le collectif des musulmans citoyens français

Islam et radicalisation : ne plus se tromper d'analyse

25 septembre 2016

Islam et radicalisation : ne plus se tromper d'analyse

Au lendemain des attentats à Bruxelles, il n'aura pas fallu attendre longtemps pour voir poindre les premières expressions publiques désignant la communauté musulmane comme ayant d'une manière ou d'une autre un lien ou une responsabilité avec le terrorisme de Daesh. 

Ce spectre, et il faut s'en inquiéter, ne cesse de s'élargir. Il va désormais de la fachosphère très active sur les réseaux sociaux avec le lancement de hashtags comme #Stoplislam, à des tweets d'hommes politiques qui n'hésitent pas à surfer sur les peurs et les colères populaires.

Certains articles de presse n'hésitent plus également à instrumentaliser des amalgames douteux en établissant un lien entre la visibilité religieuse de certains musulmans et l'engagement terroriste.

Plus problématiques sont les prises de position du Premier ministre Manuel Valls.

Mercredi 23 mars sur les ondes de Europe 1, Valls s'en est pris ouvertement et fermement à ce qu'il nomme l'islamisme radical qu'il identifie au salafisme, sans plus de précision, avant d'appeler les musulmans à «faire la démonstration que l'islam est compatible avec la démocratie».

Cette ambiguïté dans l'usage de termes polysémiques, outre le fait qu'elle apporte davantage de confusion que de clarté au débat, est aussi encline à favoriser des amalgames dangereux et à jeter la suspicion sur des millions de civils de confession musulmane qui, faut-il le rappeler, enterrent leurs morts eux-aussi et sont doublement victimes du terrorisme qui est, et demeure par nature, aveugle.

Le profil des terroristes impliqués dans les attentats de Paris ou Bruxelles est bien plus complexe que ce qu'on peut en dire parfois.

Des frères Kouachi à Amedy Coulibali en France aux frères El Bakraoui en Belgique, les personnes directement impliquées dans les attentats qui ont frappé les capitales européennes étaient issues du grand banditisme, des délinquants violents qui ont purgé pour certains des peines de prison de plusieurs années pour des faits de braquage et d'usage d'armes à feu.

Ces profils confirment le fait qu'en aucune manière nous n'avons affaire à des parcours de cheminement religieux.

Grand spécialiste de l'islamisme, Olivier Roy a souligné dans un entretien accordé à France tv info la particularité de ce profil : «La plupart de ces jeunes n’ont pas de culture familiale religieuse, ils n’ont jamais étudié l’islam, ils ne vont pas dans les mosquées. Ils ont des parcours classiques, l’alcool, la petite délinquance. En religion, ce sont des autodidactes formés sur internet. Aucun d’entre eux ne se réclame de l’islam de leurs parents. Ce sont des Born again : un mois avant de passer à l’action terroriste, ils commencent à prier, ils truffent leur discours de mots arabes fraîchement appris».

Ce vernis religieux que les terroristes s'appliquent est en fait plus précisément la reprise à leur compte d'une vulgate doctrinale et idéologique, autrement dit un discours de propagande, produit par Daesh qui est une organisation militaro-politique de nature terroriste, ce qui implique une fois de plus une grande distanciation avec l'islam, en tant que religion, et ses fidèles, les musulmans.

Vouloir établir une continuité naturelle entre l'islam, les musulmans et le terrorisme, insinuer une responsabilité à quelque niveau que ce soit des musulmans de France et d'Europe, ignorer les parcours de violence et de rupture psychologique d'individus en proie à plusieurs formes de violence, peuvent produire de nouvelles formes de violences psychologiques, alimenter toutes sortes d'amalgames, qui, loin de résoudre le problème terroriste, ne feront que l'accroître.

 

 

FOUAD BAHRI

PARIS

ZAMAN FRANCE

L’Islam contre l’Islam France-Arabie Saoudite l’heure de vérité