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Les Frères Musulmans : qui sont ils ?

24 juillet 2015

Les Frères Musulmans : qui sont ils ?

Les Frères Musulmans sont souvent mal connus et certains les considèrent comme une menace. Pour comprendre pourquoi, il faut revenir sur l’histoire de cette confrérie. Alors, quelle est la pensée des Frères Musulmans et quels sont les enjeux géopolitiques actuels soulevés ?

Qui sont-ils ?     

 

Les Frères Musulmans est le nom donné au mouvement politico-religieux sunnite, créé en 1928 à Ismaïlia (Egypte) par l’instituteur Hassan Al-Banna peu après la chute de l’empire ottoman. C’est une organisation réformiste qui avait deux objectifs initiaux: l’opposition au protectorat britannique de l’époque (1914-1922) et la lutte contre l’influence occidentale (laïcité, modernisation…). Les autres idées phares étant la création d’un Etat musulman théocratique et islamique, le rétablissement du califat, le panislamisme et le panarabisme[1]. Pour être plus précis, et selon le site officiel en anglais des Frères Musulmans, les principes de la confrérie reposent sur deux piliers : l’instauration de la Charia pour le contrôle des affaires du pays et de la société, et l’unification des états islamiques et leur libération de l’impérialisme étranger. En effet, les Frères Musulmans sont des islamistes : ils sont issus des courants les plus radicaux de l’Islam qu’ils ne considèrent plus seulement comme une religion, mais comme une véritable idéologie politique par l’application rigoureuse de la Charia et la création d’Etats islamiques intransigeants1. Cette idéologie est reprise dans leur devise : « Dieu est notre but, le prophète notre chef, le Coran notre constitution, le djihad notre voie, le martyr notre plus grande espérance », qui est représentative de leur projet politique, et détaillée dans le « Manifeste en Cinquante Points » d’Hassan Al-Banna, édité en 1936.    

     

Les Frères Musulmans ont joué et jouent encore un rôle social essentiel. Ils se sont assuré une popularité auprès du peuple égyptien en palliant certaines difficultés rencontrées par l’Etat: construction d’écoles, d’hôpitaux, parrainage d’orphelins, formation des chômeurs… Par l’intermédiaire du monde associatif, des œuvres sociales et des organisations professionnelles, les Frères Musulmans se sont fortement impliqués dans la société. 

               

En 1940, le mouvement développe une branche clandestine constituée de commandos, sous la direction d’Hassan Al-Banna ; qui sera, entre 1945 et 1948, à l’origine de nombreux attentats envers le régime égyptien en place et qui conduira à l’interdiction du mouvement en 1948. Hassan Al-Banna est assassiné en Février 1949 par la police secrète du régime. La légalisation de la confrérie, en Octobre 1951, sera de courte durée. Les rapports entre les Frères Musulmans et le nouveau régime instauré (la République d’Egypte) sont tendus et le président Nasser décide d’interdire à nouveau le mouvement en 1954.  La confrérie organise donc un attentat contre Nasser, qui fut un échec, et qui conduit à l’emprisonnement d’un grand nombre de militants des Frères Musulmans.  

      

Plus tard, en Août 1965, un nouveau complot contre Nasser déclencha de nouvelles répressions et l’exécution de Sayyid Qutb. Il fut un membre militant clef depuis son adhésion en 1951, de par son rôle culturel : il mit sa pensée révolutionnaire au service des écrits des Frères Musulmans et radicalisa la pensée d’Hassan Al-Banna (par exemple, retour à l’époque du Salaf). On dit de lui qu’il fut le « père » de l’islamisme révolutionnaire[2].     

      

Les Frères Musulmans & la politique          

 

Les Frères Musulmans s’investissent dans la vie politique en 1974 et deviennent alors très actifs, certaines branches se radicalisant (naissance du Djihad islamique égyptien en 1977). Le président en fonction, El Sadate, est assassiné par des djihadistes en 1981, après avoir signé des accords de paix avec Israël (les accords de Camps David). Hosni Moubarak, qui lui succèdera un peu plus tard, reconnaitra la confrérie comme organisation religieuse en 1984 mais leur refusera de participer à la vie politique. Cependant, par le biais d’alliances, les Frères Musulmans (principal mouvement d’opposition) y réussiront quand même. Ils se présenteront ensuite à chaque élection comme  « indépendants », permettant au mouvement d’être toléré, bien que non reconnu. Aux élections législatives de 2005, les Frères Musulmans deviennent la deuxième force politique d’Egypte, derrière le parti démocrate de Moubarak.     

