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Le Royaume-Uni sort grandi de son refus de partir en guerre

14 septembre 2015

Le Royaume-Uni sort grandi de son refus de partir en guerre

Le Parlement britannique n’a pas affaibli le monde anglo-saxon, mais a réaffirmé les valeurs démocratiques qui font qu’il mérite d’être défendu. 

  Publié le 6 septembre 2013 dans  

CONTREPOINTS

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume-Uni.


 

Vous ne lirez pas ceci partout, mais voilà. Le rejet parlementaire d’une action militaire en Syrie est positif pour David Cameron et négatif pour Ed Miliband. Plus précisément, c’est positif pour notre réputation dans le monde.

Positif pour David Cameron ? Comment puis-je écrire une chose pareille ? N’a-t-il pas été « sapé », « mortellement affaibli », « reçu un coup en pleine face » et soumis à tout autre cliché journalistique ? Les journaux nous l’assurent ainsi. Durant 72 heures, ils ont titré sur le parti politique ayant « gagné cette journée ». Mais envisageons la possibilité que la majorité des gens soient moins intéressés par fouetter du Tory plutôt que de savoir si nous allons bombarder la Syrie.

Un journaliste, voyant le Premier Ministre reconnaître sa défaite lors d’un vote parlementaire, pense automatiquement « Demi-tour, humiliation ». Une autre personne est plus susceptible de penser « Cameron a écouté le pays, quel beau changement après Blair ». Quand Cameron s’est levé après le vote, je m’attendais à ce qu’il soit paralysé, dise qu’il a pris note de la grande variété d’opinions exprimées, ferait une déclaration en temps voulu et blablabla. Au lieu de cela, il a été un modèle de dignité : il a accepté de bonne grâce que le pays soit contre l’intervention et a promis d’honorer la décision du Parlement.

Personne ne pourrait appliquer le terme de « digne » au comportement révoltant d’Ed Miliband. Lors du débat, j’avais réprimandé une poignée de mes collègues conservateurs sur le ton de leurs attaques contre le chef de l’opposition. Lorsqu’on pèse une décision ayant des conséquences de vie et de mort, je postais sur Twitter qu’il n’y avait aucune raison d’argumenter sur un faible leadership. Je pensais que Miliband, quel que soit son avis, méritait d’être écouté avec respect.

Le problème, c’est qu’il n’en a rien fait. Je ne pense pas que quelqu’un ait la moindre idée de savoir s’il était pour ou contre les frappes aériennes. Je ne suis même pas sûr qu’il ait bien réfléchi à la question. Au lieu de cela, il avait deux buts. Tout d’abord, montrer qu’il n’était pas Tony Blair. Ensuite, critiquer les Tories. Si vous pensez que je suis partial, lisez ce résumé dévastateur de Dan Hodges. Ce dernier a été tellement dégoûté de l’opportunisme de Miliband qu’il a quitté le Labour Party.


Et à propos de la perspective générale – l’idée que la Grande-Bretagne se trouve affaiblie et déshonorée dans le monde entier ? Les dommages à l’alliance anglo-américaine ? L’humiliation de rester là et regarder les Américains y aller avec les Français, que John Kerry a salué hier comme étant « notre plus vieil allié » ?

Ces préoccupations sont fondées sur une vision vraiment étrange de cette relation spéciale – ou plutôt, le point de vue des extrémistes anti-américains. Il est supposé que l’alliance anglo-américaine se résume à une obligation inconditionnelle de la Grande-Bretagne de soutenir les actions militaires américaines. Vous entendez ceci au Venezuela ou en Iran. Je me le suis fait expliquer de façon assez obsessive par un journaliste de la télévision russe récemment. Mais aucun Anglais ou Américain ne pense ainsi.

Plusieurs Américains bellicistes et anglophiles ne veulent pas s’impliquer en Syrie. Par exemple, Donald Rumsfeld a toujours affirmé que cela rendrait les choses encore pire. John Bolton, un ami de longue date de la Grande-Bretagne, considère qu’il s’agirait d’un mauvais déploiement de ressources, et assure à Tim Stanley que la décision du Parlement ne fera aucun mal à l’alliance des puissances anglo-saxonnes.


