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Pour en finir avec les faux parallèles à propos du Daech et du Hamas…

23 juillet 2015

Pour en finir avec les faux parallèles à propos du Daech et du Hamas…

Dans le torrent de louanges ayant suivi mon dernier article consacré à Éric Zemmour, une interrogation des plus pertinentes revient souvent sous le clavier de mes estimés lecteurs : quelle différence entres salafistes et Frères musulmans ? La réponse à une telle question mériterait évidemment plus ample développement, mais il n’est pas interdit de résumer.

Avant 1948, les Palestiniens, chrétiens, juifs ou musulmans vivaient en tranquille coexistence...

 

Nicolas Gauthier, Journaliste - écrivain

 

Nicolas Gauthier est auteur avec Philippe Randa des Acteurs de la comédie politique. 

 

Ainsi, pour aller au plus simple, on dira que le salafisme est une doctrine consistant à penser qu’il faut revenir à un islam « pur », celui des bédouins contemporains du Prophète en l’occurrence, et qu’il suffirait de vivre tel « qu’Il » vivait jadis pour revenir à l’âge d’or islamique ; ce qui est un peu compliqué à l’ère de la Wi-fi, on en conviendra. Le principal ennemi du salafisme, ce sont donc ces musulmans dont l’islam a muté au cours des siècles et des conquêtes, empruntant çà et là aux coutumes et cultures locales : en effet, quoi de commun, entre un musulman de Sarajevo, de New York, d’Islamabad, d’Alger ou de Tourcoing ? À peu près rien, hormis les cinq piliers de la foi islamique.

 

Le salafisme peut donc être tenu pour une sorte d’utopie, pas fatalement agressive d’ailleurs, comparable à celle de certains chrétiens de gauche de jadis qui entendaient revivre à la manière des premières communautés chrétiennes.

 

La problématique des Frères musulmans est tout autre. Pour le monde arabo-musulman du début du siècle dernier, il y eut tout d’abord le traumatisme de la chute du califat ottoman – déjà, il n’était plus arabe, contrairement aux deux précédents. Puis, celui de la colonisation européenne et l’émergence de régimes nationalistes et laïcs, tenus pour emprunts manifestes à cette même culture européenne ; soit une sorte de colonisation des esprits, après celle des territoires.

 

Nous voilà ici au cœur du logiciel de la confrérie fondée par l’Égyptien Hassan el-Banna, en 1928 : comment régénérer la sphère arabo-musulmane tout en intégrant le fait que, d’un point de vue technologique, scientifique, politique et philosophique, cette dernière a totalement décroché vis-à-vis de l’Occident ? Bref, comment articuler tradition et modernité ?

 

On voit donc qu’à l’origine, il s’agit de deux concepts radicalement différents ; le salafisme plus tourné vers le passé et les Frères musulmans plus occupés à préparer l’avenir. Si comparaison n’est évidemment pas raison, dans ce mot-valise qu’est l’« extrême droite », on retrouve les mêmes lignes de fracture, entre ceux voulant revenir à la France des rois soignant les écrouelles et ceux qui se projettent en une Europe supranationale, seule capable de relever les défis géopolitiques à venir.

 

Alors, bien sûr, il est toujours licite de prétendre que, vu de loin, il ne s’agit que d’histoires de « rastaquouères » ou de « fachos » ; il n’empêche que la réalité est toujours un peu plus complexe que les slogans et les propos de bar-tabac…

 

Pour ce qui est du Daech et du Hamas. Là encore, deux configurations n’ayant rien à voir l’une avec l’autre. Les premiers sont, pour aller court, des salafistes ayant à leur tour muté au cours de ces guérillas islamistes largement financées et téléguidées par l’infernal trio que forment USA, Qatar et Arabie saoudite, et qui entendent désormais se tailler un territoire à la hauteur de leurs fantasmes messianiques. Le tout agrémenté d’innombrables trafics (armes, drogues, pétrole, cigarettes et prises d’otages en tout genre) ; l’islamo-racaille, ça existe aussi : voyez nos « quartiers »… Les seconds n’ont finalement que de modestes revendications territoriales. Car avant 1948, les Palestiniens, chrétiens, juifs ou musulmans vivaient en tranquille coexistence. Depuis, submergés par une immigration massive autant qu’extra-orientale ayant changé leurs mœurs et coutumes, le chaos s’est installé.

 

Voilà aussi pourquoi le parallèle établi par certains entre Français de souche luttant contre l’immigration et Israéliens noyant Gaza sous les bombes, en considérant que tout cela participerait du même combat, est singulièrement spécieux. Car le seul véritable point commun entre Gaulois et Palestiniens serait plutôt de jouer à domicile.

 

Mais après tout, hormis les faits, indubitables, chacun est libre de ses opinions.

 

Nicolas Gauthier

« Printemps arabe », le poids des Frères musulmans Maîtriser l’information stratégique