le collectif des musulmans citoyens français

Israël une terre pour trois peuples

14 septembre 2015

Israël une terre pour trois peuples

Il y a en réalité deux peuples juifs qui s’opposent.

Publié le 16 août 2015 

CONTREPOINTS 

   

Par Guy Sorman

 

Trop longtemps, l’État d’Israël a été interprété comme un champ de querelles inextinguibles entre Juifs et Palestiniens. Mais les arrestations en cours d’intégristes juifs, soupçonnés par le gouvernement d’actes terroristes, révèlent une autre fracture au moins aussi douloureuse entre Juifs laïcs et Juifs messianiques. Entre les Juifs laïcs et les Palestiniens de l’OLP, un accord de paix serait possible, fondé sur un partage du territoire, des accords économiques et stratégiques. On sait que les Juifs messianiques s’y opposent et qu’ils se dressent plus encore contre les Juifs laïcs qu’ils considèrent être des apostats. Entre ces deux peuples juifs, toute discussion rationnelle est impossible : ils vivent sur une même terre, mais ils n’habitent pas la même planète mentale. Les Juifs laïcs espèrent la paix et la prospérité, tandis que les messianiques se préparent à la Fin des temps qu’ils estiment imminente. L’ardeur et la violence des colons messianiques n’est pas seulement territoriale car le « zèle » qui les habite n’est pas de ce monde.

Une division du peuple juif qui n’est pas récente : lorsque les Romains, en 70, s’emparèrent de Jérusalem contrôlés par les Zélotes, nombreux étaient les Juifs – l’historien Flavius Josèphe parmi eux -, qui vivaient loin du Temple, estimant que le Judaïsme était un message au monde et pas un lambeau de terre. De même, les sionistes modernes qui n’étaient pas et ne sont pas des mystiques, hésitèrent avant de choisir la Palestine : l’Argentine, l’Ouganda et Madagascar furent au dix-neuvième siècle considérés aussi comme des refuges possibles contre les persécutions antisémites. Rappelons que Theodor Herzl, le fondateur du sionisme, n’était pas religieux, David Ben Gourion était un socialiste athée et Benyamin Netanyahu n’est pas confit en dévotions. Aujourd’hui, les Juifs en diaspora, en particulier aux États-Unis, en France et en Argentine, n’éprouvent pas le besoin de partir pour Israël et ils sont aussi nombreux que les Israéliens. Le Judaïsme ne coïncide donc pas avec la terre d’Israël et ce n’est plus le cas depuis 2 500 ans, même si Israël reste central dans le fait juif, que ce soit par la foi ou par solidarité.

Face aux sionistes, et de plus en plus en opposition avec les Juifs de la diaspora, ces Juifs messianiques ont de lointaines racines, ces Zélotes qui préférèrent mourir plutôt que de céder le Temple aux Romains et les « Sicaires », ultimes résistants qui se suicidèrent dans la forteresse de Massada en 75, plutôt que de se rendre. Mais le messianisme contemporain tel qu’il se manifeste au présent en Israël est de création récente, issu pour l’essentiel des sectes yiddish de Brooklyn : ces intégristes juifs, qui vont et viennent entre New York et Jérusalem, partagent une exaltation et une attente communes avec les sectes protestantes évangéliques américaines qui les soutiennent. Ces Messianiques, peu nombreux à la naissance de l’État d’Israël, parce qu’ils le percevaient à juste titre comme athée, sont, depuis la réunification de Jérusalem en 1967, partis à sa conquête : leurs effectifs augmentent sans cesse par l’immigration, la colonisation et la surabondance de leurs enfants. On sait qu’Israël étant une démocratie, il est devenu impossible de gouverner sans l’acquiescement des partis religieux qui les représentent.


Sur place, on peut constater que les Messianiques se regroupent pour constituer leurs enclaves fortifiées qui deviennent distinctes de la géographie laïque. Les Laïcs habitent surtout la côte méditerranéenne, tandis que les Messianiques occupent les montagnes orientales et pénètrent toujours plus en territoire palestinien. Jérusalem, progressivement, passe sous le contrôle des Messianiques : les habitants de Tel Aviv hésitent à s’y rendre, tandis que les Messianiques ne vont plus à Tel Aviv, terre païenne selon eux. Cette division du pays devient perceptible, même pour les non-initiés : il suffit de voyager de la côte aux collines de Judée pour constater que le costume change, les tenues légères de la Méditerranée cédant progressivement à l’uniforme noir des Messianiques, aux bas de laine en toute saison imposés aux femmes et aux enfants qui n’ont guère le choix : Israël, à l’Est, est en voie de Talibanisation, les Yeshivas équivalant aux Madrassas coraniques.

Jusqu’à ces toutes dernières semaines, la solidarité entre tous les Israéliens, sinon tous les Juifs, surpassait cette fracture interne et tous les gouvernements maintenaient une façade de neutralité. Mais il est envisageable que cet assemblage fragile entre Laïcs et Messianiques soit désormais rompu, parce que le Messianisme engendre un terrorisme qui s’en prend aux Juifs laïcs autant qu’aux Palestiniens. Le gouvernement de Netanyahu, parce qu’il est de droite, intransigeant face aux monde arabe et à l’Iran, est évidemment le mieux placé pour dénoncer le terrorisme messianique et tenter, si faire se peut, de le contenir. Sur le modèle historique du Président égyptien Anouar El-Sadate à Jérusalem en 1978 ou de Richard Nixon en Chine en 1974, on pourrait imaginer que Netanyahu tende la main aux Palestiniens modérés afin que coexistent, sur cette terre, un Israël laïc et une Palestine laïque : les deux, ensemble, feraient front contre leurs extrémistes, fous d’Allah et fous de Yahveh. Cela apparaîtra comme un accord trop rationnel plaqué sur une terre fertile en mysticisme : ce serait en tout cas une solution, non prophétique, pour notre temps. Pour l’Au-Delà, on ne sait pas

 

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