accords de coopĂ©ration bilatĂ©rale dans ces domaines vont s’ajouter Ă  ceux qui avaient Ă©tĂ© conclus lors de la derniĂšre visite royale, notamment en matiĂšre de santĂ©, de protection civile (prĂ©vention et gestion des risques majeurs, lutte contre les catastrophes d’origine anthropique), rĂ©pression des fraudes. Le dialogue politique rythmĂ© par les visites mutuelles des deux chefs d’Etat se prolonge dans le cadre des rĂ©unions rĂ©guliĂšres de la haute commission mixte. Le renforcement des relations bilatĂ©rales du Royaume avec chacun de ces Etats consacre un vĂ©ritable partenariat stratĂ©gique en matiĂšre Ă©conomique et de sĂ©curitĂ©.

Ce rĂ©seau conventionnel dense illustre, en effet, la volontĂ© de consolider une coopĂ©ration Sud-Sud solidaire et dynamique, prĂ©sentĂ©e par le Roi comme un axe principal de sa politique Ă©trangĂšre au service des intĂ©rĂȘts des peuples africains. En effet, il  vise à promouvoir un processus intĂ©grĂ© de dĂ©veloppement durable qui place l’élĂ©ment humain au centre des prĂ©occupations avec l'amĂ©lioration des conditions de vie, l’environnement, l’éducation, la formation de la jeunesse et imprime ainsi une forte impulsion aux diffĂ©rents aspects de la coopĂ©ration.

Cela Ă©claire enfin le dynamisme et l’expertise des entreprises et des investisseurs marocains qui entendent bĂ©nĂ©ficier des accords conclus pour renforcer leur implantation dans la rĂ©gion.  D’ores et dĂ©jĂ , en effet de grands groupes tels Maroc Telecom, l’Office national de l’eau et de l’électricitĂ©, ou encore des Ă©tablissements bancaires (Attijariwafa Bank, Banque marocaine du commerce extĂ©rieur), des compagnies d’assurances (CNIA-Saham), des sociĂ©tĂ©s immobiliĂšres (Addoha, Alliances) sont implantĂ©es dans plus d’une vingtaine de pays subsahariens.

Au total, ce voyage qui associe les prĂ©occupations Ă©conomiques et stratĂ©giques confirme l’ancrage politique, Ă©conomique, culturel et spirituel du Maroc en Afrique ; il Ă©claire Ă©galement son rĂŽle de trait d’union entre le continent africain et l’Europe sensible aux grands mouvements qui traversent ce dernier, exposĂ©e aux soubresauts qui l’agitent.

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