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France-Arabie Saoudite l’heure de vérité

25 septembre 2016

France-Arabie Saoudite l’heure de vérité

Sous la houlette dangereuse de son ministre de la défense, inexpérimenté et ambitieux, Mohammed bin Salman (MBS), 29 ans, l’Arabie est partie en guerre.

Guerre en Syrie d’abord où Riyad soutient financièrement, militairement et logistiquement l’Armée de l’Islam, créature de Bandar bin Sultan, ancien directeur des services secrets et conseiller à la sécurité nationale et proche allié des États-Unis. Si l’Armée de l’Islam n’est pas l’État islamique, elle revendique néanmoins la même idéologie sanguinaire d’un califat basé sur la charia et sur l’inscription territoriale, et ses chefs s’alignent souvent sur les consignes de l’EI. Après les attentats de Paris, la France peut-elle passer sous silence ce fait ? Évidemment non. La France doit réaffirmer clairement qu’il n’est pas admissible que l’Arabie Saoudite, principal soutien du terrorisme islamiste en Syrie, puisse ensuite se draper de vertu en bâtissant, vaille que vaille, une ligue anti-terroriste de 34 nations.

Guerre au Yémen ensuite, où follement, par haine du chiisme, une offensive brutale n’épargnant ni la population ni les écoles et les hôpitaux, s’enlise malgré un déluge de bombes et une débauche de moyens supplétifs. La France peut-elle laisser l’Arabie Saoudite s’embourber dans une guerre qui finit par la menacer elle-même sur son propre territoire ? Évidemment Non. La France doit désormais utiliser sa position aux Nations-Unies pour arrêter une guerre inutile et sanglante.

Ces deux guerres sont en train de déstabiliser le Proche-orient comme le reconnaît nettement le  rapport duBundesnachrichtendienst intitulé « Saudi Arabia: A Sunni Regional Power Torn Between a Paradigm Shift in Foreign Policy and Domestic Power Consolidation » : « La position diplomatique basée sur la prudence et la retenue des membres plus âgés de la famille royale saoudienne a été remplacée par une politique impulsive et interventionniste ».  Alors qu’attend Paris pour le dire nettement à Riyad ? La France serait parfaitement fondée à avertir l’Arabie Saoudite qu’en déstabilisant le Proche-orient et en jouant au pompier pyromane, elle se déstabilise elle-même: sa politique pétrolière la ruine, minant les classes pauvres du Royaume.

Pire : MBS (Mohammed ben Salman, le Ministre de la défense saoudien) menace l’équilibre politique même du Royaume en concentrant d’immenses pouvoirs sans partage : Prince héritier du Prince héritier (un titre inédit en Arabie Saoudite), ministre de la défense (sans vice-ministre contrairement aux usages établis), président du Council of Economic & Development Affairs, stratège pétrolier (via son frère, le PrinceAbdulazziz Bin Salman, n°2 du ministère de l’Énergie), il s’auto-proclame également le défenseur de l’anti-terrorisme,  déstabilisant ainsi l’ordre dynastique puisque le Prince héritier en titre, Mohammed bin Nayef, est en charge de cette mission en tant que président du Council of Political & Security Affairs. 

Le BND allemand a raison d’affirmer que la concentration de tant de pouvoirs sans partage « comporte le risque latent que dans le but d’essayer de s’établir lui-même dans  la ligne de succession durant la vie de son père, il peut s’attirer la colère d’autres membres de la famille royale et de la population avec des mesures ou des réformes coûteuses, et aussi tendre les relations avec les pays amis et alliés dans la région ».

Puisque M. Hollande se dit l’ami du pouvoir saoudien, pourquoi n’avertit-il pas ses amis saoudiens d’une déflagration en chaîne qui se prépare ? Pourquoi la France n’a-t-elle pas conseillé à l’Arabie saoudite de sortir des impasses des dossiers du nucléaire iranien et de la guerre civile syrienne dans laquelle elle s’est laissée fourvoyer par aveuglement, et elle avec ? La Russie, mais aussi Oman et les EAU, ont plus d’intelligence et de discernement sur ce dossier.

L’heure devéritéestégalementvenuesurleplantrèsstratégiqueducommerce,pilierdesrelationsentrelesdeuxnations.

Malgré les rodomontades de M. Valls qui annonçait 10 milliards de dollars de contrats signés, rien, à part la levée de l’embargo sur la viande, n’a été réellement acté. Les milieux des intermédiaires connectés au pouvoir politique français en portent certes la responsabilité, comme en témoigne la lettre de MBS à son homologue français, M. Le Drian, lettre où il rejette l’intervention et la médiation d’ODAS, l’ex-SOFRESA, dans toute vente d’armes. Cet avertissement avait été pourtant précédé de nombreux autres, notamment dans les entretiens bilétaraux en France et en Arabie saoudite.

Mais, en dépit de l’affairisme des milieux parisiens, affairisme qui a fait perdre tant de milliards à l’industrie nationale, Riyad n’a pas tenu ses promesses de faire de la France un de ses fournisseurs stratégiques : elle passe commande aux États-Unis de frégates lourdes de type LCS, de missiles de défense sol-air et d’hélicoptères navals, et prend même la liberté de discuter avec d’autres pays comme l’Espagne sur des projets pourtant réservés à la France…

Faisant miroiter désormais à la France de possibles contrats d’avions de combat Rafale ou de chars de combat Leclerc, elle oublie de respecter ses promesses antérieures sur :

– le projet d’équipement des forces libanaises (contrat dit DONAS de 3 milliards $ d’équipements et plateformes) ;

– le projet des 35 patrouilleurs rapides (pour 600m€);

– le projet de modenrisation de la défense sol-air (projet MBDA/Thales de 4 milliards $);

– le projet de satellites d’observation militaire (Thales.Astrium) ?

– le projet de frégates FREMM et de corvettes Gowind ?

– le projet de 14 avions de transport A400M ;

Et l’inventaire peut continuer…

Au bilan, la relation bilatérale n’aura rien apporté, ni sur le plan diplomatique ni sur le plan commercial. Le pouvoir socialiste qui a pris la lourde responsabilité de favoriser la folle diplomatie saoudienne régionale, n’en retirera rien d’autre que des promesses. Récoltant la terreur en France et aucun contrat en Arabie Saoudite, Paris aura ainsi gagné le déshonneur et la guerre. Oui, vraiment, l’heure des vérités dérangeantes entre la France et l’Arabie Saoudite a bel et bien sonné. Les victimes du 13 novembre sont là pour nous le rappeler.

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