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Difficultés en orthographe faut-il s’inquiéter?

02 mars 2016

Difficultés en orthographe  faut-il s’inquiéter?

Alors que la ministre de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem, souhaite instaurer des dictées quotidiennes à l’école primaire,La Croix fait le point sur l’épineuse question de l’orthographe avec André Chervel et Anne-Marie Gaignard.

Le niveau d’orthographe a-t-il baissé? 

De plus en plus de parents et d’enseignants s’inquiètent du niveau en orthographe des élèves. Quels que soient l’âge et le degré de scolarité, le constat est alarmant: une majorité d’enfants et d’adolescents ont des lacunes en la matière, qu’il s’agisse d’orthographe ou d’accords grammaticaux.

« Danièle Manesse et moi-même avons comparé les résultats d’une dictée faite en 1873 et en 1987, raconte André Chervel, linguiste, et le niveau en orthographe avait nettement augmenté. Mais cette même dictée a été refaite en 2007 et là, les résultats étaient beaucoup plus mauvais. Les élèves de 5e d’alors avaient un niveau en orthographe comparable à celui des CM2 de 1989. »

Pourquoi le niveau baisse-t-il? 

« L’éducation nationale vit dans l’illusion que l’on peut continuer à enseigner l’orthographe française comme au XIX siècle, époque où cette matière était centrale, explique André Chervel. Mais depuis Jules Ferry, qui a voulu développer les autres disciplines, le niveau en orthographe n’a cessé de baisser, avec juste quelques parenthèses, comme les années 1920-1930. » 

La dégradation des compétences linguistiques s’explique donc par la diminution des heures d’enseignement consacrées à cette matière. Mais aussi par la complexité de la langue. « Au XVIIe siècle, celle-ci était tellement difficile à lire qu’il fallait passer par le latin, rappelle le grammairien. Les premières pressions en faveur d’une simplification sont venues, à l’époque, des étrangers qui apprenaient le français. »

Depuis, on compte dix réformes officielles, dont la dernière date de 1990. Voulue par Michel Rocard, celle-ci n’a modifié que « des broutilles », selon André Chervel qui précise qu’elle « n’a touché aucun des mots de la dictée de 1873. » Une 11e réforme s’impose donc aux yeux du linguiste qui préconise, notamment, une suppression des doubles consonnes lorsque cela ne change pas la prononciation, comme par exemple dans le verbe donner.

Comment aider les enfants en difficultés? 

Selon une récente étude menée pendant plusieurs années auprès de 130 enseignants de CP par le chercheur Roland Goigoux, la pratique de la dictée peut s’avérer bénéfique à raison de 15 minutes par semaine. La ministre de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem, juge également nécessaire le recours quotidien à cet exercice. Mais la formule ne convainc pas tous les spécialistes.

 À relire: Faut-il instaurer des dictées quotidiennes à l’école primaire?  

Pour Anne-Marie Gaignard, à l’origine d’une méthode ludique d’apprentissage de l’écriture, « les dictées, même préparées, ne servent à rien. Si on les refait dix jours plus tard, on ne constate, généralement, aucun progrès. » Radicale dans son analyse, celle dont l’institutrice disait qu’elle avait « la tête comme une passoire » a longtemps été considérée comme « nulle en orthographe » avant de comprendre qu’elle souffrait de dysorthographie causée par une méthode de lecture, dite « globale ».

« Les difficultés en orthographe ne viennent pas de l’enfant, qui serait dyslexique ou hyperactif, mais d’une inadéquation entre le mode de mémorisation de l’élève et la méthode utilisée pour l’apprentissage de la lecture, affirme Anne-Marie Gaignard. S’il a une mauvaise mémoire photographique, par exemple, il faut en tenir compte. Le problème, c’est que l’éducation nationale n’a pas les moyens de s’adapter au fonctionnement de chacun et cela peut faire des ravages. »

Pour canaliser sa colère, encore perceptible aujourd’hui, cette quinquagénaire a donc fondé il y a une dizaine d’années sa propre méthode qui « active les trois types de mémorisation: auditive, visuelle et kinesthésique ». Après le succès de ses livres (2), elle a même créé un centre de formation, « Plus jamais zéro », qui propose une aide aux enfants et aux adultes en délicatesse avec l’orthographe.

Pour cette ancienne secrétaire de direction, le rôle des parents confrontés à la difficulté de leurs enfants en orthographe n’est pas simple. « Je suis convaincue qu’ils ne peuvent pas faire grand-chose, déplore Anne-Marie Gaignard. À moins d’acheter des méthodes et de repartir à zéro. Les inciter à lire ne suffit pas non plus, poursuit-elle. Le lien entre la lecture et l’orthographe ne fonctionne que si l’enfant a une bonne mémoire photographique. »

  

Paula Pinto Gomes

La Dictée. Les Français et l’orthographe. 1873-1987, André Chervel et Danièle Manesse, Paris: INRP; Calmann-Lévy

 Orthographe: à qui la faute? Danièle Manesse, Danièle Cogis (dir.), avec une postface d’André Chervel, Paris, ESF, 2007

 (2) Hugo et les rois Être et Avoir, d’Anne-Marie Gaignard, Éditions Le Robert, 96 p., 15,90 €.

 (2) La revanche des Nuls en orthographe, Éditions Calmann-Levy

 

 

PATRYSSIA/FOTOLIA

Selon une récente étude menée pendant plusieurs années auprès de 130 enseignants de CP par le chercheur Roland Goigoux, la pratique de la dictée peut s’avérer bénéfique à raison de 15 minutes par semaine. 

LA CROIX 

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