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Les poches pleines des salaires payés par le Qatar, le Hamas se renforce

29 septembre 2016

Les poches pleines des salaires payés par le Qatar, le Hamas se renforce

Alors qu’Israël facilite le passage des financements longtemps attendus à Gaza, les perspectives de guerre reculent… et le groupe islamiste terroriste se rassemble pour devancer l’AP aux élections

 

RAMALLAH – Il est difficile de prédire à ce point si la décision d’Israël d’autoriser le Qatar à payer les salaires des fonctionnaires du Hamas à Gaza n’est valide que pour juillet, ou si Doha, avec l’assentiment d’Israël, continuera à les payer pour les deux prochains mois.   INSCRIPTION GRATUITE!

Officiellement, Israël refuse de commenter la mesure ou de rendre publique toute information à ce propos, même si le gouvernement devrait être totalement transparent, particulièrement après ce changement de politique spectaculaire.

Le gouvernement s’était vigoureusement opposé à ce que le Qatar paie les salaires des fonctionnaires du Hamas à l’été 2014, à la veille d’une guerre de 50 jours contre le Hamas dans la bande de Gaza.

Avigdor Liberman, qui était à l’époque ministre des Affaires étrangères, avait menacé d’expulser Robert Serry, l’envoyé de l’ONU au Moyen Orient, pour avoir essayé de mettre en place le paiement des salaires, et Israël avait rejeté une proposition pour un cessez-le-feu parce qu’il aurait permis de payer les fonctionnaires. Comment est-il possible qu’Israël accepte à présent la même mesure ?

Est-il concevable que Liberman, qui avait promis il y a deux mois de tuer Ismail Haniyeh, le plus haut responsable du Hamas à Gaza, si les corps des soldats Oron Shaul et Hadar Goldin, morts au combat, n’étaient pas restitués à Israël, accepte que 40 000 fonctionnaires du Hamas, dont Haniyeh, reçoivent leur salaire de juillet grâce au gouvernement israélien, même si le Hamas continue à retenir les corps ?

Une chose doit être dite ici : si la mesure israélo-qatarie entre vraiment en vigueur et persiste dans le futur, elle pourrait empêcher la prochaine guerre à Gaza.

Il y a un énorme fossé entre un Hamas qui peut payer les salaires complets de ses employés, et un groupe qui essaie tous les mois d’économiser sur presque tout pour tenter de maintenir la frustration de Gaza. Et il y a des frustrations ici, même après le récent geste « spectaculaire » de la Turquie qui a vu l’entrée de plusieurs camions transportant de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza.

Les employés de l’administration du Hamas ont du mal à gagner leur vie, et la pression sur la direction du Hamas pour changer le statu quo n’a pas faibli depuis un moment.

Si les salaires de ses fonctionnaires sont payés, la direction du Hamas sera (au moins temporairement) sous pression pour éviter de créer une escalade contre Israël, ou tout autre geste qui pourrait interférer avec les paiements.

Même les plus hauts niveaux de la banche militaire du Hamas, dirigée par Yahya Sinwar et Muhammed Deif, seront en difficulté pour expliquer pourquoi une escalade contre Israël est nécessaire précisément quand les salaires sont payés et que les gens ont plus de nourriture à la maison.

En plus du développement des salaires, il y a deux autres considérations qui pourraient reporter la prochaine guerre à Gaza.

Elections locales, puis générales

D’abord, les élections pour le plus haut niveau du Hamas, le conseil Shura, et pour la branche politique ont déjà commencé. En théorie du moins, les dirigeants du Hamas ont besoin d’un certain niveau de calme pendant que cette sorte de campagne électorale se déroule.

(Bien sûr, un processus opposé pourrait également se produire : quelqu’un du plus haut niveau de la branche militaire qui veut se promouvoir dans les élections pour la branche politique, disons Sinwar ou Marwan Issa, pourrait être tenté de penser que l’escalade contre Israël sur le terrain pourrait en fait le servir, lui et ses associés, dans les élections internes du Hamas.)

La deuxième considération, plus importante, est l’imminence probable des élections palestiniennes locales. S’il n’y a pas de changement, les élections en Cisjordanie et à Gaza, avec la participation des deux mouvements rivaux du Fatah et du Hamas, auront lieu en octobre prochain, pour la première fois depuis la révolution dans la bande de Gaza en juin 2007. Chaque mouvement supervisera sa propre zone : le Hamas à Gaza et le Fatah en Cisjordanie.

Le Hamas, qui jouit d’une popularité inhabituelle en Cisjordanie et reste bien soutenu à Gaza, a décidé de participer aux élections, et de peser pour assurer la victoire dans différents conseils locaux. Une guerre contre Israël perturberait probablement ce geste, peut-être au point où le Hamas perdrait. Il est très peu probable que le Hamas prenne ce genre de pari maintenant.

