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S’écarter de ce qui ne nous regarde pas

23 juillet 2015

S’écarter de ce qui ne nous regarde pas

Abou Hourayra (rad) rapporte que le Messager de Dieu (saws) a dit : « Fait partie du bel islam de quelqu’un le fait d’éviter ce qui ne le regarde pas »

Hadith jugé « bon » (hasan) rapporté par at-Tirmidhi et autres.

Commentaire :

Ce hadith constitue l’un des plus importants fondements de l’éducation et de la bienséance. Abou Mohamed ibn Abi Zeyd al-Qayrawani (m 386H), la référence malikite de son époque, dit : « L’essentiel des bienséances et du bon comportement découle de quatre hadiths : « Que celui qui croit en Dieu et au Jour Dernier ne dise que du bien ou se taise », « Fait partie du bel islam de quelqu’un le fait d’éviter ce qui ne le regarde pas », la parole qu’a dite le Prophète (saws) à l’homme venu lui demander conseil « Ne te mets pas en colère » et le hadith stipulant que « le croyant aime pour son frère ce qu’il aime pour lui-même » »[1].

Le hadith signifie que le fait de délaisser ce qui ne nous regarde pas parmi les paroles et les actions, et de se contenter des paroles et des actions qui nous concernent fait partie du bel islam de la personne.

« Délaisser ce qui ne le regarde pas » est dans le sens de délaisser ce qui ne le regarde pas selon les prescriptions de l’islam, et non pas de délaisser ce qui ne le regarde pas par pure passion, parce que son égo n’y trouve pas son compte.

Dans la plupart des cas, l’expression « délaisser ce qui ne le regarde pas » correspond au fait de préserver sa langue de tout propos inutile. C’est dans ce sens que Dieu dit : « Nous avons effectivement créé l’homme et Nous savons ce que son âme lui suggère et Nous sommes plus près de lui que sa veine jugulaire quand les deux scribes, à sa droite et à sa gauche, recueillent. Il ne prononce pas une parole sans avoir auprès de lui un observateur prêt à l’inscrire » (Qaf : 16 – 18)

L’un des spiritualistes disait : « Si tu parles, souviens-toi que Dieu t’écoute, et si tu te tais, souviens-toi qu’Il t’observe »

Le Prophète (saws) dit : « Fait partie du bel islam de quelqu’un le fait de parler peu de ce qui ne le regarde pas »[2]

Ibn Mas’oud (rad) dit : « Un homme vint voir le Prophète (saws) et lui dit : « Ô Messager de Dieu ! Je suis écouté de mon peuple, que dois-je leur commander ? » Il dit : « Ordonne-leur de répandre le salut « salam » et de parler peu sauf à propos de ce qui les regarde »[3]

Ibn Hibban rapporte d’après Abou Dhar (rad) que le Prophète (saws) dit : « Il y avait dans les feuillets d’Ibrahim (saws) : Le doué de raison tant qu’il jouit de sa raison doit se réserver des moments : un moment pour invoquer Dieu, un moment pour faire son examen de conscience, un moment pour méditer la création de Dieu, un moment pour subvenir à ses besoins tels que la nourriture et la boisson. Le doué de raison ne doit pas monter en selle que pour trois choses : s’approvisionner pour l’au-delà, assurer sa subsistance ou assouvir une passion licite. Le clairvoyant doit être avisé de son époque, attentif à ses affaires, préservant sa langue, et quiconque compte sa parole du nombre de ses actions, parlera peu sauf à propos de ce qui le regarde ».

‘Omar ibn ‘Abd al-‘Aziz (m 101H) dit : « Quiconque compte sa parole du nombre de ses actions, parlera peu sauf à propos de ce qui le regarde »[4]. En effet, beaucoup de gens ne comptent pas leurs paroles comme faisant partie de leurs actions et cela les pousse à parler sans en mesurer les conséquences. Ne réalisant pas ce sens, Mou’adh ibn Jabal (rad) interrogea le Prophète (saws) en ces termes : « Serions-nous vraiment punis pour nos paroles ? » Le Prophète (saws) lui dit alors : « Puisse ta mère te perdre Ô Mou’adh[5] ! Y a-t-il autre chose qui précipite les gens en Enfer si ce n’est la récolte de ce qu’ont dit leurs langues ?! »[6]

