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Etat islamique : la faillite des stratégies occidentale

23 juillet 2015

Etat islamique : la faillite des stratégies occidentale

Devons-nous nous préparer au pire avec la fulgurante avancée de l’Etat islamique en Syrie et en Irak ? Les Occidentaux sont en train de payer au prix fort plus de trente années d’erreurs stratégiques monumentales au Grand Moyen Orient, de la Mauritanie au Pakistan.

Publié le 13 juin 2015 - par Jacques Guillemain


RIPOSTE LAIQUE

 

Depuis la chute du Shah en 1979, qu’Américains et Français ont littéralement abandonné lors de la révolution menée par les ayatollahs iraniens, la politique occidentale n’a été qu’un long chapelet d’erreurs majeures ayant toutes mené à des échecs retentissants.

 

La pire fut la deuxième guerre du Golfe et le renversement de Saddam Hussein, qui ont transformé l’Irak, pays laïque et moderne du monde arabe, en un chaudron en ébullition où milices chiites et tribus sunnites s’entretuent, où les femmes ont perdu toute liberté et où les chrétiens sont persécutés. Cette guerre contre le terrorisme voulu par Bush junior, qui devait faire de l’Irak la vitrine démocratique du Moyen Orient, n’a fait que déstabiliser toute la région. En donnant le pouvoir aux chiites après 80 ans de domination sunnite à Bagdad, les Américains ont fait le jeu de Téhéran, qui ambitionne d’assurer le leadership chiite sur le monde musulman. Aujourd’hui, ce sont les pasdarans iraniens qui combattent les islamistes sunnites de Daech aux côtés des Irakiens, tout comme le Hezbollah chiite et le Hamas pro iranien soutiennent Assad en Syrie.

 

La seconde erreur fut de s’engager militairement en Afghanistan, une guerre perdue d’avance comme toutes les guerres contre insurrectionnelles. Les 140000 soldats de la coalition occidentale se sont enlisés dans le bourbier afghan pendant dix ans sans le moindre résultat. Les talibans, qui sont des guerriers pachtouns, ne l’oublions pas, sont plus forts que jamais et attendent patiemment leur heure pour leur retour triomphal à Kaboul. Et ce n’est pas l’armée afghane, démotivée, sous-entraînée, infiltrée et corrompue qui s’y opposera. C’est un remake de la guerre du Vietnam, où l’armée sud-vietnamienne, invincible sur le papier, fut balayée en quelques jours par le Vietcong. L’humiliante chute de Saigon en 1975 reste dans les mémoires de bien des Américains….

Une autre erreur fut de soutenir les printemps arabes, en croyant naïvement au réveil démocratique du Moyen Orient, alors que les despotes en place étaient un rempart contre les islamistes, qui partout ont raflé la mise. En Tunisie rien n’est réglé et le parti islamiste Ennahda n’a pas dit son dernier mot. En Libye c’est le chaos généralisé depuis la chute de Kadhafi et la majorité des groupes jihadistes ont fait allégeance à Daech qui multiplie les exactions et gagne du terrain. Au Yémen il n’y a plus d’Etat et les  Saoudiens, à la tête d’une coalition sunnite, bombardent les milices chiites envoyées par Téhéran. En Syrie, les Occidentaux, qui n’ont tiré aucune leçon  de leurs échecs en Irak et en Libye, veulent renverser Assad, en armant d’imaginaires opposants “modérés”, qui ont rapidement été éliminés par les milices islamistes, lesquelles ont récupéré tous les armements modernes livrés par Washington et Paris. Beau bilan ! Seule l’Egypte a pu échapper au chaos grâce au maréchal Sissi qui a chassé à temps les Frères musulmans du pouvoir, avant l’instauration généralisée de la charia dans le pays. Ce coup d’Etat, dénoncé en son temps par certains medias occidentaux, est sans doute un moindre mal comparé au cataclysme qui règne alentour.

