le collectif des musulmans citoyens français

Le syndrome Foccart

18 juin 2015

Le syndrome Foccart

Le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958 et l'avènement de la Ve République se traduisent par la création de la Communauté qui visait à organiser les relations entre la République et l'Afrique noire. Il s'agissait de maintenir l'influence de la France sur ses anciennes colonies dans un cadre constitutionnel rénové car l'Afrique constituait une pièce maitresse dans le rayonnement géopolitique de la France.

 

Le syndrome Foccart, la politique française en Afrique de 1959 à nos jours - Jean-Pierre Bat (01/09/2012)


Le syndrome Foccart, la politique française en Afrique de 1959 à nos jours - Jean-Pierre Bat (01/09/2012)
 
Gallimard Folio Histoire, 838 pages
Jean-Pierre Bat est agrégé et docteur en histoire.
Il est archiviste-paléographe, chargé d'études aux Archives nationales ou il est responsable du fonds Foccart. 
Il s'est spécialisé dans l'histoire de l'Afrique depuis la décolonisation. 
Jacques Foccart (1913-1997) joua un rôle majeur dans la politique africaine de la France de 1959 à 1974 comme conseiller des présidents de Gaulle et Pompidou. Il est à l'origine de concept de « Françafrique ». Ancien résistant, membre des services secrets après la Seconde guerre mondiale, cofondateur du Service d'action civique (SAC)[1], il fut l'un des « hommes de l'ombre » de la Ve République, souvent décrié et vilipendé. Il a néanmoins inspiré la politique africaine de la France pendant une grande partie de la Ve République.
Celle-ci se caractérise en fait par une grande continuité. 
Le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958 et l'avènement de la Ve République se traduisent par la création de la Communauté qui visait à organiser les relations entre la République et l'Afrique noire. Il s'agissait de maintenir l'influence de la France sur ses anciennes colonies dans un cadre constitutionnel rénové car l'Afrique constituait une pièce maitresse dans le rayonnement géopolitique de la France.
Jacques Foccart est chargé de l'application tactique de ce cadre stratégique. La décolonisation va conduire à revoir ce schéma en donnant une importance majeure aux services de renseignements.
La  méthode Foccart va ainsi s'appuyer sur une trilogie : surveiller, intervenir et punir. Il s'agit avant tout de défendre le « pré carré » de la France en Afrique, quitte à recourir à la « politique de la canonnière », ce qui revient à mettre en place une forme de néo-colonialisme. C'est la « pax gallica » dans laquelle les représentants diplomatiques français jouent un rôle essentiel face aux chefs d'État africain. Les réseaux « Foccart », les « missi dominici » vont aussi parfois incarner une forme « d'illégalisme de l'État ». Ces pratiques ne sont cependant pas propres à la France car elles sont aussi utilisées par les autres grandes puissances.
Le décès de Georges Pompidou en 1974 et l'échec à l'élection présidentielle de Jacques Chaban-Delmas marquent la fin du Secrétariat général aux affaires africaines et malgaches et le retrait de Jacques Foccart.
L'auteur qualifie le septennat Giscard d'Estaing (1974-1981) d' « années Safari-club » : si la France est toujours militairement présente en Afrique, la présidence Giscard d'Estaing est cependant marquée par des soupçons de corruption dans les affaires.
On aurait pu penser que l'arrivée en 1981 de François Mitterrand au pouvoir allait changer en profondeur la politique africaine de la France. Quatorze plus tard, il n'en est rien et  cette politique reste toujours marquée par le syndrome Foccart. François Mitterrand était en effet convaincu que la grandeur de la France était indissociable de sa politique africaine et de la préservation de son « pré-carré ». Guy Penne et Jean-Christophe Mitterrand incarneront cette politique
Les années quatre vingt dix vont marquer un nouvel âge politique de la politique africaine française : c'est temps de l'héritage.
La fin du second septennat de François Mitterrand apparaît en effet comme une fin de règne. De plus, la crise économique des années quatre vingt correspond à la découverte pour la France de sa perte d'influence économique mondiale et participe à « sa crise de puissance ». Le gouvernement Balladur est ainsi incapable en 1993 d'enrayer la crise de l'endettement des pays africains qui doivent passer sous les fourches caudines du FMI et de la Banque mondiale. Les affaires ELF, le génocide au Rwanda mettent à mal la politique africaine française.
Si la victoire de Jacques Chirac en 1995, se traduit par un regain temporaire d' influence de Jacques Foccart, la dissolution de l'Assemblée Nationale de 1997 modifie profondément la conjoncture : le nouveau Premier ministre, Lionel Jospin veut moraliser les relations franco-africaines et prône le « ni, ni » : ni ingérence, ni indifférence. Symboliquement le titre XII de la constitution du 4 octobre 1958 relatif à la Communauté est abrogé. La coopération militaire est révisée car la France ne doit plus « être le gendarme de l'Afrique ». La  crise ivoirienne va mettre à mal cette nouvelle vision de la politique africaine française.
Dans les années deux mille, la France va développer une politique militaire en Afrique  plus concertée en s'appuyant sur les Nations Unies et l'Union Européenne.Avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir en 2007, la politique africaine de la France va s'articuler autour de deux pôles : la section Afrique du ministère des Affaires étrangères est en charge des crises transversales telles la guerre au Darfour , la situation de ma région des Grands lacs, la crise en Somalie ... Le Secrétaire générale de la Présidence de la République, Claude Guéant, est quant à lui plus particulièrement chargé des relations avec les chefs d'Etat et de gouvernement africains renouant ainsi avec l'héritage de Jacques Foccart. Les questions africaines restent ainsi au cœur du domaine réservé du chef de l'État.
L'Afrique a constitué un prolongement de la politique hexagonale, un  moyen pour la France d'exister au niveau international même si l'âge post-colonial ouvert avec le sommet de la Baule en 1990, s'achève avec la mort d'Omar Bongo en 2009. Les mutations profondes qui ont affecté l'Afrique durant cette période, n'ont cependant pas été totalement perçues par les responsables français, également confrontés aux impacts de la mondialisation. Aujourd'hui, l'héritage Foccart qui était un mélange de « vieille France » et de « Realpolitik » s'est éteint. La  cellule africaine restera dans l'imaginaire collectif comme la plus secrète boîte noire de l'Élysée sous la Ve République.
Pascal JOLYLe syndrome Foccart, la politique française en Afrique de 1959 à nos jours - Jean-Pierre Bat (01/09/2012)