Par ailleurs, Dieu affirme qu’il n’y a pas de bon dans la plupart des discussions des gens : « Il n’y a rien de bon dans la plus grande partie de leurs conversations secrètes, sauf si l’un d’eux ordonne une charité, une bonne action, ou une conciliation entre les gens » (les femmes : 114). C’est pour cette raison que le Prophète (saws) dit : « Tout ce que dit l’enfant d’Adam est contre lui et non pas pour lui à l’exception du commandement du bien, l’interdiction de mal et l’invocation de Dieu »[7]

At-Tirmidhi rapporte d’après Anas (rad) qu’un homme parmi les compagnons décéda. Un homme dit alors : « Réjouis-toi du Paradis ». Le Messager de Dieu (saws) dit alors : « Et qu’en sais-tu, peut-être a-t-il parlé de ce qui ne le regarde pas, ou a-t-il fait preuve d’avarice en ne donnant pas ce qui ne l’enrichit pas ». Dans une autre version, cet homme est mort martyre.

D’après Abou Hourayra (rad), le Prophète (saws) dit : « Ceux qui auront le plus de péchés sont ceux qui parlent le plus de ce qui ne les regarde pas »[8]

‘Amr ibn Qays al-Mila-i (m 146H) dit : « Un homme passa par Loqman alors que les gens étaient autour de lui. Il lui dit : « N’es-tu pas l’esclave des Banou untel ? » Il dit : « Oui » Il dit : « Tu étais le berger qui faisait pâturer ses bêtes près de tel et tel mont ? » Il dit : « Oui » Il dit : « Qu’est ce qui t’a fait atteindre ce que je vois ? » Il dit : « La véracité dans la parole et une longue abstinence de ce qui ne me regarde pas » »[9]

Wahb ibn Mounabbih (m 114H) dit : « Il y avait deux hommes parmi les enfants d’Israël, ils adorèrent tellement Dieu qu’ils finirent par marcher sur l’eau. Pendant qu’ils marchaient sur l’eau, ils aperçurent un homme marcher dans les airs. Ils lui dirent : « Ô serviteur de Dieu ! Par quoi as-tu atteint ce niveau ? » Il dit : « En me contentant du peu de ce bas-monde, en sevrant mon âme des passions, en abstenant ma langue de ce qui ne me regarde pas, en me détournant de ce à quoi ce bas-monde m’appelle et en observant le silence. Ainsi, lorsque je jure pour que Dieu m’exauce, Il satisfait mon serment, et Si je Lui demande quoi que ce soit, Il me l’accorde »[10]

Des hommes rendirent visite à un compagnon alors que celui-ci était malade. Son visage était resplendissant malgré la maladie. Ils lui demandèrent la raison pour la quelle son visage était aussi resplendissant. Il dit : « En ce qui me concerne, il n’y a pas d’actions plus sures que ces deux qualités : Je ne parlais jamais de ce qui ne me regardait pas, et mon cœur était pur et sain à l’égard de tous les musulmans »[11]

Mouwarriq al-‘Ajli[12] dit : « je suis à la quête d’une chose depuis telle et telle année sans y parvenir, mais je n’abandonnerais jamais pour autant sa quête » Ils dirent : « De quoi s’agit-il ? » Il dit : « M’abstenir de ce qui ne me regarde pas » »[13]

Mohamed ibn Ka’b (rad) dit : « Le Messager dit un jour : « Le premier qui se présentera à vous est un homme parmi les gens du Paradis » C’est alors que ‘Abdoullah ibn Salam (rad) entra. Les gens se levèrent vers lui. Ils l’informèrent et lui demandèrent : Dis-nous quelle est pour toi ton action la plus ferme ? » Il dit : « Mes actions son faibles, mais l’action la plus ferme qui est la raison de mon espérance est le fait d’avoir un cœur sain et mon abstinence de ce qui ne me regarde pas »[14]

Al-Hassan[15] dit : « Le signe indiquant que Dieu s’est détourné de son serviteur, c’est le fait qu’Il fasse en sorte que ce dernier ne s’intéresse qu’à ce qui ne le regarde pas ». Quant à Sahl ibn ‘Abdillah at-Toustouri (m 283H), il dit : « Quiconque parle de ce qui ne le regarde pas sera privé de la véracité ». Ma’rouf (230H) dit : « Lorsque l’homme parle de ce qui ne le regarde pas, cela est un signe indiquant que Dieu l’a abandonné »[16]