 

Soulignons enfin les alliances hypocrites que les Occidentaux entretiennent avec les monarchies du Golfe, qui pratiquent le double jeu en soutenant indirectement Daech et qui avancent leurs pions partout où règne le chaos. Frères musulmans soutenus par le Qatar, salafistes financés par l’Arabie. Ajoutons le comportement ambigu de la Turquie sunnite qui, bien qu’appartenant à l’OTAN, refuse de bombarder Daech et laisse transiter sur son territoire les milliers de combattants volontaires venus d’Europe pour rejoindre les rangs de l’Etat islamique.

 

Le résultat désastreux de cette politique d’apprentis sorciers, élaborée par des politiciens aussi naïfs qu’incompétents et n’ayant aucune connaissance du monde musulman, est l’émergence d’un Etat islamique très puissant qui entend prendre le pouvoir en Syrie, en Irak et en Libye dans un premier temps. La menace pouvant ensuite gagner les monarchies du Golfe et le Maghreb. C’est ainsi que de nombreuses branches régionales de la nébuleuse Al Qaida ont fait allégeance à Daech. Cette armée de 30.000 combattants est parfaitement structurée et encadrée par des ex-officiers sunnites de Saddam Hussein très expérimentés. Daech ne manque ni de savoir faire, ni de matériels modernes, ni d’argent. Ses conquêtes lui ont assuré le contrôle des champs pétrolifères, des banques et des stocks d’armes abandonnés par l’armée irakienne peu combattive. Il est vrai que les actes de barbarie savamment orchestrés par les jihadistes et abondamment diffusés sur le net épouvantent leurs adversaires. La terreur devient une arme fatale.

 

Face à cette armée bien organisée, très motivée et prête au martyr, les 4.000 frappes aériennes des Occidentaux et leurs alliés se révèlent inefficaces, l’ennemi s’adaptant sans cesse au risque aérien. Rappelons que les treize millions de tonnes de bombes larguées sur le Nord Vietnam de 1965 à 1972 n’ont jamais pu anéantir le Vietcong….

 

Les Américains ne retourneront pas massivement en Irak. Obama a été élu pour mettre fin à deux guerres perdues. Les Européens n’ont pas d’armée et l’armée française, lessivée par trente années de coupes budgétaires, s’épuise dans les opérations extérieures et assure difficilement les charges de Vigipirate. Ne comptons pas sur l’armée irakienne qui souffre des mêmes tares que l’armée  afghane, ni sur les autres armées arabes beaucoup trop faibles. Par conséquent, sur le terrain, seuls les Kurdes et les milices iraniennes sont capables de combattre Daech avec succès. Mais les Kurdes se contentent de défendre avec un courage exemplaire leur propre territoire, ce qui est logique. Restent donc les Iraniens qui possèdent une armée puissante. Mais laisser Téhéran s’investir massivement dans ce conflit et faire main basse sur l’Irak, n’arrange pas les affaires des Israéliens, qui ont la hantise d’un Iran nucléaire, et des monarchies du Golfe qui craignent par dessus tout une domination chiite.

 

Les Occidentaux qui n’ont rien compris aux rivalités entre sunnites et chiites, lesquelles durent depuis 14 siècles sans la moindre chance d’apaisement, ont tout faux. Depuis la chute du Shah, ils ont tout misé sur les sunnites. Mauvaise pioche puisque ce sont les sunnites qui, partout dans le monde, propagent le terrorisme et le jihad. Peut-être est-il donc temps de repenser nos alliances et de s’appuyer sur le régime perse. Sauver Assad et combattre Daech avec l’aide de Moscou et de Téhéran, ou abandonner tout le Moyen Orient à la barbarie de l’Etat islamique, telle est la question à laquelle les Occidentaux vont devoir répondre rapidement.

 

Quand on se trompe lourdement dans les décisions initiales, il est encore plus difficile de prendre les décisions finales. Mais il est parfois préférable de s’attabler avec le Diable s’il s’agit de préserver nos intérêts vitaux. En attendant une nouvelle stratégie occidentale, à la mesure des véritables enjeux jusque là sous estimés, Daech étend son emprise chaque jour et provoque en Europe un tsunami de migrants qui enfle de mois en mois. Il est grand temps de se réveiller avant que la situation ne devienne incontrôlable.

 

Jacques Guillemain

Islam et écologie Initiation au cynisme du monde