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Quand l’Afrique finance les pays développés

19 octobre 2015

Quand l’Afrique finance  les pays développés

L’Afrique ne manque ni de ressources ni d’argent. Son véritable problème réside essentiellement dans le détournement et l’évasion de ses fonds hors du continent.

Le dernier rapport du think tank américain Global Financial Integrity, Illicit Financial Flows from Africa: Hidden Resource for Development, rendu public le 21 mai 2010, estime en effet que durant les quatre dernières décennies, 854 milliards de dollars ont été illégalement transférés d’Afrique vers le monde développé (cf. carte 1).

Ces transferts, qui pourraient même atteindre 1800 milliards de dollars, selon certaines estimations, auraient pourtant pu contribuer à l’enrichissement de l’économie du continent africain et en faire une plate-forme dynamique et concurrentielle, à l’instar de l’Asie. Au lieu de cela, l’Afrique continue d’être connue pour sa mauvaise gestion.
Selon le rapport, l’argent qui sort illégalement d’Afrique ne provient que pour une infime partie de la corruption (3
%). Les revenus criminels issus du trafic de drogue, de la contrefaçon et du racket représentent environ 30 à 35% du total. La majorité des détournements (60 à 65%) émane de revenus de l’économie formelle. En d’autres termes, par des malversations comptables qui consistent avant tout à surestimer la valeur des importations et à sous-estimer celle des exportations, des capitaux échappent aux économies africaines et sont placés dans des banques ou dans les économies européennes ou américaines.

2. Dette publique africaine brute en 2009

Cumulés sur les quarante dernières années, ces flux financiers illicites auraient pu servir à rembourser la dette extérieure de l’Afrique, évaluée fin 2008 à 250 milliards de dollars (cf. carte 2), à financer la lutte contre la pauvreté et à encourager le développement économique du continent pour un montant de 600 milliards de dollars. Les principales victimes de ce rapt généralisé sont donc les Africains. Le rapport cite le gouverneur de la Banque centrale du Kenya, Mr Ndung’u, qui déclarait en 2007 : « Les coûts de cette hémorragie financière ont été significatifs pour les pays africains dans leur ensemble. À court terme, des fuites de capitaux massives et le drainage de l’épargne nationale ont sapé la croissance en étouffant la formation du capital privé. À moyen et long terme, les investissements publics ont été retardés à cause du ralentissement de la formation du capital et la baisse des recettes fiscales. »
Sans grande surprise, les pays exportateurs de pétrole sont les principaux acteurs de ce trafic. De 1970 à 2008, près de 355 milliards de dollars se sont évaporés des pays pétroliers d’Afrique, avant tout du Nigeria et d’Angola, contre « seulement » 80 milliards pour les pays ne disposant pas d’une telle ressource. Le phénomène s’est d’ailleurs accru avec la hausse des prix du brut à partir de la décennie 2000.
Les principaux pays concernés se situent en Afrique centrale et de l’Ouest, régions qui représentent presque 50
% du total de la fuite des capitaux. L’Afrique du Nord contribue à 25% de l’argent sale qui s’écoule du continent. Les économies de ces États sont aussi celles qui ont connu la hausse la plus importante de leur PIB durant ces quatre dernières décennies, et ce, essentiellement grâce à l’or noir, multipliant par là même les transferts illégaux de capitaux qui restent difficilement contrôlables. Au contraire, les régions des Grands Lacs et de la Corne de l’Afrique ne concourent qu’à 5 ou 10% du total. En tête du classement des États « fraudeurs » établi par le rapport trône le Nigeria, pays instable mais aussi l’un des plus riches en hydrocarbures, suivi de l’Angola, de la Côte d’Ivoire, de la République démocratique du Congo et du Cameroun. Ces pays, souvent fragiles politiquement, en guerre ou aux régimes autoritaires, atteignent des sommets dans l’économie parallèle. Pourtant, même l’Afrique du Sud, aujourd’hui démocratique et première économie subsaharienne, est à la sixième place de la liste des pays concernés ayant le plus illégalement transféré des capitaux vers l’étranger. Reste que le problème de l’évaluation de ces flux financiers illicites, comme le souligne le rapport, est l’inégal accès à des données de bonne qualité dans bon nombre d’États africains ; ce qui conduit à sous-estimer les flux dans la région des Grands Lacs et de la Corne de l’Afrique et sans doute à surestimer le poids de l’Afrique de l’Ouest dans ces flux.
L’Afrique n’est toutefois pas la seule responsable de ces maux. Les pays occidentaux ont tendance à fermer les yeux sur ces transferts financiers illégaux car ils restent les premiers à en bénéficier. L’argent sale qui s’enfuit d’un côté a trouvé un hôte de choix pour se recycler dans la plus grande opacité, celle du système financier mondial.

Article extrait de CARTO n° 3, 

 

 

Texte de Sébastien Boussois (décembre 2010)
Cartes de Laura Margueritte

CARTO

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