– Ce hadith indique que le fait que l’homme délaisse ce qui ne le regarde pas fait partie de son bel islam. Ainsi, s’il délaisse ce qui ne le regarde pas et ne fait que ce qui le regarde, il aura, par la même, parfait son islam. Plusieurs hadiths évoquent le mérite de celui qui a parfait son islam à savoir, la multiplication de ses récompenses « hasanat » et l’absolution de ses péchés. Manifestement, la multiplication des « hasanat » est en fonction de la perfection de l’islam de l’individu. En effet, Mouslim rapporte d’après Abou Hourayra (rad) que le Prophète (saws) dit : « Lorsque l’un de vous parfait son islam, chaque bonne action qu’il accomplit sera inscrite multipliée par dix jusqu’à sept cent fois, et chaque péché qu’il commet sera inscrit à valeur égale jusqu’à ce qu’il rencontre Dieu, Exalté soit-Il ». Ainsi, la multiplication de la bonne action par dix est une chose acquise, mais au-delà, cela est en fonction de l’excellence de l’islam.

An-Nasa-y rapporte d’après Abou Sa’id al-Khoudri (rad) que le Prophète (saws) dit : « Lorsque l’homme se convertit à l’islam puis parfait son islam, Dieu lui inscrit toute bonne action accomplie auparavant, et toute mauvaise action sera absoute. Intervient ensuite, l’échange ; la bonne action sera récompensée de dix à sept cent fois sa valeur, et la mauvaise action par une mauvaise action identique sauf si Dieu la pardonne ».

Ce hadith indique que lorsque la personne se convertit à l’islam, elle sera récompensée pour toutes les bonnes actions qu’elle aura accompli avant sa conversion et toutes ses mauvaises actions seront absoutes à condition de parfaire son islam. Mouslim rapporte que Hakim ibn Houzam (rad) a dit : « J’ai dit au Messager de Dieu (saws) !  Vois-tu toutes les choses que je faisais avant l’islam telles que l’aumône, l’affranchissement ou l’entretien des liens de parenté, y a-t-il en ceci un récompense (divine) ? » Le Messager de Dieu (saws) dit alors : « Tu t’es convertit en conservant tout le bien que tu as fait auparavant ». Il dit : Je dis : « Par Dieu, je ne laisserais rien de ce que je faisais avant l’islam sans le faire pendant l’islam ». A l’instar du hadith précédent, ce hadith prouve que les bonnes actions de l’incroyant seront récompensées si celui-ci se convertit à l’islam.

Certains disent que les mauvaises actions commises avant l’islam seront transformées en bonnes actions pour lesquelles il sera récompensé et ce, conformément au verset : « … sauf celui qui se repent, croit et accomplit une bonne œuvre ; ceux-là Dieu changera leurs mauvaises actions en bonnes, et Dieu est Pardonneur et Miséricordieux » (le discernement : 70)

Les exégètes « moufassiroun » divergent quant à la signification de ce changement selon deux avis :

Le premier : Ce changement se produit dans ce bas-monde, dans le sens où Dieu a changé la situation de celui qui s’est converti de l’incroyance et de la désobéissance vers la croyance et l’accomplissement des bonnes œuvres. Ceci est l’avis d’Ibn ‘Abbas, ‘Ata, Qatada, ‘Ikrima et al-Hassan.

Le deuxième : Le changement se produit dans l’au-delà : chaque mauvaise action sera changée par une bonne action. Ceci est l’avis de Mak-houl, Ibn al-Mousayyab, ‘Ali ibn al-Housseïn et ‘Amr ibn Maymoun[17].

Moncef Zenati

[1] – Rapporté par l’imam ‘Amr ibn as-Salah d’après « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/288

[2] – rapporté par Ahmed

[3] – rapporté par al-Khara-iti

[4] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/291

[5] – une expression utilisée par les arabes à ne pas prendre au premier degré

[6] – rapporté par at-Tirmidhi (hadith nawawi n° 29)

[7] – rapporté par at-Tirmidhi

[8] – rapporté par as-Souyouti

[9] – jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/293

[10] – jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/293 – 294

[11] – jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/294

[12] – un tabi’ i

[13] – rapporté par ibn Abi ad-Dounya

[14] – jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/294

[15] – Il s’agit d’Al-Hassan al-Basri m 110H

[16] – jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/294 – 295

[17] – jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/297

 

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