Gallimard Folio Histoire, 838 pages

 

Jean-Pierre Bat est agrégé et docteur en histoire.

Il est archiviste-paléographe, chargé d'études aux Archives nationales ou il est responsable du fonds Foccart.

Il s'est spécialisé dans l'histoire de l'Afrique depuis la décolonisation.

Jacques Foccart (1913-1997) joua un rôle majeur dans la politique africaine de la France de 1959 à 1974 comme conseiller des présidents de Gaulle et Pompidou. Il est à l'origine de concept de « Françafrique ». Ancien résistant, membre des services secrets après la Seconde guerre mondiale, cofondateur du Service d'action civique (SAC)[1], il fut l'un des « hommes de l'ombre » de la Ve République, souvent décrié et vilipendé. Il a néanmoins inspiré la politique africaine de la France pendant une grande partie de la Ve République.

Celle-ci se caractérise en fait par une grande continuité.

 

Le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958 et l'avènement de la Ve République se traduisent par la création de la Communauté qui visait à organiser les relations entre la République et l'Afrique noire. Il s'agissait de maintenir l'influence de la France sur ses anciennes colonies dans un cadre constitutionnel rénové car l'Afrique constituait une pièce maitresse dans le rayonnement géopolitique de la France.

 

Jacques Foccart est chargé de l'application tactique de ce cadre stratégique. La décolonisation va conduire à revoir ce schéma en donnant une importance majeure aux services de renseignements.