Il est vrai que Barack Obama est probablement déçu. Franchement, il s’agit cependant de son propre problème. Pourquoi les armes chimiques sont-elle la « ligne à ne pas dépasser » dans une guerre qui a vu des prisonniers mutilés et exécutés, des civils délibérément ciblés, des informateurs décapités ? Parce que le 20 août dernier, le président Obama a répondu de façon confuse et non préparée à un journaliste :

Une ligne rouge, pour nous, c’est de voir plein d’armes chimiques se déplacer et être utilisées. Cela changerait mon calcul. Cela changerait mon équation.


Il suffit de les déplacer ? Et en déplacer juste une petite quantité plutôt que « plein » ? Devons-nous vraiment bombarder un pays, en dehors du cadre d’une intervention de l’ONU ou de la Ligue Arabe, en raison d’une ligne rouge griffonnée de façon si imprécise

Posez-vous la question. Dans la situation opposée, serions-nous soutenus par le président Obama ? Nous participons actuellement à deux grands conflits diplomatiques avec l’Espagne et l’Argentine. Dans le premier conflit, l’administration Obama est soigneusement neutre. Dans le deuxième, elle penche en faveur de l’Argentine. J’ai déjà affirmé qu’Obama est le président américain le moins pro-britannique depuis le XIXe siècle. Notre alliance avec les États-Unis est beaucoup plus grande que ce qui arrange en ce moment le Commandant en Chef.


Vous ne trouverez pas de plus grand partisan de l’alliance anglo-américaine que moi. La volonté des peuples anglo-saxons de combattre côte à côte est peut-être le plus grand atout de la liberté dans ce monde. Elle a vaincu les nazis. Elle a vaincu les Soviétiques. Elle a répandu la liberté sur chaque continent et archipel. Parfois, elle nous a demandé d’envoyer des soldats dans des contrées lointaines où nos intérêts immédiats étaient faibles, mais où l’intérêt plus large du monde anglo-saxon était en jeu. La guerre de Corée, par exemple, n’avait pas d’avantage pour les britanniques. Mais elle a convaincu les Soviétiques qu’ils faisaient face à un adversaire déterminé et uni. Une action militaire en Syrie ne fait pas partie de la même catégorie. Ni le Royaume-Uni, ni les États-Unis n’ont d’intérêt national dans cet ancien pays.

Quant à l’idée qu’il est négatif de rester à regarder alors que les Français s’engagent, la situation inverse de l’Irak, ce serait sûrement une division historique des tâches. L’Irak était un protectorat britannique, la Syrie était française. Mon argument principal est que parmi tous les pays du Proche et Moyen Orient, la Syrie est celui où nous avons le moins de responsabilités. Si nos amis français veulent s’impliquer, nous devrions leur souhaiter bonne chance. Je peux voir en quoi cela les concerne. Mais ceci ne nous concerne pas.


Est-ce que notre participation a renforcé la tendance anti-américaine de l’extrême-gauche britannique ? Non. Il est vrai que les mouvements pacifistes, qui détestent toute action militaire américaine par principe, sont opposés à celle-ci également. Mais ils représentent une minuscule fraction de l’électorat. Loin des deux tiers de personnes qui ne sont pas convaincus qu’il faille bombarder Assad.

Beaucoup plus de gens s’opposent à cette campagne particulière, tout en soutenant chaleureusement l’Alliance Atlantique. Je pense qu’un bon nombre d’entre nous pourrait être persuadé d’adopter une ligne plus dure dans la région si nos intérêts étaient menacés. Pour empêcher l’Iran d’acquérir la bombe nucléaire par exemple. En effet, il existe des circonstances où nous pourrions prendre des mesures contre le régime syrien. Si, par exemple, ce dernier faisait un acte de guerre contre notre allié de l’Otan, la Turquie.

Mais, dans l’état des choses, l’argumentation en faveur d’une intervention n’a pas été convaincante. Une majorité des Britanniques et une majorité des Américains s’y opposent. En parlant pour cette majorité, le Parlement n’affaiblit pas le monde anglo-saxon, mais réaffirme les valeurs démocratiques qui font qu’il mérite d’être défendu.


Sur le web. Traduction : Cthulhu/Contrepoints

 

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