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La monarchie marocaine et la gestion du champ religieux

27 juillet 2015

La monarchie marocaine et la gestion du champ religieux

Au Maroc, le religeux et le politique représentent une constante inséparable qui s’enracine dans l’histoire du pays… Les réformes institutionnelles du champ religieux par le roi Mohamed VI en 2004, traduisent la volonté d’encadrer le religieux pour préserver l’identité cultuelle des marocains…

La monarchie est un système politique où l’unité du pouvoir est symbolisée par une seule personne, appelée monarque. Le Maroc a pour régime politique une monarchie constitutionnelle dont le souverain actuel est Mohamed VI. Il est le chef de l’Etat marocain depuis le 23 juillet 1999. C’est le 18ème souverain de la dynastie alaouite qui règne sur le Maroc. Il a succédé à son père, Hassan II, monté sur le trône en 1961. Les souverains marocains portent le titre de « Roi » depuis 1955 alors que dans le passé ils étaient nommés « Sultan ». Le Roi du Maroc cumule fonction politique et fonction religieuse, ce qui lui confère des pouvoirs très étendus sur lesquels Hassan II s’était appuyé pour instaurer son pouvoir. Le Roi nomme et révoque le Premier ministre, peut dissoudre les assemblées et peut suspendre la Constitution. Il est le chef spirituel des Marocains musulmans, étant donné que la dynastie alaouite affirme descendre du Prophète. En 1962, Hassan II avait fait inscrire le titre de « commandeur des croyants », accordé au Roi du Maroc, dans la Constitution Marocaine. Il assume, au Maroc, le rôle de chef suprême religieux. Ce dernier le distingue dans le monde islamique Cela découle d’une prérogative à la fois religieuse et constitutionnelle faisant de lui le garant de la sécurité spirituelle. C’est à ce titre qu’il a procédé à la restructuration des instances religieuses, dont le Ministère des Affaires Islamiques et les conseils des ‘Ulamā’ ont été appelés à la promotion d’une interprétation des textes religieux allant dans le sens de la tolérance et du progrès.

Afin de préserver le peuple marocain des risques d’une discorde religieuse inspirée par les tenants du fanatisme ou autres, le Roi entend, par la réforme du champ religieux, lutter contre toutes les formes d’instrumentalisation malveillantes de l’islam. Les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca en ont laissé une trace indélébile. Dans son discours du 30 avril 2004, le Roi a précisé qu’ «il s’agit de l’islam vrai et authentique, tel que nous l’a rapporté le sceau des Prophètes, Sidna Muhammad, prière et salut sur Lui. Cet islam, les Marocains l’ont fait le leur, parce qu’il est en accord avec le bon sens et leurs dispositions naturelles ainsi qu’avec leur identité unifiée par l’obéissance à Dieu, au Prophète et au Commandeur des Croyants, amīr al-mūminīn, auquel ils ont confié, par leur allégeance, le soin de prendre en main leurs affaires. Aussi les a-t-il protégés contre toutes les hérésies et tous les maux causés par les sectaires se sont placés en dehors de la Sunna et du consensus de la communauté» (1).

Le Maroc a toujours vécu avec une identité qui conjugue culture traditionnelle et appartenance religieuse. Le Sultan, entouré d’un groupe défini de savants religieux, est le chef qui gouverne son pays au non d’Allah. En réalité, il représente le grandmuftī de son pays. Selon des observateurs, la réorganisation du champ religieux n’est qu’une continuité modérée de cette tradition. Elle avait pour but de réinstaurer les choses suivantes :
– Eviter le désordre religieux qui pourrait mettre le pays dans l’instabilité référentielle (2).

– Donner la parole aux autorités religieuses qui doivent guider les fidèles.
– Gérer leur vie spirituelle et répondre aux besoins prononcés et aux questions diverses dans le respect de l’individu et de ses intimités.

– Améliorer le discours et l’orienter.

– « Couper l’herbe sous les pieds » des mouvements les plus extrémistes. Cela permettra aux différents acteurs islamistes s’inspirant dans leur vision religieuse des écrits et fatwas provenant de l’extérieur, de connaître leur limite et d’accepter l’effort des autres institutions, entre autre le CSO, et de leur reconnaître toute légitimité et efficacité. C’est une manière intelligente pour barrer la route aux faiseurs de fatwa.

– Aucun parti ou groupe ne peut prétendre être le porte-parole ou le tuteur de l’islam.

Cette identité nationale et religieuse représente une préoccupation majeure des marocains et se manifeste dans les programmes même du Gouvernement. Abbas El fassi, nouveau premier ministre depuis 2007, n’a pas négligé non plus l’importance de la mise à niveau du champ religieux marocain. Dans la présentation du programme de son équipe (3), il a cité que le Gouvernement accordera une grande importance à la mise à niveau du champ religieux, à travers :

– La consolidation des bases de l’identité nationale marocaine dont l’islam est le fondement premier.

– Le renforcement du sentiment religieux.

– La promotion de l’éducation islamique dans l’enseignement.
– La révision totale des programmes et des méthodes pédagogiques de l’enseignement originel.

