le collectif des musulmans citoyens français

Vivre sans l’aide des Frères musulmans

03 mars 2016

Vivre sans l’aide des Frères musulmans

Un tiers de la population égyptienne vit sous le seuil de pauvreté, bénéficiant, en partie, de l’aide de la confrérie des Frères musulmans, désormais interdite. Ces populations se retrouvent livrées à elles-mêmes, contraintes de trouver une alternative.

Le visage caché sous son niqab, assise à même le trottoir sur un bout de carton, Salma vend des mouchoirs sur Talat Harb, une avenue très commerçante du centre du Caire. Son fils aîné, 14 ans, fait la plonge pour 20 pounds par jour (2€) dans un restaurant où il est nourri. Mais les deux autres sont en bas âge. Et Salma est seule depuis que son mari, un Frère musulman, a été emprisonné le mois dernier parce qu’il manifestait. « Avant, mon mari et moi, on avait les aides des Frères, une pension mensuelle de 250 pounds, de la nourriture, l’école et les soins quasi gratuits. Mais le gouvernement a interdit toutes les associations des Frères et nous prive de toutes ces aides ! »

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Depuis le coup d’Etat du 3 juillet contre l’ex-président « frériste » Mohammed Morsi, les autorités ont fiché la Confrérie « organisation terroriste » ; en novembre 2013, elles ont saisi les avoirs et gelé les comptes bancaires de 1055 associations caritatives leur appartenant, privant quelque dix millions d’Egyptiens d’une aide précieuse. Salma est désemparée : « J’ai un loyer de 300 pounds que je ne peux plus payer. Mes enfants ne vont plus à l’école. Et s’ils tombent malades, comment je vais faire ! » s’alarme-t-elle, me signifiant d’un geste de la main de partir. Car en me parlant, elle risque l’arrestation, voire la prison. Les membres de la confrérie, ou toute personne ayant des liens avec l’organisation, sont considérée comme des « terroristes », arrêtés et emprisonnés à tour de bras. Ils risquent gros s’ils expriment leur opinion en public. Qui plus est à un étranger qui peut subir le même sort pour le seul fait de leur parler !

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Ici, tout continue comme avant

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Al Edwa, le village natif de Morsi, à deux heures de voiture, du Caire est symptomatique de ce changement. Trois cars de police en barrent l’accès et questionnent toute personne s’y rendant. Là, quelque mille habitants, pauvres en majorité, vivent des aides de la confrérie. « Officiellement, elle est interdite, mais ici, tout continue comme avant, » chuchote un commerçant qui ordonne à des enfants venus s’attrouper de rentrer immédiatement chez eux. « Les riches donneront aux plus pauvres et rien ne changera. En tous cas ici. En ville, c’est plus difficile. Maintenant partez, c’est dangereux et je ne veux pas me faire arrêter« . Je ne pourrai rencontrer aucune femme, aucune famille. Pour cela, mieux vaut se noyer dans la masse et l’anonymat des grandes villes.

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Hier encore, cet agriculteur d’Al Edwa bénéficiait de l’aide de la confrérie.

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C’est chez elle, en banlieue du Caire, que j’ai rencontré Oum Ahmad, 62 ans, veuve et mère de 7 enfants. Désespérée parce qu’elle a dû reprendre son petit-fils orphelin de sa couveuse à l’hôpital d’Al-Gameiya Al-Chareiya. « Je ne sais pas comment je vais me débrouiller. Des responsables de l’hôpital m’ont demandé de venir reprendre mon petit fils sur ordre du gouvernement. L’hôpital des forces armées veut 300 pounds par jour pour le bébé et un autre 500. Ici, c’était quasi gratuit. » Al-Gameiya Al-Chareiya est une association centenaire, la principale ONG gérée par la confrérie. A la tête d’un réseau d’un millier d’hôpitaux, écoles, mosquées, elle dit aider plus de 9 millions de pauvres grâce à ses filiales dans le pays.

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Une décision risquée

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Interdire le réseau caritatif des Frères est une décision risquée. Comme l’explique Gamal Eid, politologue et sociologue à l’Université du Caire : « Cette interdiction néglige le rôle essentiel de ces associations, qui ont toujours été présentes là où l’Etat était absent et défaillant. Il faudra que les autorités trouvent une alternative pour ces millions de pauvres. Et très vite ! » Parce qu’elles ne peuvent s’en passer, les autorités veulent assurer la continuité de ces associations en les plaçant sous contrôle. « Les biens de ces ONG seront gérés par l’Etat. Les hôpitaux et les centres médicaux passeront sous la tutelle du ministère de la Santé. Les associations caritatives et les écoles seront rattachées aux ministères des Affaires sociales et de l’Education. Rien ne changera pour les pauvres qui en bénéficiaient« , veut rassurer Al-Boraei, ministre de la Solidarité sociale.

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Quelle alternative?

Au siège de Resala au Caire, la plus importante ONG égyptienne avec Orman et Misr Elkhair, Chaimma, 24 ans, accueille les nouvelles familles. « Cette décision va nous impacter, ainsi que les autres associations qui doivent prendre le relais. Je reçois chaque mois, rien que dans ce bureau sur le millier que nous avons dans le pays, plus de 180 familles« . Pour leur venir en aide, Resala lève des fonds via des publicités à outrance. « Les gens se mobilisent et nous avons eu 150 nouveaux donateurs rien qu’en janvier. Les pauvres viennent avant tout nous solliciter pour les soins médicaux et les cérémonies de mariage. D’autres associations sont plus orientées vers l’aide alimentaire ou la scolarisation. Les familles nécessiteuses sont de toutes façons aidées par plusieurs organismes« .

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Resala, comme ses consœurs, envoie régulièrement des équipes sur le terrain identifier les familles en besoin qui n’oseraient venir car elles dépendaient des Frères. « Elles ont peur de demander, car tout lien à la confrérie est passible de prison. Nous leur expliquons que nous sommes là pour les aider, et non pour les dénoncer. Mais il y a de la méfiance et elles préfèrent  trouver d’autres moyens« . C’est par exemple le cas d’Amira. « Je ne veux pas de l’aide de ces associations. Chez les Frères, il y a toujours eu de l’entraide. L’aide est toujours là, grâce aux femmes de la confrérie, les sœurs, qui aident avant tout les familles dont les maris ont été tués ou sont en prison. »

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Source : Par Pauline Garaude ( TV5 Monde) 

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