Selon les évaluations et les sondages côté palestinien, les élections locales reflèteront une hausse de la force du Hamas. En d’autres termes, il y a une chance plus que probable que le Fatah perde. La question est donc de savoir pourquoi l’Autorité palestinienne (AP) et le Fatah acceptent la participation du Hamas.

 « Le Fatah et l’Autorité palestinienne sous estime le Hamas et ne comprennent pas l’atmosphère à Gaza », a déclaré Khalil Shikaki, dirigeant du Centre palestinien pour les études politiques, et important sondeur palestinien.

« L’évaluation erronée a été que le Hamas ne voudrait pas participer aux élections locales », a déclaré Shikaki au Times of Israël pendant une interview. « Les responsables de l’AP et du Fatah pensaient que cela serait comme en 2012, que le Hamas ne participerait pas aux élections locales en Cisjordanie et ne voudrait pas d’élections à Gaza. »

« Il n’y a pas eu de discussions sérieuses sur ce qui arriverait si le Hamas se comportait différemment de son habitude. Il y a ensuite eu la déclaration du Premier ministre Hamdallah et du ministre des Affaires locales, que le temps était venu d’organiser des élections, et l’AP a déclaré qu’elle les voulait, puis le Hamas a dit, de manière surprenante, qu’il était prêt à organiser des élections aux deux endroits, en Cisjordanie et à Gaza. Le Hamas et d’autres groupes de Gaza voulaient briser l’isolement politique dans lequel ils se trouvent. »

Les élections locales mèneront ensuite à une pression pour des élections générales, a prédit Shikaki.

« Si les élections ont vraiment lieu et se déroulent avec succès, il y aura beaucoup de pression sur le Hamas et le Fatah pour l’organisation d’élections générales, pour le parlement et la présidence. C’est un élément, a-t-il déclaré. Le deuxième élément, qui est encore plus important, est que le Hamas gagnera une nouvelle légitimité en tant qu’acteur politique en Cisjordanie. Et cela n’a pas été le cas depuis juin 2007. Il sera à nouveau un acteur politique officiel et accepté. »

« Troisièmement, et à nouveau, c’est aussi un sujet extrêmement important, le simple fait que les élections soient organisées en Cisjordanie et à Gaza dans la situation actuelle signifie que le régime du Hamas à Gaza est légitime, à tous égards, a déclaré Shikaki. Ces conséquences sont inévitables, importantes, et spectaculaires. »

Shikaki, dont le dernier sondage a montré qu’environ deux tiers des Palestiniens voudraient que le président de l’AP, Mahmoud Abbas, démissionne, n’est pas optimiste sur les chances du Fatah dans les élections locales.

« Le Hamas sera méthodique et agressif dans la bande de Gaza, a-t-il dit. Il y a au total 25 conseils locaux là-bas, et après la rupture avec le Fatah, le Hamas devrait obtenir des succès plus importants. Peut-être pas une victoire écrasante dans tous les conseils locaux, mais certainement dans la plupart d’entre eux. »

 

 « Il y a plus de 500 conseils locaux en Cisjordanie, a-t-il continué. Le Fatah est divisé ici aussi, mais l’histoire est un peu différente. [Le vice dirigeant politique du Hamas] Mousa Abu Marzouk a déjà annoncé que le Hamas ne participerait pas officiellement aux élections locales en Cisjordanie. »

En d’autres termes, aucun candidat n’appartenant clairement pas au Hamas ne concourra sous la bannière de l’organisation.

« Ceci nous dit qu’un grand nombre de candidats indépendants recevront le soutien du Hamas, a déclaré Shikaki. J’ai estimé, et je n’ai pas mené de sondage à ce sujet, que le Fatah gagnera dans beaucoup de zones rurales. Il peut gagner dans les grandes villes du nord de la Cisjordanie, comme Tulkarem, Jénine et Qalqilya. Les candidats indépendants qui recevront le soutien du Hamas ont de bonnes chances à Naplouse et dans les villes du sud, étant donné le mécontentement de l’AP des habitants. »

« Au total, mon estimation est que le Hamas et les candidats indépendants ont de meilleures chances de battre le Fatah dans les grandes villes », a-t-il conclu.

Pourquoi la population israélienne devrait-elle s’intéresser aux élections locales qui pourraient être tenues dans les territoires ? La réponse est simple : les élections fourniront une indication plutôt claire de ce qui peut être attendu dans les élections générales. Alors qu’une guerre à Gaza pourrait ne pas être imminente, le Hamas ne devrait que se renforcer. Et la population israélienne a catégoriquement besoin de s’inquiéter de cela.

AVI ISSACHAROFF 1 août 2016

 

 

Avi IssacharoffAvi Issacharoff est notre spécialiste du Moyen-Orient. Il remplit le même rôle pour Walla, le portail leader d'infos en Israël.

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