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Maroc industriel stratégies, enjeux et perspectives

22 septembre 2015

Maroc industriel  stratégies, enjeux et perspectives

Quelles nouvelles stratégies économiques pour le Maroc ?

Cette analyse se propose de discuter du paysage industriel du royaume du Maroc, des enjeux présents et futurs ainsi que des perspectives de développement à la lumière de la nouvelle stratégie d’accélération industrielle lancée en 2014. En voici donc la première partie.

Depuis la fin des programmes d’ajustements structurels et en l’absence d’une vision économique claire à long terme, l’industrie marocaine n’a cessé de perdre en vitesse et de traduire un manque d’orientation stratégique en matière de développement industriel. La croissance du secteur et la part des exportations marocaines à l’international ont accusé un ralentissement inquiétant au regard des performances des pays voisins pendant la période 1990/2000.

Cette « décennie perdue » a fait perdre beaucoup à l’économie marocaine en termes de « coût de la non-réforme » et du « manque à gagner » qui, en cas d’évaluation, se seraient avérés extrêmement exorbitants. Le tournant alors sera pris au début de la décennie suivante, notamment avec le lancement de nouvelles stratégies sectorielles.

Une industrie à grande vitesse !

En effet, durant les années 2000 et dans un contexte marqué par une mondialisation accélérée, une forte délocalisation et surtout par une montée en puissance des industries asiatiques, le Maroc, ayant conscience de la faiblesse de son tissu productif et du manque de bases solides nécessaires au développement économique, s’est engagé dans un processus de développement national mettant à niveau tous les domaines clés de l’économie nationale, en particulier l’industrie, le tourisme et l’agriculture. La raison d’être de cette mise à niveau est en toute évidence celle de positionner le Maroc parmi les pays compétitifs et émergents sur la scène internationale tout en remplissant en définitive les conditions qu’exige un développement économique durable.

S’agissant du tourisme (la vision 2010) et de l’agriculture (le Plan Maroc Vert dont il est trop d’évaluer les résultats), les stratégies déployées laissent au moins comprendre que le Maroc possède une démarche bien définie quant aux objectifs assignés. De ce fait, ces stratégies s’inscrivent dans un processus de continuité qui consolide les acquis tout en se livrant aux insuffisances.

Le résultat est que, à titre d’exemple, la « Vision 2010 » s’est soldée par succès avec l’arrivée d’environ 10 millions de touristes en 2010 malgré le contexte de crise qui a marqué cette période. En plus, la Vision a réussi son pari de donner de la visibilité touristique au pays. Aujourd’hui, et en parfaite continuité avec cette Vision arrivée à échéance, le pays se propose un autre défi, celui de devenir une des 20 premières destinations touristiques du monde à l’horizon 2020 (Vision 2020). Chose qui ne sera pas « impossible à faire » au regard des performances récemment réalisées.
S’agissant maintenant de l’industrie, la question est problématique. Car avec le lancement de la récente stratégie d’accélération industrielle en 2014, le Maroc aura lancé, en dix ans à peine, trois stratégies industrielles : le Plan Émergence en 2005, le Plan National pour l’Émergence Industrielle en 2009 et le récent Plan National d’Accélération Industrielle (2014) ! Chacune prétend répondre le mieux aux défis présents et futurs de l’industrie nationale. Force est de constater que ces stratégies changent avec la succession des gouvernements ce qui suggère deux constats.

D’une part, l’industriel est loin de s’insérer dans un processus national, cohérent et continu, ce qui laisse son devenir hypothéqué, voire soumis à des fins électorales des partis formant le gouvernement. D’autre part, lorsqu’une stratégie, lancée antérieurement, arrive à terme, elle devrait être en principe évaluée afin que les responsables rendent des comptes conformément aux dispositifs de la nouvelle Constitution. Or, la réalité est tout autre. À chaque fois que l’échéance de l’une arrive, les responsables jouent la fuite en avant en relançant presque la même stratégie, les mêmes objectifs, mais avec une appellation et éventuellement un budget différents. Bref, les gouvernements changent, les stratégies se succèdent, et pourtant les résultats restent les mêmes.

L'AUTEUR

 

Soufiane Kherrazi

Soufiane Kherrazi est étudiant-chercheur en Sciences de Gestion à l’École Nationale de Commerce et de Gestion de l’Université Ibn Tofail, Maroc.

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