le collectif des musulmans citoyens français

LE MAROC UNE CLE GEOPOLITIQUE ET UNE PUISSANCE D’EQUILIBRE

20 juin 2015

LE MAROC  UNE CLE GEOPOLITIQUE  ET  UNE PUISSANCE D’EQUILIBRE

« Il y a lieu, au préalable, de rappeler un fait majeur : le Maroc est constitué en tant qu'Etat depuis le IXe siècle. Cette qualité d'Etat authentique est unique au Maghreb. Elle avait été sauvegardée même pendant la parenthèse du Protectorat (1912-1956)...

« Il y a lieu, au préalable, de rappeler un fait majeur : le Maroc est constitué en tant qu'Etat depuis le IXe siècle. Cette qualité d'Etat authentique est unique au Maghreb. Elle avait été sauvegardée même pendant la parenthèse du Protectorat (1912-1956). Dans la structure de fonctionnement de cet Etat Marocain séculaire, le Sahara a toujours occupé une place privilégiée, et souvent déterminante. Ainsi, les fondateurs des dynasties au Maroc étaient souvent directement issus de l'une des tribus du Sahara Occidental. C'est notamment, le cas des Almoravides dont le fondateur, Youssef Ben Tachfine (XIe siècle), devait constituer le «Grand Maroc» qui s'étendait jusqu'aux frontières du Sénégal. Ces liens étroits avec le Sahara ne sont pas démentis avec l'avènement au pouvoir de la Dynastie Alaouite (XVIIe siècle), originaire du Tafilalet (Sahara), et qui n'a guère cessé de conforter l'unité nationale et de renforcer les liens immémoriaux entre toutes les régions du Maroc » 

 le Maroc est un pays ouvert, de l’autre côté de l’Atlantique avec les Etats-Unis, avec lesquels un accord de libre échange a été signé en 2004, vers l’Asie – la Chine s’intéresse aux phosphates et aux produits agricoles marocains, vers les monarchies pétrolières du Golfe auxquelles le pays offre des possibilités d’investissements dans des secteurs prometteurs (énergies renouvelables d’origine solaire, éolienne, nouvelles technologies). Un partenariat stratégique a été signé en décembre 2011 avec le Conseil de coopération du Golfe arabe qui porte sur plusieurs axes de développement, des infrastructures (routes et ports, logements) au secteur agricole (plan Vert), du secteur du tourisme (plan Azur) au secteur industriel (plan Emergence). Malgré un contexte économique européen et mondial défavorable, la croissance marocaine s’est maintenue à 5% en moyenne entre 2005 et 2011, avec une chute à 2,7% en 2012 et des perspectives de rétablissement pour 2013 .

Comment le pays du « couchant extrême » (Al-Maghrib el Aqsa) se voit-il demain, avec ses difficultés intérieures (chômage, déséquilibres socio-économiques et territoriaux, équilibre des pouvoirs, modernisation des instruments financiers), dans son contexte régional et mondial ?

Comme une exception, d’abord, dans le monde arabe ? Le Maroc n’a pas connu de chaos quand les « printemps arabes » ont bouleversé la Tunisie, la Libye, l’Egypte, le Yémen. A la contestation menée par le mouvement du 20 février, le Roi a répondu par une révision de la Constitution annoncée le 9 mars 2011 puis soumise à référendum (98% de oui), un mouvement qui s’inscrivait dans un réformisme avéré depuis son accession au trône, en 1999. Les élections législatives, pluralistes, ont amené au pouvoir, sans majorité absolue, un parti de la justice et du développement (PJD) qui gouverne avec à sa tête AbdelIlah Benkiran, son principal dirigeant, comme Premier ministre, sans rupture de la stabilité politique du pays ni atteinte aux libertés fondamentales – même si une impatience s’exprime quant à ce qui est ressenti comme une lenteur des réformes sur le plan politique et une dégradation économique dans un pays dépendant de ses relations extérieures dans un monde en crise.

 

De cette stabilité, le Maroc a besoin. « À partir d’un Maroc, associé aux puissances financières arabes et porte d’entrée vers une partie de l’Afrique noire pourrait se constituer l’ébauche d’un nouvel axe de coopération triangulaire – Europe, Golfe, Maghreb/Afrique noire » réfléchissait Charles Saint-Prot pourles Echos à propos de la visite du Roi en Jordanie et dans les pays du Golfe en octobre 2012 (3). Depuis, Mohamed VI s’est rendu au Sénégal en visite officielle (du 15 au 19 mars 2013) à la fois pour y conclure un partenariat économique et y aborder les questions touchant à la stabilité du Sahel – les relations entre les deux pays sont à la fois multiséculaires (voir la carte) et vivantes (avec 8.000 étudiants sénégalais, le Maroc est la deuxième destination des Sénégalais après la France). 

« Puissance d’équilibre » le Maroc ? C’est bien le rôle que le pays a tenu en soutenant, avec discrétion, l’intervention française au Mali en ouvrant son espace aérien, en partageant du renseignement, en renforçant son contrôle aux frontières, entre autres choses. Les défis sécuritaires dont le professeur Youssef Chiheb (université Paris Nord) soulignait l’importance en 2012 (« à la fois sécuritaires, stratégiques et économiques ») se sont avérés : l'arc d'instabilité « étendu depuis la Somalie passant par le Soudan et le Niger et jusqu'au Sud de l'Algérie » et jusqu’à l’instable Mauritanie a fait exploser le Mali. « Les risques d'infiltration de groupes incontrôlés (djihadistes, immigrants, contrebandiers, kidnappeurs d'agents d'ONG, trafiquants d'armes, etc.)» au Maroc sont plus actuels que jamais. Enfin, ajoutait Youssef Chiheb, « les voisins du Maroc ne contribuent pas à la levée des obstacles pour l'édification du Grand Maghreb » (4). 

Un Grand Maghreb jusqu’ici introuvable, qui serait pourtant un facteur de stabilité et de prospérité pour les pays dits « du champ » autour du Sahel, et une zone d’échange naturelle, par la géographie et l’histoire, avec l’Union européenne, particulièrement avec l’Espagne et la France. Justement, la résolution du problème du Sahara occidental (ancienne colonie espagnole dont le Maroc contrôle 80% contre les indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par l’Algérie - conflit ouvert il y a 35 ans (1)), qui freine toute possibilité de construction régionale en opposant Alger à Rabat, devient prioritaire. 

« La crise au Sahel rend encore plus urgente la nécessité de mettre fin à cette situation. Le plan présenté en 2007 par le Maroc prévoit un statut de large autonomie pour la population. Je le redis ici, c'est une base sérieuse et crédible en vue d'une solution négociée » déclarait François Hollande devant les deux chambres du Parlement réunies en séance commune, pendant que l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross, en tournée dans la région, appelait à « une solution rapide ».

En attendant une solution, avec son histoire et son actualité, l’Etat authentique marocain, constitué en tant qu'Etat depuis le IXe siècle, est bien à travers le temps une clef géopolitique sur un chemin qui lie deux continents dont l’avenir est nécessairement commun. Ici, la France a toute sa place

 

 

HELIOS.

HELENE NOUAILLE

 

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