 

La  méthode Foccart va ainsi s'appuyer sur une trilogie : surveiller, intervenir et punir. Il s'agit avant tout de défendre le « pré carré » de la France en Afrique, quitte à recourir à la « politique de la canonnière », ce qui revient à mettre en place une forme de néo-colonialisme. C'est la « pax gallica » dans laquelle les représentants diplomatiques français jouent un rôle essentiel face aux chefs d'État africain. Les réseaux « Foccart », les « missi dominici » vont aussi parfois incarner une forme « d'illégalisme de l'État ». Ces pratiques ne sont cependant pas propres à la France car elles sont aussi utilisées par les autres grandes puissances.

 

Le décès de Georges Pompidou en 1974 et l'échec à l'élection présidentielle de Jacques Chaban-Delmas marquent la fin du Secrétariat général aux affaires africaines et malgaches et le retrait de Jacques Foccart.

 

L'auteur qualifie le septennat Giscard d'Estaing (1974-1981) d' « années Safari-club » : si la France est toujours militairement présente en Afrique, la présidence Giscard d'Estaing est cependant marquée par des soupçons de corruption dans les affaires.

On aurait pu penser que l'arrivée en 1981 de François Mitterrand au pouvoir allait changer en profondeur la politique africaine de la France. Quatorze plus tard, il n'en est rien et  cette politique reste toujours marquée par le syndrome Foccart. François Mitterrand était en effet convaincu que la grandeur de la France était indissociable de sa politique africaine et de la préservation de son « pré-carré ». Guy Penne et Jean-Christophe Mitterrand incarneront cette politique.

 

Les années quatre vingt dix vont marquer un nouvel âge politique de la politique africaine française : c'est temps de l'héritage.

La fin du second septennat de François Mitterrand apparaît en effet comme une fin de règne. De plus, la crise économique des années quatre vingt correspond à la découverte pour la France de sa perte d'influence économique mondiale et participe à « sa crise de puissance ». Le gouvernement Balladur est ainsi incapable en 1993 d'enrayer la crise de l'endettement des pays africains qui doivent passer sous les fourches caudines du FMI et de la Banque mondiale. Les affaires ELF, le génocide au Rwanda mettent à mal la politique africaine française.

 

Si la victoire de Jacques Chirac en 1995, se traduit par un regain temporaire d' influence de Jacques Foccart, la dissolution de l'Assemblée Nationale de 1997 modifie profondément la conjoncture : le nouveau Premier ministre, Lionel Jospin veut moraliser les relations franco-africaines et prône le « ni, ni » : ni ingérence, ni indifférence. Symboliquement le titre XII de la constitution du 4 octobre 1958 relatif à la Communauté est abrogé. La coopération militaire est révisée car la France ne doit plus « être le gendarme de l'Afrique ». La  crise ivoirienne va mettre à mal cette nouvelle vision de la politique africaine française.

 

Dans les années deux mille, la France va développer une politique militaire en Afrique  plus concertée en s'appuyant sur les Nations Unies et l'Union Européenne.Avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir en 2007, la politique africaine de la France va s'articuler autour de deux pôles : la section Afrique du ministère des Affaires étrangères est en charge des crises transversales telles la guerre au Darfour , la situation de ma région des Grands lacs, la crise en Somalie ... Le Secrétaire générale de la Présidence de la République, Claude Guéant, est quant à lui plus particulièrement chargé des relations avec les chefs d'Etat et de gouvernement africains renouant ainsi avec l'héritage de Jacques Foccart. Les questions africaines restent ainsi au cœur du domaine réservé du chef de l'État.

 

L'Afrique a constitué un prolongement de la politique hexagonale, un  moyen pour la France d'exister au niveau international même si l'âge post-colonial ouvert avec le sommet de la Baule en 1990, s'achève avec la mort d'Omar Bongo en 2009. Les mutations profondes qui ont affecté l'Afrique durant cette période, n'ont cependant pas été totalement perçues par les responsables français, également confrontés aux impacts de la mondialisation. Aujourd'hui, l'héritage Foccart qui était un mélange de « vieille France » et de « Realpolitik » s'est éteint. La  cellule africaine restera dans l'imaginaire collectif comme la plus secrète boîte noire de l'Élysée sous la Ve République.

 

Pascal JOLY

Migration et changement climatique