– La promotion des valeurs morales auprès des jeunes.

– Le développement des programmes religieux dans les médias.

– La promotion des valeurs de la citoyenneté en mettant l’accent sur la nécessité de renforcer les valeurs de la citoyenneté responsable à travers la préservation, la promotion et le renforcement des droits fondamentaux du citoyen au même titre que ses obligations envers la société.

Des études diverses ont montré que la création d’un site internet destinée à mettre en valeur l’unité cultuelle de la population marocaine , a permis au pays de préserver sa culture et son esprit de solidarité. C’est une porte ouverte sur les spécificités marocaines et un outil pédagogique pour la protection spirituelle. Ce site tire sa pertinence du fait que la spécificité marocaine se manifeste à travers une diversité structurée essentiellement autour de l’unicité de ses références religieuses et ses fondements spirituels. Il vient consolider la politique d’intégration institutionnelle de la gestion du champ religieux, comme il permettra plus tard aux différents acteurs, religieux et autres, d’avoir les éléments pédagogiques nécessaires afin d’appréhender la philosophie de la restructuration du champ religieux marocain. En outre, il s’emploiera à accompagner l’évolution de la société marocaine et ses nouveaux modes de fonctionnement ainsi que les dynamiques qui la régulent : démocratisation, développement, statut des femmes, respect des droits de l’homme, éducation, alphabétisation, restructuration du champ religieux.

Les questions qui peuvent se poser sont les suivantes : ce site internet arrivera t-il à trouver des réponses aux questions multiples et diverses qui préoccupent la société marocaine ? Sera-t-il à la hauteur d’orienter les générations futures ?

Personne ne pourra nous éclairer sur ces interrogations puisque les résultats sont encore loin d’être prometteurs.

Or, et mis à part ce site, les défis qui attendent les acteurs du champ religieux marocain, selon Hakim El ghissassi (4), sont :

– La définition du rôle des protagonistes ;

– Le respect des prérogatives des institutions ;

– La diffusion d’un savoir religieux conjuguant authenticité et modernité ;
– Le devoir de se limiter à leur rôle de transmetteurs, bien qu’il y ait d’autres institutions qui sont là pour légiférer et exécuter.

Où faut-il donc chercher ces principes ?

Le Gouvernement considère que les valeurs de la solidarité, prônées par la religion musulmane, sont essentielles afin de consolider la cohésion sociale et renforcer le sentiment d’appartenance à la communauté.

Devant la multitude d’expressions politiques au nom de la religion et afin de protéger l’unité cultuelle du Royaume, le Roi Mohamed VI, dans son discours du Trône du 30 juillet 2004, a rappelé qu’il est le seul à concilier le politique et le religieux, dans le souci de sauvegarder la sacralité de la religion qui doit rester en dehors de l’influence des divers groupes d’opinion, de société ou de politique. Les‘Ulamā’ marocains, à l’image de ‘Abdelwāid ibn ‘Āšir (XIVe siècle), ont produit des textes de prose ou de poésie, résumant cette doctrine religieuse. Ils la rendent ainsi facile à retenir sans difficulté, dans un cheminement spirituel et cultuel. Cette démarche de valorisation et d’accessibilité ne plaît pas aux tenants de l’islam politique qui la considèrent comme un mimétisme aveugle : la raison profonde en est qu’elle immunise le musulman contre les déviations et les intrusions religieuses. Elle établie les règles de l’interprétation religieuse, identifie ceux qui sont autorisés à agir au nom du peuple. Elle est un moyen de protection spirituelle sur lequel l’Etat veille afin de sauvegarder son unité et ses fondements.

L’élan créé après l’intronisation de Mohamed VI en tant qu’amīr al-Mūminīn, en 1999, engageait incontestablement le Maroc dans une réforme globale de son espace public. C’est ainsi que le Conseil Supérieur des ‘Ulamā’ (CSO) est devenu une référence religieuse par excellence. Présidé par le Roi, il devient ainsi l’institution religieuse légale à saisir, pour donner des fatwas ainsi que des avis religieux. Son rôle est d’assurer la modernisation et l’unification de l’éducation islamique de la jeunesse marocaine qui souffre de la routine quotidienne, de multiples tendances idéologiques et de la pauvreté.

Abderrahmane NAFAA
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(1), Le Roi Mohamed IV, discours Royal, 30 Avril 2004 à l’occasion de la restructuration du champ religieux au Maroc.

(2), La fatwa d’al-Qaraāwī concernant les intérêts bancaires n’a pas était admirée par le CSO marocain qui a sévèrement critiqué le muftī en lui rappelant que le Maroc a ses propre oulémas et qu’il n’a pas besoin des gens de l’extérieur pour répondre aux attentes cultuelles des citoyens

(3), Le programme gouvernemental de 2007, présenté en mois d’octobre de la même année devant la Chambre des Représentants par le Premier Ministre, Abbas El fassi.

(4), El ghissassi Hakim, « Gestion du champ religieux marocain » paru dans sezameN°1, 27 décembre 2005.

 

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