      

Les élections suivantes, de 2010, soupçonnées d’être frauduleuses, contribuent à la victoire de Moubarak ; et les Frères Musulmans, en boycottant le second tour, perdirent leurs sièges à l’assemblée. Ils restèrent volontairement à l’écart de la révolution de Février 2011 conduisant à la chute de Hosni Moubarak et créèrent, dans l’optique des élections de Novembre, le parti de la Liberté et de la Justice, qui leur servira de vitrine politique pour prôner la mise en place d’un Etat religieux, encadré par les principes de l’Islam.  Leur représentant, Mohamed Morsi, arriva à la tête du scrutin et s’imposa comme un acteur politique incontournable. Au vu de la large majorité récoltée dans les deux assemblées parlementaires, il sera élu Président de la République en Juin 2012. Toutefois, en Juillet 2013, il est massivement contesté : environ 15 millions d’égyptiens manifestent pour sa démission. En effet, le maintien de certaines libertés semble menacé et on lui reproche « une dérive dictatoriale et une politique menée dans le seul intérêt de son organisation, les Frères Musulmans »[3]. Dans un contexte économique fragilisé, la confrérie a pris en main le pays : elle a verrouillé les administrations et les institutions. Le peuple clame le mauvais comportement et l’incompétence du gouvernement de Morsi. Le 3 Juillet 2013, le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi, avec un coup d’état, renverse Mohamed Morsi et prend sa place quelques mois plus tard. De sévères répressions ont lieu sur le mouvement et, aujourd’hui éparpillés, les partisans de Mohamed Morsi peinent à rester mobilisés. L’aile politique de la confrérie, le Parti de la Liberté et de la Justice, a en effet été dissout le 9 Août 2014.


Un rayonnement mondial       


Une Organisation Internationale des Frères Musulmans existe depuis 1982. Elle s’apparente à « un réseau de ressources humaines à travers le monde, comprenant des structures financières, opérationnelles et des bases territoriales d’entraînement et de repli »[4].Les Frères Musulmans seraient aujourd’hui entre 3 et 4 millions en Egypte, et s’est rapidement développé. Les mouvements relatifs à celui des Frères Musulmans sont nombreux dans le monde entier : en Arabie Saoudite, en Syrie, au Liban, en Irak (Parti Islamique Irakien), en Palestine (Hamas), au Maghreb, en Lybie, en Mauritanie, en Afrique Sahélienne et Orientale, en Asie du Sud-Est, en Asie centrale, en Occident et en Amérique latine[5]. L’organisation n’est donc pas dirigée entièrement depuis l’Egypte, les branches sont autonomes et elles n’ont parfois en commun qu’une référence à l’Islam fondamental. Ces mouvements veulent jouer un rôle dans les débats internationaux, et développent un certain lobby dans le but de créer un « vote musulman » dans le monde.    


L’influence du mouvement sur la géopolitique du Moyen-Orient        


Aujourd’hui, l’Arabie Saoudite, la Russie et l’Egypte considèrent les Frères Musulmans comme une organisation terroriste. La violence caractérise à diverses reprises leur histoire mais elle n’est pas représentative de l’ensemble de la confrérie, certains choisissant la voie pacifique. Et si l’Occident ne reconnaît pas les Frères Musulmans comme une organisation terroriste, il craint cependant leur influence sur la stabilité géopolitique du Proche et du Moyen-Orient. Dans une zone de crises à répétition, l’Egypte a un rôle clef au sein du monde arabe (guerre Iran-Irak, invasion du Koweit, guerre du golfe…) et est un des deux seuls Etats musulmans à avoir signé des accords de paix avec Israël. L’Egypte et le reste du monde restent prudents face aux motivations des Frères Musulmans et à un possible retour en force pouvant changer la donne des relations internationales et interrégionales.


Par Loredane Costa


[1] Encyclopédie Larousse

[2]www.akadem.org

[3]www.fr.wikipedia.org

[4]Fabrice Maulion : L’organisation des Frères Musulmans : Évolution historique, cartographie et éléments d’une typologie (I),Département de Recherche sur les Menaces Criminelles Contemporaines, Décembre 2004, 337 pages.

[5]www.poldev.revues.org/1322

Citation : « La marque propre des Frères reste d’abord et avant tout ce qu’on a appelé « l’islamisation par le bas », méthode résumée dans  cette célèbre formule de Hassan Al-Banna, à valeur de programme : « Nous voulons l’individu musulman, puis la famille musulmane, la société musulmane, l’Etat musulman et enfin la nation [au sens d’oumma] musulmane. » », Xavier Ternisien : Les Frères Musulmans (2011).

Les sources utilisées pour cette fiche d’analyse :

·         Xavier Ternisien : Les Frères Musulmans, collection Pluriel, Fayard, 2011, 375 pages.

 

·         Fabrice Maulion : L’organisation des Frères Musulmans : Évolution historique, cartographie et éléments d’une typologie (I), Département de Recherche sur les Menaces Criminelles Contemporaines, Décembre 2004, 337 pages.

 

·         The Muslim Brotherhood’s Official English Web Site: www.ikhwanweb.com (site officiel en anglais des Frères Musulmans).

 

·         www.lefigaro.fr

·         www.lemonde.fr

·         www.leparisien.fr

·         www.larousse.fr/encyclopédie

·         www.slate.fr

·         www.poldev.revues.org/1322

·         www.owni.fr

·         www.fr.wikipedia.org

 

 

Eléments de bibliographie pour aller plus loin :

·         Amr Elshobaki : Les Frères Musulmans des origines à nos jours, collection Hommes et Sociétés, Karthala, 2009, 316 pages.

·         Michaël Prazan : Frères Musulmans : Enquête sur la dernière idéologie totalitaire, collection Documents Français, Grasset, 2014, 432 pages.

Les Frères musulmans , une idéologie sectaire, radicale et fascisante "LES FORCES IMPÉRIALISTES ONT FAIT ÉCHOUER LE PRINTEMPS ARABE "